Etats-Unis : le point de rupture a été atteint

Rédigé le 31 août 2016 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

La « fin de l’Histoire » est un mythe qui a la dent dure — mais les preuves s’accumulent : le point de rupture a été atteint. Ce n’est nulle part plus visible qu’aux Etats-Unis.

Le MIT — le plus prestigieux centre de recherches et d’enseignement scientifiques et technologiques des Etats-Unis — ne compte que 11 319 étudiants. Mais avec internet, des millions de personnes dans le monde entier ont désormais accès aux mêmes informations, plus ou moins.

Il existe même des universités libres qui proposent des « packages » de formation permettant d’apprendre et de suivre les cours plus facilement.

A présent, il existe un nombre infini de scientifiques et d’ingénieurs — sans oublier les psys, les rebouteux et les sociologues – prêts à réfléchir sérieusement en vue d’améliorer le monde. C’est sûr, nous allons assister à une explosion de nouveaux brevets, de nouvelles idées et de nouvelles inventions.

Quant aux ressources, on a eu une révélation, là aussi. En cette nouvelle Ere de l’information, on n’aurait plus autant besoin d’acier et d’énergie. Il suffit de quelques électrons pour devenir milliardaire.

Après tout, quelle quantité d’acier laminé Bill Gates a-t-il produite ? Et Larry Ellison, fondateur d’Oracle et septière fortune mondiale, quel volume de terre a-t-il remué ?

Le capital qui compte vraiment, c’est le capital intellectuel et non les ressources physiques. Du moins c’est ce qu’on disait aux heures bénies de la révolution dot.com. Si vous utilisiez votre cerveau, vous pourriez révolutionner l’entreprise traditionnelle, supprimer les intermédiaires, et réduire les besoins en énergie et en ressources. La nouvelle économie était de type poids-plume, à évolution rapide et infiniment enrichissante. La rapidité de croissance de cette nouvelle économie paraissait illimitée !

Ces idées pleines de vent imprégnaient l’atmosphère, à la fin des années 1990. Elles ont fait augmenter le cours des dot.com à des niveaux vertigineux.

Et puis, bien entendu, le Nasdaq s’est effondré.

Un adolescent renfrogné

Une par une, les illusions, les arnaques et la suffisance de la fin du 20ème siècle, pièces d’un puzzle peu réjouissant, se sont assemblées.

Exit le « dividende de la paix »… L’armée et ses compères fournisseurs avaient augmenté leurs budgets.

Exit la « Fin de l’Histoire »… Ce fut on ne peut plus évident le 11 septembre 2001.

Exit « l’hyper-progrès »… Exit la « Grande Modération »… Exit l’économie de conte de fées, tout cela s’acheva le 15 septembre 2008, à l’annonce de la faillite de Lehman Brothers.

Et s’agissant de produire de la richesse réelle et tangible, internet n’avait pas non plus fonctionné. En 2015, au bout de vingt ans d’existence du World Wide Web (littéralement, la toile d’araignée mondiale) les taux de croissance, en moyenne, ne représentaient que la moitié de ceux enregistrés cinquante ans auparavant.

Alors que ce nouveau siècle se muait en adolescent renfrogné, le sol était jonché d’écailles tombées des yeux de millions de parents.

Le 21ème siècle était un échec total. Les gens ne s’étaient pas du tout enrichis. Au lieu de cela, ils s’étaient appauvris. Selon les estimations, l’homme occidental moyen avait perdu jusqu’à 40% de ses revenus réels depuis le début de ce nouveau siècle.

Les gens se frottèrent les yeux et regardèrent plus attentivement : l’image se fit plus nette et plus épouvantable. A présent, ils voyaient que les promesses de progrès matériel et de liberté politique n’étaient qu’imposture.

Aux Etats-Unis, le taux de croissance économique avait chuté à chaque décennie, depuis les années 1970. La progression réelle des salaires avait ralenti, également… et elle avait même fait marche arrière. Quant au système financier, il était devenu si perverti que le secteur le moins productif– l’Etat – fut le dernier à pouvoir accéder facilement au capital.

Désormais, l’Etat était plus puissant, plus intrusif et plus dominateur que jamais… et capable d’emprunter aux taux les plus bas de l’Histoire.

Une rupture encore plus profonde

On distinguait les signes d’une rupture plus profonde, également.

Les soldats revenus du Moyen-Orient se donnaient la mort dans des proportions record.

Quant au gars dans sa caravane en Oklahoma, il était plus probablement smicard, accro à la méthadone et visionnait du porno sur internet au lieu d’étudier la métallurgie.

L’endettement avait atteint un plus-haut record : 355% du PIB. La paix réelle semblait aussi distante que la prospérité réelle.

Et puis… en juin 2016… le parti républicain choisit un magnat de l’immobilier new-yorkais (et ex-démocrate), Donald Trump, comme candidat à la présidentielle : le porte-étendard le moins probable de toute l’histoire d’un grand parti politique américain.

Pour la plupart des républicains, M. Trump n’avait qu’une qualité notable : il n’était pas Hillary Clinton.

Mme Clinton, peut-être plus que tout autre politicien, représentait l’establishment. Elle avait laissé ses empreintes sur toutes les pièces de ce puzzle peu réjouissant : la baisse des salaires et du PIB… l’ascension de Wall Street et des « 1% »… les guerres… la dette… et le Deep State lui-même.

Comment ces choses ont-elles pu arriver, et où mènent-elles ? Cela donne lieu à énormément de spéculations. Et c’est également le thème du livre de James Dale Davidson, The Breaking Point [NDLR : le point de rupture].

Le grand intérêt de ce livre, c’est qu’il aborde ces questions de façon originale et intéressante. Thomas Piketty (les riches deviennent plus riches), Robert Gordon (toutes les innovations importantes ont déjà eu lieu), Joseph Tainter (c’est trop compliqué), tous proposent une théorie expliquant pourquoi le 21ème siècle est si décevant.

Davidson relie les données entre elles, lui aussi… mais en plus grand nombre… et des données plus inattendues, également… par rapport à tout le monde, peut-être.

Au bout du compte, écrit Davidson :

« Le long terme croise le présent [là où] les systèmes qui ne sont plus rentables épuisent leur crédit et font faillite. Le point de rupture, c’est un départ non-linéaire sur une voie ne menant nulle part. Cela se produit lorsque les collatéraux s’effondrent, anéantissant la foi du public envers la monnaie fiduciaire et les institutions qui la créent et la régulent. »

Voilà pourquoi Donald Trump s’est présenté avec assurance devant le peuple américain, au cours de l’été 2016, en promettant de « rétablir la grandeur de l’Amérique ».

Son auditoire savait que quelque chose n’allait plus du tout. Et il voulait croire à tout prix que M. Trump pourrait y remédier.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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