L’emploi US pousse la Fed à repousser une hausse des taux

Rédigé le 7 juin 2016 par | Article, Inflation, dettes et récession, Philippe Béchade Imprimer

Janet Yellen peut offrir quelques semaines de permission à ses 3+1 mousquetaires « faucons » (Esther George, Charles Evans, James Bullard et Eric Rosengren). Leur mission, qui consistait à faire croire que la Fed pourrait relever son taux directeur au mois de juillet puis une seconde fois en décembre, est terminée.

Sitôt les chiffres de l’emploi parus vendredi dernier, il a fallu moins de deux heures pour que la Fed libère une première « colombe ». Il s’agissait de Lael Brainard, membres du conseil des gouverneurs de la Fed, qui s’est prononcée en faveur d’un report d’une hausse de taux.

D’autres colombes suivront, puis Janet Yellen devra se défendre d’avoir berné les marchés en faisant miroiter une poursuite de la normalisation alors qu’elle ne pouvait ignorer les signaux de ralentissement émis par le marché du travail depuis le mois de mars… et dont la dégradation s’est radicalisée au mois de mai.

Entre les anticipations et la réalité, il y a plus de 125 000 emplois d’écart. Et si l’on rajoute les révisions à la baisse des mois d’avril et mars (-37 000 et -22 000), ce sont près de 200 000 postes qui manquent par rapport aux projections formulées fin février.

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La spectaculaire baisse du taux de chômage (-0,3% d’un coup) s’explique par la chute de la population active (-665 000 personnes), cela a déjà été abondamment commenté… Mais cela signifie que sept millions de personnes, soit 2,3% de la population américaine, auront quitté le marché du travail en 2016.

Cela signifie que 200 000 nouveaux actifs financent 600 000 nouveaux retraités

En imaginant que la moyenne des trois premiers mois de l’année ait perduré en mai, cela signifie que 200 000 nouveaux actifs financent 600 000 nouveaux retraités ou personnes qui sous une forme ou une autre toucheront de l’argent public et se retrouvent à la charge de la collectivité.

Ce phénomène ne vient pas de surgir : c’est la conséquence inexorable de la pyramide des âges qui fait se multiplier les pensionnés bien plus vite que l’économie américaine ne peut produire de barmen, de serveuses, de promeneurs de chiens ou de coiffeuses à domicile.

Les services vacillent

Le taux de personnes travaillant en indépendant n’a jamais été aussi élevé depuis « la crise ». Les permabulls interprètent cela comme le signe encourageant du triomphe de l’esprit d’entreprises. D’autres constatent que les nouveaux diplômés éprouvent les pires difficultés pour décrocher un emploi bien rémunéré… et que lorsque l’on supporte 30 000 $ de dette (prêts étudiants) au moment d’entrer dans la vie active, il faut trouver le moyen de faire de l’argent, y compris dans des domaines qui n’ont pas grand-chose à voir avec la formation initiale.

Les ex-étudiants tentent donc de se lancer dans une activité de services (facile à monter de chez soi, peu gourmande en capitaux).

Car il n’est évidemment pas possible de s’improviser fabriquant de pièces automobiles, producteur d’énergie, transporteur ferroviaire. Il n’y a pas d' »auto-entrepreneurs » dans le secteur manufacturier… à moins de se lancer dans la fabrication d’objets via une imprimante 3D.

L’indice ISM des services aux Etats-Unis a décroché de 55,7 vers 52,9

La planche de salut, c’est le secteur des services, par conséquent. Et c’est là que les chiffres publiés vendredi dernier deviennent alarmants : l’indice ISM des services aux Etats-Unis a décroché de 55,7 vers 52,9. Il s’agit d’un indicateur avancé de mauvais augure pour la croissance au second semestre 2016.

Janet Yellen était la première à reconnaître, ce lundi, que « les perspectives économiques sont incertaines » et que « les derniers chiffres de l’emploi sont inquiétants »… mais elle tempère son propos en objectant qu' »il ne faut pas accorder trop d’importance à une seule statistique ».

Le problème c’est que ce n’est pas la seule… Mais ce qui sauve la situation, c’est que les vendeurs ont disparu de la circulation depuis bien longtemps, sachant qu’ils ne sont pas de taille à défier la Fed. Il n’y a donc plus de « marché » tel que la théorie économique le conçoit.

Et s’il n’y a plus de marché, si le risque ne rapporte plus rien, pourquoi les entreprises investiraient-elles et créeraient-elles de « vrais » emplois ?

Après tout, la Chine dispose de surcapacités de production telles que l’Amérique risque de ne manquer de rien.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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