Les malheurs financiers viendront-ils de Chine ?

Rédigé le 12 février 2016 par | Article, Croissance, pays émergents Imprimer

Claude Bejet

▪ Les marchés actions ont les yeux rivés sur la Chine. La croissance chinoise s’essouffle, le pétrole plonge et les marchés paniquent. Que se cache-t-il derrière les chiffres économiques chinois ? Une opportunité d’achat ou une terrible récession mondiale ?

Le Zentrum für Unternehmungsführung — ou plus familièrement ZFU –, en Suisse, organise une des meilleures conférences pour institutionnels et investisseurs privés fortunés. Cette année, tous les intervenants parlent de la Chine pour prédire l’avenir des marchés boursiers.

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La grande majorité d’entre eux estiment que l’Empire du Milieu a encore les moyens de maintenir sa croissance à un niveau suffisant. D’autres jugent une récession inévitable. Dans ce camp, George Soros, le célèbre spéculateur qui avait fait plier la livre sterling en 1992. Au forum de Davos, ce billionnaire a déclaré que le monde allait revivre une crise similaire à celle de 2008. Il précise :

"L’origine de la crise est différente ; en 2008 c’était les crédits hypothécaires sur l’immobilier américain. Cette fois-ci, c’est la Chine et les forces déflationnistes qu’elle transmet au reste du monde… Un hard landing est pratiquement inévitable".

Même les chiffres officiels chinois font état d’une forte baisse de la croissance. Certains analystes estiment qu’elle est déjà beaucoup plus faible et qu’une récession demeure possible.

La Chine n’a-t-elle pas consommé en trois ans autant de ciment que les Etats-Unis sur les 100 dernières années ?

Félix Zulauf, qui avait prédit avec justesse le krach de 1987 et l’explosion de la bulle financière japonaise, se range dans le camp des pessimistes. Pour lui, le boom chinois a été d’une ampleur sans précédent. La Chine n’a-t-elle pas consommé en trois ans autant de ciment que les Etats-Unis sur les 100 dernières années ?

Personne ne peut sous-estimer l’influence de la deuxième économie mondiale, responsable de 75% de la croissance nominale du PNB mondial de 2009 à 2014. Malheureusement, cette croissance a été essentiellement financée par une augmentation considérable de la dette.

▪ Dette et réserves de change : attention…
Félix Zulauf précise : "la dette des sociétés et des ménages chinois a doublé sur les dernières années en passant de 125% à 250% du PNB". Pour lui, la plupart des économistes acceptent plus ou moins les chiffres officiels de la croissance chinoise parce qu’ils regardent le surplus commercial de 300 milliards. Mais ils ne comprennent pas que cette crise vient de leur balance des paiements.

Pour le fondateur de Zulauf Asset Management, ce genre de problème ne peut se terminer que dans une récession. Mais la Chine n’a-t-elle pas les moyens de faire face à toute crise, quelle qu’elle soit ? A cette question, il répond :

"Les réserves chinoises, qui avaient atteint le chiffre astronomique de 4 000 milliards de dollars, ne s’élèvent plus qu’à 3 300 milliards ; et, sachant que 1 300 milliards sont des actifs illiquides, il ne reste déjà plus que 2 000 milliards. Comme ils dépensent chaque mois 100 milliards de dollars… La Chine connaît une fuite de capitaux qui entraîne un affaiblissement de la devise qui devrait atteindre 8 renminbi pour 1 dollar contre 6,57 aujourd’hui".

Les réserves chinoises fondent
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De 4 000 milliards à 3 300 milliards de dollars, les réserves chinoises baissent au rythme de plus de 100 milliards par mois

De 4 000 milliards à 3 300 milliards de dollars, les réserves chinoises baissent au rythme de plus de 100 milliards par mois. Contrôle des changes en vue ?

Philipp Vorndran, modérateur de la conférence et stratégiste de Flossbach von Storch, fait néanmoins remarquer que les Européens sont souvent plus pessimistes que leurs homologues américains !

Effectivement, le Dr Edward Yardeni constate que "la bulle des matières premières et de la Chine est bien en train d’imploser, mais ce pays devrait pouvoir tirer son épingle du jeu". Pour le fondateur de Yardeni Research, les mauvaises nouvelles en provenance de Chine ne peuvent pas entraîner une véritable contagion financière à travers le monde. Et la baisse du prix du pétrole est un facteur positif à long terme tant pour la Chine et l’Inde que pour les Etats-Unis.

Même réflexion chez Nouriel Roubini ; cet économiste américain qui avait bien vu venir la crise de 2008 estime que la Chine possède toujours suffisamment de ressources tant politiques qu’économiques pour pouvoir maintenir une certaine croissance. Il met en garde toutefois : "pour les prochains deux mois les chiffres en provenance de Chine ne seront toujours pas bons".

▪ Des nuances importantes
Après toutes ces analyses macro-économiques, que pense Vincent Strauss, un vrai stock picker ? Ce fondateur de Comgest, qui gère un fond chinois, rappelle qu’en matière boursière rien n’est si simple. Les indicateurs macro-économiques peuvent être mauvais et la bourse connaître de belles performances et vice versa.

Ce gestionnaire explique que l’Empire du Milieu a suivi le modèle économique mercantiliste où le gouvernement cherche à subventionner les exportations pour se développer.

Le pays cherche à développer sa consommation intérieure et son industrie des services

Aujourd’hui, ce modèle connaît en Chine ses limites et ce pays cherche à développer sa consommation intérieure et son industrie des services — qui ne cesse d’augmenter, passant de 30% du PNB en 1987 à 51% aujourd’hui.

La part grandissante des services en % du PNB chinois.
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Paradoxalement, il souligne :

"En Chine le gouvernement n’est pas élu, mais il est respecté. En Occident, les gouvernements sont élus mais ne sont pas respectés ! La croissance pour les cinq prochaines années devrait se maintenir en moyenne entre 3,5 et 5%".

D’après Vincent Strauss, comme pour tous les pays ayant suivi le modèle économique mercantiliste, le secteur bancaire est devenu hypertrophié et il faut l’éviter à tout prix. Pour lui, les banques sont toutes techniquement en faillite.

Selon les données Bloomberg, les actions chinoises cotées à Hong Kong ont un PER de 6 et un rendement de 4,7%.

Ce marché n’étant plus très cher, Vincent Strauss recommande d’accumuler de bonnes valeurs. Par exemple, China Mobile devrait bénéficier bien évidemment à long terme de l’addiction des Chinois à leurs téléphones portables. China Life pourrait profiter du fait bien établi que lorsque le PNB croît le secteur de l’assurance vie connaît des progressions encore plus fortes. Baidu, le Google chinois, devrait continuer à se développer.

Face au manque de fiabilité des chiffres concernant l’économie chinoise et la divergence des points de vue, que faire ? Devant tant d’incertitudes, rester prudent et diversifier vos placements semble être une attitude raisonnable.

Ancien entrepreneur et investisseur particulier, Claude Bejet réside en Suisse. Il s’intéresse particulièrement au marché de l’or et aux mines d’or et d’argent.

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