Les Etats-Unis n’apprennent plus rien

Rédigé le 24 février 2017 par | Banques Centrales, Bill Bonner Imprimer

Le Dow, le S&P 500 et le Nasdaq demeurent proches de plus hauts records… et ils ont gagné environ 10% depuis le jour des présidentielles.

Les responsables de la Fed disent qu’ils pourraient relever les taux d’intérêt « assez rapidement ».

Bla… bla… bla…

Une mécanique d’apprentissage

Rappelez-vous, léconomie est une mécanique dapprentissage. Une personne l’est aussi.

Nous ne parlons pas de ce type de faux « apprentissage » pratiqué à l’école. Il est en grande partie négatif : ses idées, informations et compétences détruisent ou retardent le véritable apprentissage.

En fait, certaines personnes restent à l’école pour éviter d’apprendre.

L’apprentissage peut être douloureux, rabaissant et difficile. Et seuls les accords gagnant-gagnant apprennent quelque chose d’utile.

L’économiste Adam Smith a décrit le processus il y a plus de 250 ans. Les acheteurs et vendeurs découvrent de leur plein gré ce que valent les choses (ce que quelqu’un veut bien payer). Ces informations guident – telle une « main invisible » — les investisseurs, les producteurs et les consommateurs.

Quel est le résultat ? Davantage de richesse (ou, autrement dit, de satisfaction).

Cette métaphore de l’apprentissage est plus utile que nous ne le pensions. Comment apprend-on ? En faisant des tentatives. Quand fait-on des tentatives ? Lorsqu’il le faut.

Pourquoi l’extrême pauvreté persiste-t-elle à Baltimore et dans d’autres endroits ?

Parce que l’Etat paye les gens pour qu’ils ne tentent rien… et n’apprennent rien.

Pourquoi les gosses de riche n’arrivent-ils souvent à rien dans la vie ?

Parce que leurs parents leur donnent de l’argent ; ils ne sont pas obligés de découvrir les choses par eux-mêmes. Ils dépensent ; ils n’apprennent pas.

Pourquoi l’économie américaine stagne-t-elle ?

Parce que de moins en moins de gens apprennent. Les zombies n’ont pas besoin d’apprendre. Les compères, quant à eux, retiennent la pire leçon de toutes, à savoir que le crime paie.

Les accords gagnant-perdant

Aujourd’hui, les mamans intelligentes veulent que, plus tard, leurs bébés deviennent avocats à Washington, banquiers à Wall Street ou politicards.

C’est là que se trouve l’argent volé… et elles le savent. Mais ce n’est pas ainsi qu’une économie apprend.

Il s’agit-là d’accords gagnant-perdant imposés aux autres par des règles, des législations, et le système de l’argent falsifié. Certains y gagnent ; la plupart y perdent. Ceux qui ne participent pas au chapardage se retrouvent coincés dans des boulots mal payés où l’on apprend peu.

Ils se retrouvent aux caisses des stations services Sheetz, en Virginie. Ou bien ils élaguent les arbres le long du réseau électrique, dans l’Ohio.

Ou bien ils ne travaillent pas du tout…

L’économiste Nicholas Eberstadt, du think tank American Enterprise Institute, dit ce qui suit :

« Selon le [Bureau of Economic Analysis, service des statistiques de l’Etat], entre 2000 et 2015, le total des heures de travail rémunérées n’a augmenté que de 4% (par rapport à l’augmentation de 35% enregistrée entre 1985 et 2000, la période de 15 ans précédant la période actuelle). Sur cette période de 2000 à 2015, cependant, la population civile adulte a augmenté de près de 18%, ce qui signifie qu’aux Etats-Unis, les heures de travail rémunérées par adulte se sont effondrées de 12%, jusqu’à présent, au cours de ce nouveau siècle ».

Qu’apprend-on lorsqu’il n’y a pas de travail à effectuer ?

Pas grand-chose.

Selon une étude, les chômeurs américains adultes consacrent 2 000 heures par an à la TV et à internet. On apprend en donnant satisfaction à des clients exigeants et à des employeurs impatients ; on n’apprend rien en regardant la télévision ou en surfant sur le net.

L’effet zombie

La prison est un autre endroit où l’on ne peut pas apprendre grand-chose.

Les Etats-Unis représentent environ 5% de la population mondiale. Mais selon l’International Centre for Prison Studies, le centre international d’études pénitentiaires, le pays possède environ 22% de la population carcérale du monde. L’Amérique compte plus de monde derrière les barreaux que tout autre pays : environ 2,3 millions de personnes.

… Qui tournent en rond dans leurs cellules… à faire ce qu’on leur dit… Qu’apprennent-elles ?

L’argent falsifié exerce sur l’économie à peu près le même effet zombie, semblable à celui de la prison. Il endort les sens. Il atténue la douleur de l’échec. Il persuade les gens de ne rien tenter.

Alors, où apprend-on réellement, au sein d’une économie ?

Dans les nouvelles entreprises. Ce sont elles qui possèdent de nouvelles idées, de nouveaux modèles et de nouveaux produits. Chacune représente une expérience. Si elle réussit, elle se développe et embauche.

Mais le taux de création de nouvelles entreprises s’est effondré, aux Etats-Unis. Désormais, il ne représente plus que la moitié de ce qu’il était en 1978. Une étude récente de la Banque mondiale situe les Etats-Unis au 51ème rang, s’agissant de la facilité de créer des entreprises. Le pays arrive derrière la Côte d’Ivoire, l’Afghanistan, l’Ukraine… et la France. A titre de comparaison, le Canada occupe le deuxième rang.

Mais pourquoi s’arrêter à la création d’entreprises ? Cette étude de la Banque mondiale indique également que les Etats-Unis frôlent toujours la première place dans une catégorie, au moins : « l’obtention d’un crédit ».

Oui… pour ce qui est de fournir de l’argent falsifié aux gens qui n’ont pas les moyens de le rembourser, les Etats-Unis se classent encore parmi les meilleurs.

Mais attendez… L’argent falsifié va aux grandes entreprises, et non aux start-up. Les grandes entreprises s’en servent pour laisser les entrepreneurs à la porte. Et leurs contacts faisant la navette entre secteur public et secteur privé, au sein des autorités de régulation, les aident également à éviter la concurrence.

L’apprentissage est étouffé.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

4 commentaires pour “Les Etats-Unis n’apprennent plus rien”

  1. Et Bill Bonner qu’a-t-il apporter comme innovations à l’humanité ? A part ses leçons de moral à 2 deux balles 2.0 ? Alors Bill, un zombi comme les autres ?

  2. @bga80 : Il apporte ce que vous vous obstinez à refuser d’entendre….

  3. Lty78

    Ben puisque vous êtes si bien informé, alors donnez le détail de ce qu’il a pu apporter à l’humanité, fournissez la liste ici, je vous écoute ? Alors =

    1 = ?
    2 = ?
    3 = ?
    4+ = ?

  4. @bga80 Bill Bonner a créé une entreprise. Il a connu le succès mais aussi l’échec. Il a connu les dessous du monde de la finance, des affaires, ce qui se trame, ce qui se fait, ce qui se fait semblant de faire. Il fait partager sur son blog.

    « Qui se sent morveux se mouche »
    Les gens sont pas assez gentils? Bill est trop méchant?
    C’est pas bien de vendre du papier qui dit du mal du système et critique l’abrutissement des masses qui demandent à s’abrutir davantage?
    Vous êtes vous même un zombie?
    Si les leçons de morales de Bill Bonner vous offusque comme une vierge effarouchée, peut-être que vous pouvez nous exposer votre vision bisounours du monde tel qui devrait l’être.

    Peut-être que la lecture du journal « Le Monde » devrait vous convenir.

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