L’Establishment va-t-il poignarder Trump dans le dos ?

Rédigé le 22 février 2017 par | A la une, Bill Bonner, Deep State Imprimer

Le spectacle continue, sur la scène publique…

Il y a tellement de façons de l’observer, que nous ne savons pas vraiment s’il faut en rire ou en avoir le souffle coupé.

Vendredi dernier, le président Trump a fait monter d’un cran le bruit et la fureur au moyen de son compte Twitter :

« Les médias qui relaient de FAUSSES INFORMATIONS (failing@nytimes, @NBCNews, @ABC, @CBS, @CNN [NDR : failing signifie entreprise en difficulté]) ne sont pas mes ennemis, ce sont les ennemis du peuple américain ! »

A la Chronique, nous n’offrons pas de nouvelles. Ni d’opinions. Nous tentons simplement de tirer les choses au clair.

Nous le faisons en comparant ce qui arrive actuellement à d’autres évènements… d’autres personnes… et d’autres temps.

L’analogie est la seule chose dont nous disposons pour avancer. Et jusqu’à présent, nous trouvons que le personnage correspondant le mieux à M. Trump est l’ex-président argentin, Juan Perón.

Et si Trump était un Perón américain ?

Perón– une fripouille haute en couleur et plus vraie que nature – « s’en est pris à l’Establishment« , au sud du Rio de la Plata.

Perón n’avait pas Twitter. Il n’avait pas de « fausses informations ». Tout ce qu’il avait, c’étaient des discours et des cravates démodés. Il vitupérait contre les riches… les propriétaires terriens… et l’église. Et il fulminait contre les journaux… les banquiers… et les universités.

Les gens du peuple l’adoraient. Perón s’exprimait en leur nom. Il se dressait contre l’ancienne élite.

Mais il n’a pas assaini le marigot. Il n’a même pas vidé l’évier.

En lieu et place, il a fait main basse sur le pouvoir de l’Establishment et l’a utilisé dans son intérêt. Quelles que soient les exactions que Perón ait attribuées à l’ancienne élite, sa nouvelle élite en a commis de bien pires.

Au nord du Rio Grande, l’Establishment a concentré de plus en plus de pouvoir sur Washington, et le président.

Pour vous donner un exemple du fonctionnement du Deep State, nous publions l’Annexe « A », tirée des fausses informations du week-end dernier : Mary Jo White, autrefois en charge de la réglementation et de la surveillance des entreprises, lorsqu’elle dirigeait la SEC ; avant cela, elle défendait les sociétés contre ladite SEC, en tant qu’associée du cabinet d’avocats Debevoise & Plimpton.

Cette femme a tellement fait de va-et-vient entre secteur public et secteur privé que cela doit lui donner le tournis.

Lorsqu’elle a intégré l’équipe d’Obama, elle s’est engagée à « abandonner » son emploi dans le cabinet d’avocat, pour servir l’intérêt public. Mais le week-end dernier, on a découvert qu’elle était de retour dans ce cabinet de compères.

Voici ce que l’on trouve sur le site Wall Street On Parade :

« Cette nouvelle est très importante car elle marque la quatrième fois en quarante ans que Mary Jo White fait le va-et-vient entre Debevoise & Plimpton (où elle représente des contrevenants récidivistes) et les services du gouvernement (où elle poursuit des contrevenants récidivistes). »

Ceux qui font les lois et ceux qui sont réglementés par elles sont les mêmes personnes. Les médias relayant de fausses informations nous disent également que M. Trump a nommé un nouveau directeur à la tête de la SEC : Jay Clayton… Mais attendez… Qu’est-ce qu’il a de nouveau ?

Même caste. Même tribu. Même corporation. La seule différence, c’est le cabinet d’avocats : Sullivan & Cromwell.

Le délit d’initié dans le dossier Kraft Heinz – Unilever

Il y a une chose à laquelle M. Clayton devrait s’intéresser : le délit d’initié commis sur l’action Kraft Heinz, en amont de son offre de rachat concernant Unilever.

Comme l’a indiqué le Financial Times, relayeur de fausses nouvelles, les transactions sur options ont crevé le plafond alors que circulaient des rumeurs concernant l’opération… avec 150 fois plus d’argent que d’habitude parié sur la hausse, puis la chute, de l’action.

C’est le genre de choses qui n’est pas censé se produire. Et lorsque c’est le cas, la SEC, bénie soit-elle, est censée lancer une enquête.

Comme notre ami et ancien membre de Wall Street, David Stockman, nous l’a indiqué, toute cette opération empeste à mille lieues. C’est le type d’opération que vous ne pouvez faire que lorsque de l’argent falsifié est mis à disposition de Wall Street à un taux proche de zéro après taxes et inflation.

Les deux sociétés sont déjà d’énormes conglomérats lourdement endettés et dont les ventes stagnent.

Kraft Heinz doit 30 Mds$ de prêts. Si l’opération s’était poursuivie, les emprunts des deux entreprises réunies se seraient élevés à 130 Mds$. Et cela aurait valorisé le vieux vendeur de shampoings et de savons à 25 fois ses bénéfices, comme si c’était une société en croissance.
[NDLR : Comment bien choisir les valeurs de votre PEA, quelles entreprises sont à éviter et au contraire celles qu’il faut absolument avoir en portefeuille ? Notre spécialiste vous explique ici sa vision du « PEA parfait ».]

Imaginez…

Mais tout est possible lorsque vous avez de l’argent falsifié pour alimenter vos acquisitions, rachats d’actions et fusions.

L’argent falsifié finance également la SEC, indirectement. Son rôle est de surveiller la partie, de faire comme si tout le monde était sur un même pied d’égalité et comme si tout petit investisseur pouvait parier contre les grands… et gagner.

Grâce à l’accroissement du pouvoir des compères pendant la carrière de White, l’Etat peut désormais se permettre n’importe quoi impunément… même le meurtre.

Le Congrès se mêle des affaires nationales. Le Pentagone se mêle des affaires étrangères. La Fed commet le plus grand vol de l’histoire tandis que la SEC monte la garde.

Comme Staline avant lui, le président Obama a approuvé la liste d’assassinats : y compris des citoyens américains, sans aucune forme de procès.

A présent, c’est Donald J. Trump, qui se trouve à la tête de cet énorme pouvoir du gouvernement fédéral américain. Va-t-il y renoncer, remettre à sa place le Deep State, et restituer sa Grandeur à l’Amérique ?

Trump va-t-il faire combattre le Deep State ou l’accepter ?

Les Etats-Unis sont un empire profondément endetté et fonctionnant avec de l’argent falsifié.

L’économie du pays a trop de délits d’initiés gagnant-perdant sur les bras, imposés par l’Etat afin de récompenser ses compères.

Les élections offrent aux initiés des camps républicain et démocrate une chance de se battre pour remporter le meilleur du butin ; ils ne changent pas la façon dont cela fonctionne.

Un complexe zombies-compères plus ou moins permanent… alias le Deep State… alias « le marigot »… est aux commandes.

L’Establishment est-il en train de prendre peur, de tenter de saper le gouvernement Trump et de le poignarder dans le dos ?

Ou bien Trump est-il simplement une nouvelle espèce de bestiole de marigot, faisant semblant de combattre le Deep State tout en acceptant le système ?

Les initiés n’en sont pas sûrs, non plus. Ils sont hargneux, piquent des colères, et complotent contre le président.

Comme le s énateur Charles Schumer l’a remarqué, Donald Trump a été « réellement débile » de s’en prendre aux services du renseignement. « Ils ont mille et une façon de vous rendre la monnaie de la pièce », a-t-il dit.

Des fuites émanant du FBI ou de la NSA – transmises aux médias relayeurs de fausses nouvelles – ont déjà eu la peau du premier conseiller à la sécurité nationale sélectionné par Trump : Michael Flynn. Et le vice-amiral Bob Harward, sélectionné en premier lieu par Trump pour remplacer Flynn, a refusé le poste.

Au sein du Deep State, le complexe militaire et de la sécurité sape des gouvernements étrangers depuis un demi-siècle, voire davantage. Serait-il étonnant de découvrir qu’il sape celui de son propre pays ?

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “L’Establishment va-t-il poignarder Trump dans le dos ?”

  1. M. Bonner:
    Voici un extrait d’article paru dans « Boulevard Voltaire »
    Pour les observateurs les plus avertis, toute cette manière de faire tapageuse, qui s’apparente à un manque de cohérence et de vision, est une véritable stratégie dont le modus operandi du président Trump est en adéquation avec son style de gestion, où il a apparemment voulu créer une sorte de “chaos” et voir quelles seraient les retombées…
    C’est une technique de gestion souvent utilisée par les manageurs redresseurs d’entreprises dont les résultats ont été éprouvés. De mon point de vue, par sa tactique, il dispose de cent jours pour tester le système dont il hérite et préparer les mécanismes d’ajustement pour l’adapter au nouveau contexte…
    En un mot, il considère que ce système est en faillite et qu’il devrait le redresser. … »
    « Son programme de reconstruction des infrastructures américaines, qui rappelle le “new deal, [et] qui créera des emplois et favorisera la croissance économique, tout comme ses propositions visant à réformer la structure fiscale des entreprises qui libérera des fonds et qu’elles pourraient investir aux États-Unis, sont bien accueillis. Son souhait de restructuration du cadre réglementaire dans le secteur financier a été également bien accueilli par Wall Street. Il est confirmé par certains experts que bon nombre de lois imposées après la crise financière, comme par exemple la loi Dodd-Frank, étaient trop onéreuses et coûteuses pour l’industrie… Etc. »
    Trump a conduit une OPA hostile sur le pouvoir. La révolte actuelle du conseil d’administration, des cadres et des principaux fournisseurs qui vivent sur la bête n’est donc pas étonnante. Face à cette guerre totale, Trump est un champion du brouillage, faisant courir ses adversaires après toutes les balles, surprenant toujours et encore ceux qui ne parviennent pas à le décoder. En seize semaines, il a passé plus de vingt décrets exécutoires, fait monter la bourse de 4 %, amorcé la pompe de l’emploi et de l’investissement au pays avec quatorze grandes entreprises.
    Reste que le Congrès traîne, et que les obsédés de son éviction s’agitent
    « http://www.bvoltaire.fr/andrearchimbaud/lalgerie-comprend-mieux-trump-france,315503

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