La deuxième loi de la thermodynamique appliquée à la finance

Rédigé le 10 janvier 2017 par | Deep State Imprimer

Jusqu’ici, tout va bien.

2017 se présente plutôt bien… du moins vu d’un oeil cynique et amusé.

Nous avons rarement vu autant de gens croire à des choses aussi fausses.

Dire à des entreprises où installer leurs usines ne protègera pas l’emploi, ni n’en créera…

… Gonfler le marché actions ne rendra pas les entreprises américaines plus rentables…

… Réduire le déficit commercial ne boostera pas vraiment la croissance économique des Etats-Unis…

… Placer des milliardaires de Wall Street et des compères du complexe militaro-industriel à des postes de pouvoir ne réduira pas l’influence du Deep State…

… Réduire la fiscalité « sans incidence sur les recettes » n’augmentera pas vraiment les bénéfices des entreprises et ne provoquera pas une expansion…

… Les Russes n’ont pas vraiment fait pencher les électeurs en faveur de Trump…

… Les quatre prochaines années ne seront pas une réplique de la publicité télévision de la campagne de Reagan « Morning in America« …

Et l’on pourrait continuer encore et encore. Presque toutes les principales aspirations publiques, à l’aube de 2017, sont de dangereuses illusions.

Un auteur a récemment écrit dans le Wall Street Journal que le deuxième principe de la thermodynamique était sous-apprécié.

Ce principe est exprimé et compris de multiples façons. Mais il est le résultat d’une observation : si vous voulez que la soupe reste chaude, vous devez avoir une source de chaleur.

Sinon, la soupe se refroidit et passe à température ambiante. Avec le temps et sans apport d’énergie, tout passe à température ambiante, nous y compris.

Nous consommons des aliments. Cette nourriture alimente notre fourneau biologique. Nous convertissons une part de cette énergie alimentaire en chaleur, une part en locomotion et une part en activité cérébrale. Privés de cette nourriture… nous sommes fichus.

Il existe un parallèle entre le second principe de la thermodynamique et l’économie et les marchés : les actions ne grimpent pas d’elles-mêmes. Il faut du chiffre d’affaires, des bénéfices… ou des apports d’argent.

Si vous retirez l’argent spéculatif, la bulle spéculative se refroidit, se dégonfle… ou s’effondre.

Lorsque le progrès fait marche arrière…

L’économie a besoin d’apports également.

Normalement, les gens économisent… et utilisent leurs économies comme une sorte de combustible, en s’en servant dans de nouveaux projets. Certains investissements sont une réussite. D’autres sont un échec. Lorsque les réussites dépassent les échecs, il se crée de nouvelles richesses qui font avancer l’économie.

Mais si une part trop importante du surplus réel du pays – ses économies réelles en temps, argent et ressources – est placée dans de mauvais investissements, des guerres de connivence, des dessous de tables versés à des initiés ou des programmes de soutien pour zombies, la croissance ralentit.

Le progrès peut également faire marche arrière… Le Venezuela, par exemple, recule rapidement.

On ne peut se figer. On a besoin d’énergie, même lorsque l’on est dans le coma.

Comme l’a dit Norman Mailer, vous ne pouvez résister au changement, mais vous « paierez plus cher pour rester pareil ».

Au cours de ces 30 dernières années, la croissance économique américaine s’est réduite de moitié. Les raison expliquant cela font l’objet de vastes débats. La démographie ? La dette ? Les technologies ?

Le taux de croissance n’a plus dépassé 5% depuis 2003

Evolution de la croissance américaine depuis la Seconde Guerre mondiale

Bloomberg Markets indique que de plus en plus de baby boomers prennent leur retraite… c’est-à-dire qu’ils quittent l’économie productive :

« De plus en plus de baby-boomers commencent la nouvelle année avec rien d’autre au programme que jouer au golf, voyager et passer du temps avec leurs petits-enfants.

Le nombre d’Américains âgés de 65 ans ou plus, ne souffrant pas d’un handicap et ne faisant pas partie de la main-d’oeuvre a augmenté de 800 000 au quatrième trimestre 2016, ce qui marque la reprise d’une tendance à long-terme : l’exode de leur génération, qui quitte la main-d’oeuvre pour partir à la retraite.« 

Autrement dit, l’énergie s’épuise. L’Amérique paye plus cher pour rester immobile. [NDLR : Refusez que votre épargne reste immobile et stagne. Avec une mise de fonds modeste, vous pouvez vous créer une véritable retraite de ministre. Comment ? Cliquez ici pour le savoir.]

… les élites, les compères et les zombies s’empressent

Le troisième principe de Bonner est vaguement relié au deuxième principe de la thermodynamique : plus l’arbre est ancien, plus les insectes, vers et écureuils en tirent profit. Le cabinet de curiosité de M. Trump a toutes sortes de plans et projets en tête. Certains sont bons. D’autres sont mauvais.

Ils promettent aux Américains de leur offrir un « meilleur » pacte qui « restituera sa grandeur à l’Amérique ». Mais cela ne fonctionne pas ainsi. Le gouvernement américain est un vieil arbre ayant dépassé depuis longtemps le cap du déclin de l’utilité marginale. Ce qu’il faut, ce ne sont pas de meilleurs pactes, mais qu’il y en ait moins. Ces pactes prennent de l’énergie et fournissent un abri aux parasites.

Wall Street et les fournisseurs de l’armée comptent déjà leur argent ; cela se remarque dans le cours de leurs actions, qui atteint désormais des plus-hauts historiques.

Au fil du temps, les apparatchiks, élites, compères, zombies, planificateurs, Je-Sais-Tout, initiés, intrigants et rêveurs – qui promettent tous de « meilleurs » pactes – consomment de plus en plus d’énergie.

Un pacte est conclu pour maintenir une usine dans l’Ohio. L’Etat prend en charge les pensions pour sauver une société privée. Des avions, navires et systèmes informatiques sont commandés… non parce qu’ils sont réellement nécessaires, mais parce que les lobbyistes, conseils en communications et esprits intéressés ont fait leur boulot.

Cela demande une gestion administrative. Des tweets sont envoyés. Des avocats sont engagés. La « déperdition de chaleur », générée par une friction inutile et des « investissements » stériles, augmente.

Et tout le système ralentit, se refroidit, et pourrit jusqu’à ce que les branches tombent.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “La deuxième loi de la thermodynamique appliquée à la finance”

  1. Dans tout ce qui suit, il faut mettre en exergue tout le long ceci : —Jusqu’à plus ample informé—.

    Car il est possible qu’il y ait dans l’univers des zones anti-Clausius (de la loi Carnot-Clausius), donc des zones de néguentropie, mais depuis environ un demi siècle, on n’en a pas encore trouvé la trace.

    Donc jusqu’à plus ample informé, l’entropie gagne du terrain dans l’univers. Dans la nature, le bilan énergétique n’est pas: 1 = 1, mais quelque chose comme: 1 = 0,9999999999.
    Maintenant, pour la Terre, avec toutes les activités humaines de plus de 7 milliards d’humains, le bilan pourrait par exemple être figuré ainsi: 1 = 0,8…. soit une forte accélération de l’entropie.

    Il n’est pas agréable d’apprendre que, seulement maintenant on constate que le 2ème principe de la thermodynamique n’a pas été assez pris en compte. Quand on sait que depuis Sadi Carnot (deuxième décennie du 19ème siècle) la question de la thermodynamique n’est pas résolue. Si nous nous contentions de pouvoir vivre en utilisant seulement le croît biologique, sans arrêt renouvelé, et bien nous rejoindrions l’entropie naturelle de toujours qui est minimum.
    Ces deux liens ci-dessous se rapportent à l’économie et la finance, évidemment atteintes elles aussi par l’entropie.

    Nicholas Georgescù-Roegen (1906-1994) qui intéressa fortement Shumpeter apparaît comme scandaleusement tombé dans l’oubli. Les circonstances pourrait nous tirer sans ménagement de cet oubli:
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Nicholas_Georgescu-Roegen

    et Marc Halévy de lui emboîter le pas:
    http://www.noetique.eu/billets/2005/prospective-eco-management/economie-finance-thermodynamique

  2. Excellent article… A part que le second principe de la thermodynamique ne parle pas d’énergie mais d’entropie. Il peut se résumer ainsi « Toute système ne peut évoluer que vers un plus grand désordre qui est sa situation la plus stable et la plus naturelle ». Le principe évoqué dans cet article serait plutôt le premier qui parle effectivement de transfert d’énergie. Arrêtez moi si je me trompe.

    Cela dit il y a d’autres analyse très intéressantes à trouver avec le second principe.

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