La téléréalité en direct à Helsinki

Rédigé le 19 juillet 2018 par | Deep State Imprimer

L’affaire d’Helsinki ne sert qu’à distraire le public. En réalité, Trump a déjà pactisé avec l’Etat-providence, l’Etat policier et l’Etat guerrier.

Nous vous avons quitté hier sur une question provocatrice : Trump a-t-il vraiment déclaré la guerre au Deep State… ou bien se contentait-il de brasser du vent à Helsinki… incontrôlable et ayant tout oublié de sa ligne directrice ?

Il existe aussi d’autres hypothèses, sur lesquelles nous reviendrons dans un instant.

Même certains de ses plus ardents supporters semblent penser que M. Trump est allé trop loin. Newt Gingrich, par exemple, a déclaré que le président devait revoir sa copie :

« C’est l’erreur la plus grave de sa présidence et elle doit être corrigée – immédiatement », a-t-il tweeté.

Et voilà Dan Coats, directeur des Renseignements nationaux américains, qui s’en tient au script « les-Russes-sont-les-méchants » et fait allusion aux allégations d’ingérence dans les élections :

« Ces actions sont courantes, elles sont omniprésentes et elles sont conçues pour saper la démocratie américaine ».

Le sénateur McCain :

« Lui et Poutine semblaient lire la même partition »…

Et voilà Jim Banks, représentant de l’Indiana :

« Je veux que les efforts diplomatiques du président Trump aboutissent, mais je croirai toujours la parole d’un Hoosier [surnom des habitants de l’Indiana, ndlr.] plutôt que celle de Poutine ».

La parole en question était celle des agences de renseignement américaines – c’est-à-dire celle des opérateurs du Deep State –, selon qui la Russie a piraté des ordinateurs américains pour tenter d’influencer les élections de 2016.

Le coupable dans l’affaire…

Si nous mentionnons le Deep State, c’est parce que c’est peut-être bien lui le coupable, dans toute cette affaire.

Les lecteurs de longue date se rappelleront que le Deep State est le vaste ensemble d’intérêts spéciaux… d’initiés politiques… et d’élites financières qui contrôlent le pays.

Rappelez-vous aussi que l’économiste italien Vilfredo Pareto a décrit de quelle manière tous les gouvernements sont envahis par les « renards » – c’est-à-dire le Deep State : des initiés, intelligents et faisant partie de l’élite, qui utilisent le pouvoir de l’Etat pour leurs propres desseins.

Or c’est le Deep State qui est le principal bénéficiaire de l’Etat guerrier, de l’Etat-providence et de l’Etat policier. Si Donald Trump représente une menace pour lui, le Deep State a un meilleur mobile que les Russes pour vouloir le ralentir.

Qui plus est, les initiés américains ont bien plus d’argent à leur disposition… plus de talents à exploiter… et bien plus d’opportunités de faire des bêtises.

Certains analystes pensent en tout cas qu’il est plus probable que les bêtises au coeur de l’affaire « Russiagate » aient été commises par des espions américains plutôt que par des intervenants étrangers.

Deux analystes à la retraite de la NSA et de la CIA, William Binney et Ray McGovern, accumulant 63 années d’expérience à eux deux, ont porté des accusations extraordinaires le week-end dernier.

Ils affirment que le piratage – effectué par un programme appelé « Guccifer » – était quasi-certainement l’oeuvre de professionnels du renseignement américain, qui tentaient apparemment de le faire passer pour un méfait russe.

Vous voulez savoir d’où provenait Guccifer, disent les deux experts ? « Demandez au FBI ».

Victoire du Deep State

Au cours du dernier demi-siècle – depuis qu’Eisenhower a fait son discours et que JFK a été assassiné – aucun président n’a sérieusement défié le Deep State.

Un bref instant, au début du gouvernement Reagan, on aurait dit que les ailes des autorités allaient être coupées. Notre collègue David Stockman – qui tenait le sécateur – nous en dit plus dans ses excellentes mémoires, The Triumph of Politics.

Mais aucun effort n’a jamais été fait pour freiner les éléments les plus profonds du Deep State – l’armée et les espions. En dépit de succès initiaux – des coupes budgétaires et fiscales – les initiés n’ont pas tardé à reprendre le contrôle et Stockman a quitté Washington.

A la fin du second mandat, Reagan et son gouvernement avaient ajouté plus de dépenses et de dette que tout président avant lui.

A La Chronique, nous ne faisons confiance ni aux Hoosiers ni à Poutine. Mike Pence vient d’Indiana, après tout. Mais lorsque Donald Trump déclare : « je préfère prendre un risque politique dans la quête de la paix que risquer la paix au nom de la politique », cela nous semble raisonnable.

Sauf que les va-t-en-guerre du Deep State ne supportent pas la paix ; elle met en péril leurs lignes de ravitaillement. En l’absence de véritable ennemi, les gigantesques transferts de richesse vers l’Etat guerrier/policier n’ont aucun sens.

Reagan s’est fait embobiner et a approuvé de vastes dépenses pour la « défense » parce qu’il craignait le communisme : les initiés du renseignement et les faucons de l’Etat guerrier avaient enflammé son imagination avec les images de hordes soviétiques déferlant sur l’Europe… infestant l’Amérique Latine… et écrasant Singapour sous les chenilles de leurs chars.

Nous avons découvert quelques années après que c’était des sottises. L’Union Soviétique pouvait à peine tenir debout toute seule, sans parler d’attaquer la première puissance militaire mondiale. Qui plus est, le communisme est une maladie qui s’auto-guérit.

(A la fin des années 1980, un autre de nos collègues, qui avait travaillé avec l’ancien directeur de la CIA, William Colby, avertit que l’Union Soviétique ne tarderait pas à couler. Il fut moqué et ignoré – non seulement par les médias grand public mais aussi par les professionnels de la sécurité de Washington).

Kompromat et dossiers secrets

Alors que se passe-t-il ? Nous ne le savons pas, bien entendu. Mais nous allons faire quelques suppositions.

Le sénateur Chuck Schumer et le Washington Post se demandent si Poutine a un dossier sur le président US, un « kompromat« .

A-t-il fait des galipettes avec des péripatéticiennes ? Doit-il beaucoup d’argent aux Russes ?

Tout est possible, mais il est encore plus probable que le Deep State a un dossier sur M. Trump – comme il en a sur tout le monde. [NDLR : Il est vrai que Trump a un petit secret… mais ce n’est probablement pas celui que vous croyez. Cliquez ici pour en savoir plus.]

Par ailleurs, Trump n’est pas idiot. Il ne va pas se lancer dans une guerre sérieuse et prolongée contre le Deep State.

S’il le faisait, il se retrouverait rapidement isolé, marginalisé… banni de la ville… ou pire. Il a déjà fait la paix avec l’Etat-providence/guerrier/policier. Qu’aurait-il à gagner d’aller chercher les ennuis maintenant ?

En d’autres termes, la meilleure explication du sommet d’Helsinki est qu’il s’agissait d’un épisode de plus de l’émission de téléréalité de M. Trump.

L’audimat était excellent. Rien d’autre ne compte vraiment.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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2 commentaires pour “La téléréalité en direct à Helsinki”

  1. Personnellement en me référant à Pareto, c’est bel et bien le Deep State qui avait le plus à gagner dans l’attentat contre Kennedy, son frère et l’attentat raté contre Reagan.

    En Science il y a un proverbe qui dit par intuition, « ce qui est rare est rare et ce qui est fréquent est fréquent ».

  2. Deux remarques :
    Le gouvernement américain et ses services de renseignement ont souvent trompé l’opinion au cours de l’histoire. Quelques exemples parmi d’autres : le Lusitania en 1915, l’incident du golfe du Tonkin en 1964, les bébés des couveuses du Koweït en 1990 ou encore les armes de destruction massive imaginaires de Saddam Hussein. Peut-on donc faire confiance dans les accusations des autorités américaines ?
    On explique généralement la versatilité de Trump et ses nombreuses déclarations contradictoires par un esprit embrouillé et peu érudit. Mais si cela n’était tout bonnement qu’une tactique choisie pour dérouter ses interlocuteurs. En effet, il est très désavantageux de ne pas connaitre à l’avance comment réagira un adversaire. Donc, en changeant constamment d’avis, Trump met ses interlocuteurs dans une incertitude néfaste pour eux… Et c’est Trump qui mènerait donc le jeu !

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