L’or est plus fort que Buffett

Rédigé le 30 mai 2017 par | Bill Bonner, Investissement Imprimer

Récemment, deux évènements ont dominé les nouvelles financières, tous deux dépourvus de sens.

Premièrement, le S&P 500 a atteint un plus-haut historique… la Fed ayant parlé à mots couverts, comme d’habitude, de réduire son bilan (c’est-à-dire de défaire l’assouplissement quantitatif, le QE).

La Fed a dit qu’il « serait approprié » de resserrer un peu sa politique monétaire.

Ou peut-être pas. La croissance du PIB a chuté au premier trimestre. Et l’inflation a baissé le mois dernier, ce qui sous-entend que ce ne sera peut-être pas approprié, après tout.

Un budget tué dans l’œuf

Deuxièmement, la proposition budgétaire du président Trump a suscité une certaine attention.

« Elle sera tuée dans l’œuf », a déclaré notre ami David Stockman, ex-conseiller au budget de Ronald Reagan. Selon lui :

« Trump n’a aucun moyen de faire passer en force des coupes significatives dans la moulinette du Congrès, même si elles sont saines du point de vue budgétaire. Les démocrates et les médias complices reprochent déjà au budget de Trump de détruire le filet de sécurité et de s’attaquer aux pauvres.

Le Congrès, y compris les républicains, n’acceptera ni la baisse du soutien au handicap, ni une réduction de plus de 600 Mds$ sur les 10 prochaines années des dépenses d’assurance-maladie, pour ne citer que quelques propositions de réduction.« 

Mais à quoi vous attendiez-vous ?

Parmi les idées contenues dans le budget du Donald, certaines étaient bonnes… certaines étaient mauvaises…et d’autres vous laissaient songeur. Mais cela n’a pas d’importance. C’est le Deep State, et non la Maison Blanche, qui contrôle l’élaboration du budget.

Depuis l’élection de George W. Bush, les initiés s’assurent que toutes les principales composantes de l’Establishment impérial reçoivent leur argent.

Aucun compère n’est oublié !

Donc, poursuivons…

Comment votre argent passe aux gestionnaires

Hier nous avons passé en revue le coût des frais de gestion des fonds communs de placement.

2%, cela ne paraît pas très élevé. Mais si vos gains ne représentent que 4% par an, cela veut dire que la moitié va dans la poche du gestionnaire.

Les hedge funds – qui sont libres de recourir à diverses stratégies, comme parier sur la baisse des actions – sont encore pires. Ils prennent 2% sur le capital et 20% sur les gains.

Imaginez que vous débutiez avec 100 000 $ et que le fonds enregistre une perte de 50%, une année et un gain de 50% la suivante. Cela s’équilibre, non ?

Grosse erreur.

Le gestionnaire a pris 2 000 $ de frais de gestion. Et en plus, vous avez perdu 50 000 $, alors vous vous retrouvez en fin d’année avec 48 000 $.

L’année suivante, vous enregistrez un gain de 24 000 $. Mais vous devez en céder 20% au gestionnaire, plus les frais de gestion de 2%.

En fin de compte, vous vous retrouvez avec 40 000 $… après avoir versé près de 8 000 $ au gestionnaire.

Si vous restez assez longtemps, le manager finira par empocher 100% de votre argent.

Warren Buffett, investisseur hors pair, dit que la plupart des gens feraient mieux d’éviter ces coûts — ainsi que le risque que le gestionnaire du fonds soit un incapable — en achetant des ETF bon marché qui répliquent les performances du S&P 500.

On peut également éviter les frais de gestion en achetant simplement des actions de la société d’investissement de Buffett, Berkshire Hathaway. Cela permet d’investir en suivant l’investisseur le plus génial du monde… et ce, sans aucun frais.

Mais depuis 30 ans l’or bat même Warren Buffett

Mais cela ne signifie pas que vous allez gagner de l’argent avec Buffett. Au cours de ces 20 dernières années, Berkshire Hathaway n’a pas réussi à battre le rendement des bons du Trésor américain à 30 ans.

Quoi ? Comment est-ce possible ?

Après la crise de 2008, la Fed a acheté des bons du trésor à long terme dans le cadre de son programme de QE et a fait augmenter les cours. Même Buffett n’a pas pu suivre.

Mais attendez, ce n’est pas fini.

Devinez qui a battu aussi bien les bons du Trésor que Buffett… sans aucun frais de gestion… et presque sans aucun risque.

Et avant que nous ne découvrions la réponse, imaginez qu’au cours de cette période, toutes les principales banques centrales ont fait directement grimper le cours des obligations avec 12 000 Mds$ d’argent fraichement émis.

… période au cours de laquelle le Dow a triplé…

Alors, qu’est-ce qui bat les obligations ? Vous devinez ?

L’or, avec une performance annuelle de 7,6%. Allez comprendre !

Evolution depuis 2007 des bons du Trésor à 20 ans et plus (en rouge), de l'indice S&P500 (en noir) et de l'or (en bleu)

ETF ou hedge funds : il n’y a que l’horizon de temps qui diffère

Nous pensons que même si les actions se sont bien comportées au cours de ces 20 dernières années, elles ne se comporteront pas aussi bien au cours des 20 suivantes.

Les ETF représentent environ 2 150 Mds$ d’actions américaines. Et désormais, 27% des transactions du marché action sont réalisées par des fonds de gestion quantitatifs, ou quants, c’est-à-dire des fonds gérés par des algorithmes informatiques.

Les deux évoluent plus ou moins en mode « pilote automatique »… et sont sujet à de violentes baisses. Autrement dit, il ne s’agit pas d’investisseurs patients, misant sur le long terme, et orientés sur la valeur.

Les acheteurs d’ETF parient sur « le marché actions » : ils n’investissent pas dans les entreprises dont les actions s’échangent sur ce marché.

De la même façon, les quants ne se préoccupent pas des sociétés sous-jacentes et de la valeur qu’elles représentent. Et normalement, ils fonctionnent avec des formules qui déclenchent des ventes rapides lorsque le cours d’une action chute au-dessous d’un certain seuil.

Les ventes rapides pourraient également poser problème pour les ETF qui suivent les indices. Car tout le monde investit dans les mêmes fonds indiciels en même temps.

Lorsque ces indices chuteront violemment, tout le monde va paniquer en même temps. Cela augmentera la pression à la vente… et provoquera une chute encore plus rude.

Donc, il se pourrait que la seule différence entre un ETF et un hedge fund, ce soit le temps. Avec le hedge fund, vous perdez de l’argent petit à petit. Avec l’ETF, vous pouvez le perdre en une seule fois.

Partagez cet article

Mots clé : - - -

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

5 commentaires pour “L’or est plus fort que Buffett”

  1. Bonjour,
    Votre raisonnement sur le prélèvement des commissions notamment de performance dans l’exemple du hedge fund qui a perdu 50% la première année et gagner 50% la suivante ne tient pas compte du dispositif du high watermark. En réalité, le fonds ne pourra prélever de commission de performance que lorsqu’il fera mieux que ses pertes et gains antérieurs.

  2. Bonjour,

    Je vous cite:
    « Grosse erreur. Le gestionnaire a pris 2 000 $ de frais de gestion. Et en plus, vous avez perdu 50 000 $, alors vous vous retrouvez en fin d’année avec 48 000 $. L’année suivante, vous enregistrez un gain de 24 000 $. Mais vous devez en céder 20% au gestionnaire, plus les frais de gestion de 2%. En fin de compte, vous vous retrouvez avec 40 000 $… après avoir versé près de 8 000 $ au gestionnaire. »

    Grosse erreur, oui, mais où?
    « L’année suivante, vous enregistrez un gain de 24 000 $ »
    D’accord, donc il y a alors un capital brut de 72’000 $ (48’000 $ solde de l’exercice précédent + 24’000 de gain de l’exercice écoulé) avant prise des commissions de 2% sur le capital (de 48’000 $, soit 960 $), respectivement 20% sur les gains (de 24’000 $, soit 4’800 $). Total commissions: 5’760 $ (4’800 + 960 $)
    Donc il reste finalement, à la fin du 2e exercice un capital net 66’240 $ (capital brut 72’000 – total commissions 5’760 $) et non pas 40’000 $.
    Ou est passée la différence de 26’240?

    Cordialement

  3. Bonjour,
    Mon commentaire de tout-à-l’heure a disparu.
    Oui, on est prévenu que les commentaires sont modérés, mais j’ai respecté la « Nettiquette » et ai posé une simple question sur vos calculs.
    Je la repose ici:

    Bonjour,

    Je vous cite:
    « Grosse erreur. Le gestionnaire a pris 2 000 $ de frais de gestion. Et en plus, vous avez perdu 50 000 $, alors vous vous retrouvez en fin d’année avec 48 000 $. L’année suivante, vous enregistrez un gain de 24 000 $. Mais vous devez en céder 20% au gestionnaire, plus les frais de gestion de 2%. En fin de compte, vous vous retrouvez avec 40 000 $… après avoir versé près de 8 000 $ au gestionnaire. »

    Grosse erreur, oui, mais où?
    « L’année suivante, vous enregistrez un gain de 24 000 $ »
    D’accord, donc il y a alors un capital brut de 72’000 $ (48’000 $ solde de l’exercice précédent + 24’000 de gain de l’exercice écoulé) avant prise des commissions de 2% sur le capital (de 48’000 $, soit 960 $), respectivement 20% sur les gains (de 24’000 $, soit 4’800 $). Total commissions: 5’760 $ (4’800 + 960 $)
    Donc il reste finalement, à la fin du 2e exercice un capital net 66’240 $ (capital brut 72’000 – total commissions 5’760 $) et non pas 40’000 $.
    Ou est passée la différence de 26’240?

    Cordialement

    Aurai-je le privilège d’une réponse en bonne et due forme ou bien y a t’il une censure sur votre site?

    Cordialement?

  4. Bonjour, et merci de l’intérêt que vous portez à nos publications ! Je tenais à m’excuser au nom de l’équipe si votre premier message n’a pas été publié suffisamment rapidement. Les commentaires nécessitent une validation manuelle, et qui s’effectue donc aux heures de bureau. Bien cordialement, l’équipe de la Chronique.

  5. Cher Monsieur Bonner, Bonjour,

    Merci pour vos explications: j’avais vu mon commentaire en bas de votre article avec la mention « En cours de modération ». Ensuite il a disparu: j’ai pensé, à tort, qu’il avait peut-être été volontairement supprimé.
    Je suis heureux d’apprendre que ce n’est pas le cas, juste des phénomènes techniques qui font que ça va, ça vient.

    Quant au fond de mon intervention « Grosse erreur », est-ce moi qui « déraille » ou bien la « Grosse erreur » se trouve bien dans votre calcul?

    Je ne suis pas pressé pour la réponse, c’est juste une question de savoir si je calcule juste ou non.

    Car pour le fond de votre article, je partage totalement vos vues et vous remercie de les exposer sincèrement. (Bien que la question ne me concerne plus, ayant pris mes distance avec la recherche de profit: j’ai le privilège de me contenter de peu -selon nos normes de pays riches- et de considérer la fortune -en or, en argent, en billets de banque- comme de « l’infortune ». Donc j’utilise le nécessaire et donne tout ce qui « dépasse », à nos enfants, aux proches, aux nécessiteux nombreux mais difficiles à dénicher, à atteindre. Je n’en suis pas meilleur que quiconque pour cela, mais je vis beaucoup plus heureux!).

    L’or: oui, seule « vraie » valeur matérielle, mais la Bible dit « Mat.6:19-20: N’amassez pas pour vous-mêmes des richesses sur terre, où la rouille et les vers détruisent… mais amassez pour vous-mêmes des richesses célestes (Note: L’Amour pour Dieu-YHWH et pour le prochain »

    « La rouille qui détruit l’or? »
    Est-ce possible?
    C’est une métaphore bien sûr.
    Mais imaginez un monde où (et c’est déjà arrivé aux USA) la détention d’or est interdite, sous peine de mort peut-être (et ça peut arriver avec des Trump et autres): il vaudrait encore mieux que l’or rouille plutôt que sa détention fut prohibée.

    Et les billets de banques bien cachés: pareil si la monnaie devient totalement virtuelle. Même plus besoin d’interdire le cash: il n’est plus reconnu comme moyen de payement.

    Et c’est là que se réaliseront finalement les quelques 75 prophéties (petites et grandes) qui restent à s’accomplir sur les 700 dénombrées par les savant juifs messianiques.

    Cordialement.

Laissez un commentaire