Toujours plus d’accords gagnant-perdant avec la loi fiscale de Trump

Rédigé le 15 janvier 2018 par | Bill Bonner, Politique et vie quotidienne Imprimer

La loi fiscale du gouvernement Trump fait des perdants. Elle prouve que toute réduction d’impôts sans réduction des dépenses de l’Etat est illusoire.

« Les effets de la Loi sur la fiscalité attisent les protestations du secteur agricole », titrait un article du Wall Street Journal la semaine dernière. « Une clause insérée dans le code fiscal durant les négociations du Sénat et de la Chambre en décembre… »

Qui insère une clause ? Un citoyen désintéressé servant les intérêts du public ? Un sénateur plein de bonne volonté qui ne pense pas à sa carrière ? Un bureaucrate consciencieux poussé à agir par les vapeurs d’équité et de justice qui filtrent de l’administration américaine ?

Une arnaque gagnant-perdant

Nous vous invitons en coulisses. Comment les lois sont-elles écrites ? Pour qui ?

« Si l’idée était de vider le Marigot en simplifiant le code fiscal », a commencé l’un de nos experts en fiscalité lors d’une réunion, « c’est complètement raté. Il est plus compliqué que jamais ».

The Wall Street Journal le confirme. Bien loin d’un pays de lois simples que tout le monde doit respecter, les Etats-Unis sont devenus une nation de codes gnostiques, de règles cachées et de faveurs déguisées.

« La nouvelle loi fiscale est complexe, avec des implications qui seront différentes pour chacun », disait Merrill Lynch dans une publicité pleine page.

Le candidat Trump avait promis un système fiscal si simple que la déclaration d’impôts tiendrait sur une carte postale. Le président Trump, lui, s’est fait discret quand les initiés ont écrit la nouvelle Loi sur la fiscalité.

Pas même besoin de lire la version finale de la législation – à quoi bon ?

Ainsi, la Loi sur la fiscalité des républicains, comme toute autre législation, réglementation et arnaque gagnant-perdant émanant de la capitale américaine, est devenue Loi Nationale.

Enfin, par connivence et collusion. C’est peut-être une loi nationale, mais elle est faite par et pour le Marigot.

Bienvenue dans le Marigot

Le peuple américain – et l’économie – s’en tireraient mieux avec la carte postale susmentionnée. Vous additionnez tous vos revenus. Vous payez 10% au gouvernement. Fin de la discussion.

Plus besoin de manipuler les bénéfices… de changer les business models… de chercher les niches… de payer des avocats à 700 $ de l’heure… et de laisser la queue des impôts remuer le chien de la production réelle.

Mais qu’adviendrait-il alors des puces du chien ?

Pas de chance pour les initiés – qui ne pourraient plus utiliser leurs postes de lobbyistes, experts, contributeurs de campagne et politicards pour comploter.

Maintenant que Washington a imposé sa nouvelle réglementation fiscale, les gens découvrent qui, parmi l’élite, avait les meilleurs lobbyistes.

Il se trouve que la clause qui affecte les agriculteurs mentionnés plus haut « donnera aux coopératives un avantage significatif » qui va « profiter aux coopératives géantes dont American Crystal Sugar Co., Land O’Lakes Inc., CHS Inc. et Ocean Spay Cranberries Inc. »

Qui a « inséré » cette clause de dernière minute ? Est-ce aller trop loin que de suggérer que les lobbyistes de ces entreprises sont intervenus ?

En attendant, la lame s’abat sur le cou de leurs concurrents.

Le Journal cite un agriculteur indépendant : « [sous] cette loi, s’ils ne la changent pas, le scénario c’est que nous allons couler ».

Bienvenue au Marigot, où les bestioles grouillent et farfouillent… suivant les règles du Marigot… et se battant pour s’arroger l’argent des autres.

Un coup de pied dans le derrière

Et ces pauvres agents immobiliers !

Ils devraient donner à leurs lobbyistes un coup de pied dans le derrière.

« L’Association américaine des agents immobiliers, l’un des groupes de lobbying les plus grands et les plus riches des Etats-Unis » fait partie des principaux perdants de la réforme fiscale, rapporte encore le Wall Street Journal.

« La législation réduit l’avantage lié aux déductions d’intérêts immobiliers, qui sont souvent un facteur clé dans les décisions d’achat immobilier », explique le journal.

Les lobbyistes ont pourtant inséré ce petit cadeau dans la loi il y a de nombreuses années. Comment se fait-il qu’ils le perdent maintenant ?

« Il y a eu un tournant durant la préparation de la loi, lorsque l’Association nationale des constructeurs immobilier s’est séparée des agents immobiliers », selon l’article.

Que pensez-vous de ça ? Les promoteurs ont poignardé les agents immobiliers dans le dos en insérant leur propre clause.

« Le lobby des agents a souffert lorsqu’un grand groupe de constructeurs a pris une position différente de la sienne », continue l’article.

Le gouvernement est systématiquement une activité gagnant-perdant impliquant le Marigot. Et les accords gagnant-perdant rendent toujours le monde – globalement – plus pauvre.

Une vraie réforme ne signifie pas inverser les gagnants et les perdants. Elle signifie réduire l’ampleur du pouvoir gouvernemental… pour permettre plus d’accords gagnant-gagnant qui améliorent notre sort à tous.

Tel était l’attrait de la campagne du candidat Trump basée sur la formule « assainir le Marigot »… et la déclaration de revenus sur carte postale.

Dommage que ça n’ait mené à rien…

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Toujours plus d’accords gagnant-perdant avec la loi fiscale de Trump”

  1. – C’est honteux tellement ça accroit’ les inégalités aux USA : http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/12/20/les-principaux-points-de-la-reforme-fiscale-de-donald-trump_5232094_3234.html

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