Macron, EDF et spéculation

Rédigé le 5 mai 2017 par | Investissement, Simone Wapler Imprimer

L’action EDF a pris 10% en deux jours. Selon une rumeur relayée par Reuters, Emmanuel Macron se propose de retarder l’arrêt du nucléaire.

 

EDF

EDF produit et vend de l’électricité. Dans notre monde d’ultra-libéralisme sauvage et de totalitarisme marchand, EDF nous vend de l’électricité à tarif réglementé par l’Etat.

Ce n’est pas tout. L’Etat fixe quels types d’électricité l’EDF doit produire. L’éolien ou le solaire étant bien vus de l’opinion publique grâce au lobby écologique et certains lobbies industriels, l’Etat nous taxe pour subventionner la production de ces énergies.

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Voyez-vous, l’électricité, c’est important pour tout le monde et donc il faut que l’Etat s’en mêle. Pas d’électricité = pas d’industrie qui tourne, pas de transports publics, pas d’hôpital…

Le problème de l’électricité reste son stockage : il faut la produire juste à temps, au moment de la consommation et pour cela, il faut que les capacités de production soient toujours prêtes.

Ce n’est pas le cas de l’éolien quand il n’y a pas de vent.

Ce n’est pas le cas du solaire quand il n’y a pas de soleil.

Ce n’est pas le cas de l’hydraulique quand il n’a pas assez plu.

C’est le cas du thermique (gaz, charbon, fuel).

C’est le cas du nucléaire.

En réalité, le nucléaire est la seule source abondante, dont le combustible ne coûte pas cher et qui est toujours prête. Vous devez cependant savoir une chose : il n’y a que très peu de différence de coût entre une centrale « en veille » qui ne produit pas et une centrale qui produit.

Logiquement, vous pourriez pensez que l’Etat dans le cadre d’un « service public » (l’électricité à destination collective) devrait favoriser la source nucléaire puisque c’est l’énergie toujours disponible.

Pour éviter que du combustible nucléaire recyclable en bombe ne tombe entre les mains de dangereux individus, l’Etat devrait aussi avoir un droit de regard sur ce même nucléaire.

C’est la voie de la « politique énergétique » adoptée par notre pays au XXème siècle.

Mais depuis, nous avons pris un chemin de traverse…

La Parasitocratie s’est emparé du sujet. Pensez à la COP 21, au changement climatique, aux lobbies écologiques, aux merveilleux circuits taxations-subventions et aux nombres d’électeurs que vous pouvez ainsi acheter…

Les subventions aux énergies vertes intermittentes sont arrivées alors que les capacités étaient très abondantes. Elles ont conduit à un écroulement sur le marché européen du prix de l’électricité. Les producteurs d’électricité nucléaires ont du brader leurs prix. Puisque le nucléaire en veille coûte même sans vendre, autant le vendre, peu importe le prix.

Au fur et à mesure que l’éolien et le solaire produisaient, les prix s’écroulaient…

Voici où nous en sommes.

Prix de l’électricité en centimes d’euro

Prix de vente de l’électricité aux particuliers
kWh en heures creuses14,62
kWh en heures pleines15,64

 

Prix de l’électricité sur le marché de gros européen
kWhde 2,5 à moins de 5

 

Prix de revient de l’électricité
kWh nucléaire français5
kWh thermique (gaz, charbon)7
kWh éolien terrestre8
kWh éolien maritime14 à 20
kWh photovoltaïque20 à 25

Sources : EDF, La France dans le noir, Hervé Machenaud

Bilan énergétique :

Les électriciens vendent à perte du nucléaire (en son temps financé par les contribuables). Nous payons très cher notre électricité. Les installations nucléaires se dégradent… Faute d’investissements dans le nucléaire, le service aux moments critiques (février en France) est en limite de rupture, l’éolien et le solaire ne délivrant pas assez de puissance à ces moments critiques.

Mais il y a moyen de faire pire…

Nous devons à Ségolène Royal (la mère des portiques écotaxes qui surplombent nos autoroutes) la loi de transition énergétique, adoptée en 2015. Cette loi prévoit la réduction de la part du nucléaire dans la production électrique française de 75% à 50% à l’horizon 2025.

Emmanuel Macron semble vouloir revenir sur ce point. D’où le bond en bourse d’EDF.

Faut-il investir dans EDF pour profiter d’un éventuel revirement de la politique énergétique sous la présidence de Macron ? Il me semble qu’une entreprise dont les prix de vente sont fixés par l’Etat et dont l’Etat détient 83,1% du capital n’a rien à faire sur une place de cotation. C’est la différence que je vois entre le libéralisme authentique et ce que l’on qualifie aujourd’hui d’ultra-libéralisme ou de néo-libéralisme.

Si vous voulez faire de bonnes affaires, mieux vaut rechercher des entreprises exerçant sur les marchés les plus concurrentiels possibles, où les gouvernements interfèrent le moins possible, où les prix sont formés librement. Votre épargne ne doit pas être à la merci d’un décret ou d’une subvention.

Sur ces marchés, les meilleures entreprises sont évidemment celles qui réussissent à augmenter à la fois leur chiffre d’affaires et leur marge. Il y en a très peu.

[NDLR : Il n’est pas trop tard pour mettre ces trois valeurs dans votre PEA avant le 7 mai pour engranger les plus-values… quel que soit le résultat final des élections présidentielles.]

Si vous voulez spéculer sur le capitalisme de copinage, c’est une autre affaire… EDF, Areva, les banques… le choix est large.

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’oeil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

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