Evitez ce placement très populaire

Rédigé le 29 mai 2017 par | Bill Bonner, Investissement Imprimer

« Par quelle école de commerce êtes-vous passés ? »

Nous plaisantions, bien entendu.

Mais les deux jeunes hommes avaient besoin d’un point de vue alternatif. Durant leurs études, ils avaient acquis de bien mauvaises idées au sujet de l’investissement.

« Est-ce que nous ne devrions pas simplement acheter un ETF à bas prix qui suit le S&P 500 et ne plus rien faire ? » avait demandé l’un d’eux. « C’est ce que Warren Buffett recommande. Nous sommes jeunes. A long terme, ça devrait payer ».

Revenons un peu en arrière.

Lundi dernier, nous avons été invité à déjeuner chez un voisin — un endroit légendaire… qui fait partie de l’histoire de l’Argentine.

« Oui », a expliqué le propriétaire. « Les Espagnols étaient là avant même de commencer la conquête de la province entière. Et lorsque le célèbre conquistador Diego de Almagro est arrivé, il a trouvé des poules ».

« Les poules devaient venir d’Espagne. Elles ne sont pas natives du Nouveau Monde. Elles ont été laissées ici par les premiers explorateurs espagnols du 16ème siècle. Personne ne connaît leurs noms, mais ils étaient venus ».

Arriver le dernier sur une position bondée

Parmi les convives du déjeuner se trouvaient deux jeunes hommes qui voulaient parler argent.

« Pourquoi ne pas simplement acheter un ETF bon marché qui suit le S&P 500 », avait donc demandé l’un d’entre eux.

Nous lui avons donné une réponse incomplète et peu convaincante. Nous allons tenter de faire mieux dans ces lignes.

Chris Mayer, l’un de nos meilleurs analystes, nous a récemment envoyé l’exemple du célèbre fonds Wintergreen, géré par David Winters. Il facture 2% par an. Cela ne semble pas beaucoup. Mais si le fonds, lors d’une année moyenne, produit un gain de 4%, les investisseurs en donnent la moitié au gestionnaire.

En d’autres termes, si l’on avait un million de dollars dans ce fonds, on enverrait tous les ans un chèque de près de 20 000 $ à M. Winters.

C’est en partie pour cette raison que des sommes record ont été investies dans des ETF bon marché qui répliquent simplement le rendement d’un indice comme le S&P 500 ou le Dow. Les investisseurs pensent qu’ils peuvent avoir leur part des gains boursiers sans faire de recherches sur les actions ou payer un gestionnaire pour s’occuper de leur argent.

Il y a plusieurs problèmes, cependant…

Le premier, c’est que lorsqu’on investit dans « le marché » plutôt que dans des actions spécifiques, on obtient ce que donne le marché. C’est bien si l’on a une banque centrale qui injecte des milliers de milliards dans l’économie financière. Mais ça peut se retourner contre vous lorsque la bulle finit par éclater.

« Les performances des 30 dernières années sont basées sur une escroquerie, » avons-nous dit aux jeunes gens, « qui permet de s’enrichir en injectant des quantités croissantes de crédit artificiel dans l’économie, à des taux artificiellement bas. A un moment ou à un autre, cette bulle de crédit va exploser. A ce moment-là, les prix des actions pourraient être divisés par deux — et stagner pendant 20 ans ».

Cela arrive même sans manipulation des banques centrales, comme après le Krach de 1929… ou après le pic haussier de 1966.

On ne gagne pas d’argent en arrivant le dernier sur une position déjà bondée. Surtout lorsque la position en question est basée sur une arnaque. Ce n’est pas parce que les gens ont beaucoup gagné en suivant le S&P 500 dans le marché haussier actuel — de 2009 à aujourd’hui — qu’on peut s’attendre à faire aussi bien dans le futur.

Les banques centrales du monde entier ont gonflé leurs bilans de quelque 12 000 Mds$ pour faire grimper ces ETF. Ce n’est pas une bonne raison de les acheter.

Des pertes encore plus lourdes avec les actions les plus populaires du moment

De plus, les ETF peuvent générer des pertes encore plus importantes…

Les indices comme le S&P 500 sont pondérés en fonction de la capitalisation boursière. Ce qui signifie qu’on possède une plus grande quantité des actions les plus populaires d’un indice — celles qui ont les capitalisations les plus grosses — et moins d’actions moins populaires.

Les actions populaires tendent à coter plus qu’elles ne valent en réalité. Lorsque le marché baisse — il finit toujours par baisser — ce sont celles qui perdent le plus.

Beaucoup d’acheteurs d’ETF ne sont pas des investisseurs sérieux. Ils cherchent de l’argent facile dans un marché en hausse. Lorsque le marché baisse, ils abandonnent le navire.

C’est bien simple : on n’a rien sans rien. C’est pour cette raison qu’il faut faire des recherches. Ainsi, on évite les actions populaires dans les grands indices. On a la possibilité d’investir dans des entreprises à prix raisonnable, bien gérées et plus profitables que leurs pairs.

A long terme, ces entreprises — soigneusement sélectionnées et achetées à bon prix — peuvent se révéler être de bons investissements. Les ETF ? Probablement pas. [NDLR : Des entreprises solides, soigneusement sélectionnées et achetées à bon prix — c’est exactement la stratégie appliquée au quotidien par Eric Lewin, spécialiste des petites et moyennes valeurs. Pour profiter de ses recherches et de ses recommandations, cliquez ici.]

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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