Nous sommes partis à cheval… Sans armes

Rédigé le 16 octobre 2017 par | Bill Bonner, Investissement Imprimer

Les investissements se font dans des projets qui n’ont pas de sens car le crédit qui n’est pas adossé à l’épargne fausse toutes les mesures dans l’économie.

Nous avons passé la nuit dans un hôtel de Molinos, le village le plus proche, puis nous sommes retournés voir le nouveau ranch.

Nous espérions qu’une bonne nuit de sommeil nous rendrait notre bonne humeur… ou peut-être que d’aimables lutins auraient tout remis d’aplomb, là-bas.

Mais pas du tout. Le nouveau ranch n’était toujours qu’un tas de gravats.

« Pourquoi faisons-nous cela ? » s’est enquis Elizabeth.

Nous n’avons trouvé aucune réponse satisfaisante.

Javier, qui manie la tractopelle, déblayait les nouveaux champs.

« Combien de temps pensez-vous que cela va prendre ? » lui avons-nous demandé.

« Oh, je ne sais pas… jusqu’à ma retraite, probablement… »

Javier a ri de bon cœur. Mais notre plan prévoit que les champs soient prêts pour les semis, en avril.

Nous sèmerons de l’avoine… la laisserons pousser tout l’hiver… puis nous labourerons et sèmerons de la luzerne au printemps. (Les saisons sont inversées, ici, nous sommes dans l’hémisphère sud).

De nouveaux problèmes en vue

Pendant ce temps, de retour au ranch… de nouveaux problèmes se préparent.

Nous avons appris que les originarios – les autochtones qui revendiquent des droits sur la terre de cette région – étaient en train de construire une maison sur notre terre, alors que nous leur avions dit expressément de ne pas le faire.

Alors, nous sommes partis constater, à cheval… sans armes…

Effectivement, le chantier des fondations était bien avancé. Les briques de pisé étaient empilées. Et mêmes les bois de charpente étaient là, en attente.

C’est une violation de l’ordonnance du tribunal. Mais cela ne veut pas dire qu’ils ne s’en tireront pas impunément.

Les tribunaux du coin n’aiment pas s’en prendre trop violemment aux originarios : cela provoque des troubles politiques.

Nous avons appris que les originarios – les autochtones qui revendiquent des droits sur la terre de cette région – étaient en train de construire une maison sur notre terre, alors que nous leur avions dit expressément de ne pas le faire. Alors, nous sommes partis constater, à cheval… sans armes… Effectivement, le chantier des fondations était bien avancé. Les briques de pisé étaient empilées. Et mêmes les bois de charpente étaient là, en attente. C'est une violation de l'ordonnance du tribunal.

Les originarios ont commencé à construire une maison sur les terres de Bill

« J’aimerais passer les fondations au bulldozer et faire enlever ces briques », a déclaré notre avocat.

« Sinon, ils vont poursuivre la construction. Mais cela provoquera peut-être une vengeance. Après tout, ils pourraient s’en prendre à votre maison. »

Nous retournerons au tribunal pour tenter d’obtenir une nouvelle ordonnance.

Plus rien n’a réellement de sens

Revenons à nos moutons : l’argent. Nous n’avons pas d’indications particulières, ni de nouvelles informations.

Le marché actions grimpe… grimpe… toujours plus.

L’Indice Dow Jones, le S&P 500 et le Nasdaq atteignent des plus-hauts record. Et la valorisation des actions, dans le monde, n’a jamais été aussi élevée.

Parallèlement, la complaisance des investisseurs, telle que mesurée à Wall Street par l’indice de volatilité, le VIX, également surnommé « l’indice de la peur », atteint des plus-bas record.

Tout le monde sait que les cours des actions ne peuvent que chuter. Mais personne ne sait quand… ni même pourquoi.

À la Chronique, nous tentons de conserver les pieds sur terre. Mais là, il nous faudrait des échasses pour comprendre les marchés actuels. Rien n’est solide. Rien n’est vrai. Plus rien n’a réellement de sens.

Les bénéfices des entreprises sont bidon, dopés par des astuces comptables.

Les statistiques du gouvernement sont bidon, également : le chômage, l’inflation, le PIB. Si elles étaient calculées correctement (ce que notre service d’analyse est en train de faire), elles indiqueraient qu’au moins la moitié du pays subit une dépression depuis le début du XXIe siècle.

Les cours des actions sont bidon : leur hausse est alimentée par des taux d’intérêt ultra bas, des assouplissements quantitatifs (QE) et des rachats d’actions.

Les taux d’intérêt eux-mêmes sont bidon : la Fed les a abaissés à un plus-bas jamais enregistré en 5 000 ans.

Ils ne reflètent plus le volume de capital (épargne) disponible par rapport à la demande de prêts… ni, par conséquent, le coût réel du crédit.

Le fond du problème, c’est que l’argent lui-même est bidon.

Un projet sans avenir

Nous en avons déjà tellement parlé, que nous n’allons pas vous ennuyer avec cela, aujourd’hui.

Mais l’argent est à l’économie ce que le mètre est au charpentier.

Si le mètre est faussé… vous vous retrouvez avec une maison dans laquelle vous ne voudriez pas vivre, avec des murs et des portes de travers.

Plus grave encore : vous vous retrouvez avec quelque chose qui pourrait s’effondrer sur vous.

Vous le comprenez bien, tout comme nous. Mais le problème, c’est que nous ignorons à quel moment cette monstruosité va s’effondrer… et de quelle façon elle va le faire.

Pendant ce temps…

Les plombiers passent encore plus de tuyaux… les maçons empilent encore plus de briques… les électriciens passent des câbles et des goulottes de toutes parts… et les charpentiers font résonner leurs marteaux.

Autrement dit, les ressources réelles sont injectées dans de sinistres projets de construction déficitaires, et qui n’ont aucun avenir.

Combien de temps les coups de marteaux vont-ils résonner encore : nous l’ignorons. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que nous n’avons pas envie de nous trouver sur ce chantier au moment où le séisme se produira.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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