L’idiotie de l’intelligence artificielle

Rédigé le 16 novembre 2017 par | Bill Bonner, Politique et vie quotidienne Imprimer

L’intelligence artificielle nous évitera toute erreur et des robots nous assureront un revenu universel. Vous y croyez ?

De retour à Baltimore, nous avons été déçu de voir le piédestal… nu… abandonné, sa statue disparue… sa finalité, défunte.

statue

La statue en bronze du juge de la Cour suprême, Roger B. Taney – qui s’est longuement penché sur les enjeux du milieu du XIXème siècle – a orné le parc pendant plus d’une centaine d’années. Maintenant, la statue n’est plus.

Désormais nous sommes vraiment devenus bien meilleurs. Avec tant de règles, de législations et de protocoles, nous n’avons plus le choix. Etre bon, intelligent ou sage n’est plus nécessaire. Il suffit d’obéir !

Par exemple, vous avez des milliers de choix concernant les médicaments et beaucoup d’entre eux vous tueront. Mais vous ne voulez pas terminer au cimetière après avoir pris un médicament « illégal ». Mieux vaut vous reposer sur la prescription d’un médecin et votre épouse éplorée pourra poursuivre quelqu’un en justice.

Ne pas mettre la main aux fesses d’une personne ayant bénéficié de conseils juridiques valables, sans son consentement préalable dûment enregistré. Si votre femme vous dit qu’elle est d’accord, dites-lui de le mettre par écrit.

Sauf, bien sûr, si vous êtes célèbre ou puissant ; dans ce cas le président des Etats-Unis vous dira que vous pouvez faire ce que vous voulez.

Pas d’évasion fiscale… à moins que cela ne soit spécifiquement autorisé dans l’une des 71 689 pages du code fiscales américain. Ou peut-être dans les 459 pages de la proposition de réforme du Sénat.

C’est ça le progrès ! Tout est bien soigneusement préparé pour nous. « Enlevez vos chaussures… sortez votre ordinateurs portables de vos sacs… » Aucune décision nécessaire.

Avec le progrès, il y aura de moins en moins d’erreurs…

Si seulement Roger Taney avait eu un accès à internet. Il aurait certainement été du bon côté, soutenant la demande de liberté de Dred Scott [NDR : Dred Scott est un esclave noir américain qui intenta une action en justice pour obtenir la liberté pour lui, sa femme et ses deux filles. Devant la Cour suprême, les juges – dont Roger Taney – s’y opposèrent à la majorité, donnant naissance au célèbre arrêt Dred Scott v. John F. A. Standford, 1857].

Désormais, puisque nous sommes abondamment connectés, il n’y aura plus d’erreurs de cet acabit. Ni d’échecs moraux. Ni d’accidents. Nos voitures seront autonomes et sans chauffeur.

Des robots nous apporteront nos vêtements le matin. Il n’y aura plus de fautes de goûts, de couleurs qui jurent entre elles. Oui, cher lecteur, voici que cela commence à devenir intéressant.

Cet été, Morgan Stanley a prédit que « l’ordinateur quantique » conduirait bientôt à une « accélération exponentielle » de la capacité qu’auront les ordinateurs à penser. Bientôt, les ordinateurs seront plus intelligents que nous. Ils pourront décider quel pantalon nous porterons.

Pour notre part, nous ne sommes ni surpris, ni impressionnés. Avec le temps, les ordinateurs n’ont fait que devenir plus intelligents, là où les humains eux, sont devenus plus bêtes. Ils étaient faits pour se rencontrer un jour où l’autre.

Comptez-vous sur des robots pour nous distribuer un revenu universel ?

Selon les experts, ces ordinateurs plus intelligents feront tout le travail qui était jusqu’à présent réservé aux bipèdes. Cette pensée a terrorisé les planificateurs centraux mais a ravi ceux qui végètent. Les premiers cherchent fiévreusement comment garder le contrôle sur les machines… et les utiliser pour construire les sociétés qu’ils ont toujours voulues. Les seconds prévoient une retraite à plein temps. [NDLR : pour compléter votre retraite, pensez plutôt au plan que les vétérans de la Bourse utilisent avec succès depuis plus de 30 ans, le « plan Brongniart ». Notre spécialiste vous explique ici comment 200 € par mois investis dès aujourd’hui vous permettront d’avoir une retraite de ministre.]

Là où les avis se rejoignent c’est sur l’élaboration d’un revenu de base garanti. D’après un article de Zerohedge :

« Aussi longtemps que nous nous forçons à travailler pour gagner de l’argent pour vivre, l’automatisation va travailler contre nous, plutôt que pour nous. Afin de parvenir à la liberté économique pour tous, dissocier les revenus du travail est un impératif civilisationnel. Sans un revenu de base inconditionnel, l’avenir est bien sombre. Avec un revenu de base inconditionnel, en particulier un revenu qui augmente à mesure que la productivité augmente comme une part légitime d’une économie de plus en plus automatisée, l’avenir devient finalement un endroit pour l’humanité.« 

Nous nous demandons bien où est passé l’humanité durant toutes ces années !

Voilà justement pourquoi il sera si facile à l’intelligence artificielle de dépasser celle du genre humain. Les gens ne sont pas très intelligents… surtout quand ils commencent à parler d’intelligence.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “L’idiotie de l’intelligence artificielle”

  1. Je reste abasourdi par le ton de ce message. J’ai lu, jusqu’alors, vos commentaires qui, avec un brin d’ironie, mettaient l’accent sur les bévues de notables personnages de la sphère financière et (ou) économique tout en gardant une attention particulière à ces deux domaines qui , à mes yeux, vous semblaient vitaux pour la survie de notre bien aimée civilisation. Vous paraissez désormais lui tourner le dos, devant une intelligence artificielle qui progresse à pas de géant et bouscule définitivement l’humain dans sa logique bien « trop humaine » sinon néolithique. Personnellement, je l’avoue, ce retour aux sources m’apparaît désormais possible tant l’humain moderne est drainé systématiquement vers une voracité inextinguible, caressé par des médias joviaux et à la solde de multinationales « minotaures ». Me serai-je égaré, une fois de plus, dans des visions apocalyptiques dues à de fréquentes lectures concernant la préhistoire, son évolution et ses peintures rupestres? Votre avis le plus franc est le bienvenu . Cordialement.

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