Sus aux mythes

Rédigé le 14 mai 2018 par | Bill Bonner, Desinformation Imprimer

Les mythes publics permettent d’habiller des escroqueries, favorisant certaines personnes au détriment de toutes les autres.

Des mythes, des mythes, des mythes…

Des arnaques… des sottises… des idioties… des dieux clownesques ! Nous sommes cerné… en nombre insuffisant… nous manquons de puissance de feu…

… Bref, la situation est excellente. A l’attaque !

Hésitant, nous jetons un oeil alentours. Notre sujet, dans ces lignes, est l’argent ; nous ne voulons pas quitter notre objectif des yeux.

Le pétrole a récemment atteint les 70 $ le baril – pour la première fois en quatre ans.

Jamie Dimon, PDG de JP Morgan, déclare qu’il faut se préparer à un rendement de 4% sur les bons du Trésor US.

Le marché boursier peut-il survivre à des rendements de 4% ? L’économie peut-elle survivre au pétrole à 70 $ le baril ?

Nous n’en savons rien… mais nous allons le découvrir.

Avec quel mythe vivez-vous ?

En attendant, nous en revenons à notre attaque sur les mythes. Aujourd’hui, parlons de vous, cher lecteur. Avec quel mythe vivez-vous ? Comment a-t-il formé votre existence ?

En ce qui nous concerne, nous avons eu affaire à un mythe public familier lorsque nous avons quitté l’aéroport international de Dulles la semaine dernière. Elizabeth a été sélectionnée pour une fouille approfondie.

Une petite femme dans un uniforme trop grand a enfilé une paire de gants bleus qu’elle a ensuite promenés sur tout le corps d’Elizabeth. Chaque contour a été tâté ; chaque colline et vallée ont été explorées.

Nous n’arrivions pas à décider : devions-nous être jaloux… scandalisé… ou simplement consterné ?

Des millions d’heures… et des milliers de milliards de dollars… ont été dépensés pour la sécurité nationale américaine. Les gens sont-ils réellement plus à l’abri ?

Nous n’en savons rien, mais nous savons que la scène à laquelle nous avons assisté dimanche tenait plus du rituel magique que de la précaution pratique. Personne ne pensait vraiment qu’Elizabeth représentait un danger pour la sécurité du trafic aérien – ni la femme qui se chargeait de la fouille… ni les autres passagers… ni son mari. Personne.

Le fait est qu’Elizabeth n’avait aucune intention de détourner l’avion Aer Lingus. Mais l’agente de la TSA lui a accordé autant d’attention qu’une masseuse cinglée.

« Qu’est-ce qui ne va pas chez cette femme ? » nous sommes-nous demandé en observant la scène. « Son travail ne vaut pas la peine d’être fait, et certainement pas la peine d’être bien fait ».

Le mythe d’une menace terroriste s’est implanté en 2003. Comme tous les mythes, il a un fond de vérité – juste un fond.

Toutes les mesures prises pour répondre à la menace ont fait plus de mal que de bien. S’il n’y avait qu’une poignée de « terroristes » à l’époque… ils sont certainement plus nombreux aujourd’hui.

Là encore, nous voyons la perversité des mythes. Ils naissent dans l’imagination mais ils modèlent le monde réel.

Le racket légal de la protection

Nous imaginons des gobelins, des croquemitaines et des fantômes… et en un rien de temps, les voilà qui nous enlèvent le pain de la bouche et se cachent dans nos téléphones portables.

Le changement climatique, les inégalités, la drogue, les insurgés – chaque « problème » invite une solution… et un désastre causé par la main de l’homme.

Rappelez-vous que les autorités sont à la tête de ce qui est, dans les faits, un racket de protection. Vous les payez. Elles vous protègent. Si vous ne payez pas, elles réduisent votre maison en cendres.

« Vous voyez », disent-elles, « on vous avait bien dit que c’était dangereux là dehors ».

Plus vous pensez que c’est dangereux, plus vite vous vous tournez vers vos protecteurs, abandonnant votre argent et votre dignité.

Il peut être difficile de se débarrasser d’un mythe. Combien de millions de personnes ont défilé sous les portiques de la sécurité dans les aéroports et ont assisté au même spectacle lamentable et pathétique… tous adorant des ersatz de dieux sur un autel absurde ?

Et qui résiste ?

Remettez en question un mythe populaire et vous risquez d’être conspué par les patriotes ! Les mythes sont souples… élastiques… et accommodants. Ils masquent les péchés. Ils déguisent la fraude. Ils protègent les escrocs et les idiots.

Le faux-monnayeur affirme qu’il stimule l’économie. Le profiteur de guerre en Afghanistan dit qu’il protège la vie des écoliers du Dakota du sud. Le professeur de l’Université du Michigan est payé pour aider « à libérer la société de l’oppression patriarcale hétéro-normée ».

Dans le journal Irish Times du jour, nous avons vu un gros titre : « un plan pour révéler les différences de salaire entre sexes ».

Les autorités sont sur le coup !

Les hommes et les femmes devraient être payés la même chose, disent-ils. Là encore, il y a de la vérité là-dedans. Il semble injuste de payer un groupe plus que l’autre.

Pourtant, les hommes de haute taille gagnent généralement plus que les hommes de petite taille. Pourquoi ? Devrait-il y avoir une politique publique – salaire égal pour les nabots ?

Les mythes de grande envergure – qui deviennent la base de politiques publiques – sont généralement des escroqueries gagnant-perdant. Ils favorisent certaines personnes… au détriment de toutes les autres.

La « Guerre contre la Terreur », par exemple, est excellente pour le secteur de la défense. C’est d’ailleurs lui qui l’a créée. A présent, on peut compter sur lui pour mener le combat… jusqu’à la dernière goutte de votre argent.

La « guerre contre les inégalités », qui n’a pas encore été annoncée, devrait elle aussi être gagnante – pour quelqu’un.

Les mythes privés nous embellissent la vie

Les mythes privés sont différents. Nous écrivons l’histoire de nos vies ; nous créons des dragons… puis nous les tuons.

Nous sommes « le travailleur compétent et loyal », par exemple, qui triomphe de la paresse et de l’inutilité.

Nous sommes le bon mari, qui se tient bien… pourvoit aux besoins de sa famille… résiste à la tentation.

Nous sommes le bon citoyen. Nous lisons les journaux. Nous votons. Nous agissons. Nous participons.

Ou bien nous sommes riche. Nous avons une grande maison… un beau bateau… et un gros portefeuille d’actions boursières.

Nous sommes éclairé… et progressiste.

Ou peut-être sommes-nous un bon conservateur… voire carrément un chrétien conservateur.

Ces descriptions peuvent être « vraies »… jusqu’à ce que les événements viennent les bouleverser.

Le bon employé est licencié. Le bon mari est un bon mari… jusqu’à ce qu’il rencontre une mignonne serveuse. Le riche est ruiné par un krach boursier… et doit voler en classe éco. Et les chrétiens conservateurs votent pour Donald Trump !

Oui, cher lecteur… nous sommes tous humains. Pas toujours bons et pas toujours mauvais… mais toujours sujets à influences. Et nous avons besoin de mythes pour les comprendre.

Lorsque notre histoire héroïque est mise à mal, nous devons nous trouver un nouveau récit.

Le bon employé devient la victime d’un employeur rapace. Le bon mari achète une décapotable et devient un bon vivant. Le riche se fait marxiste. Et le conservateur pense qu’il est temps que les choses changent.

Quand les choses tournent mal, on accuse quelqu’un d’autre – ou on nie simplement les évidentes contradictions.

Sommes-nous parti avec la serveuse ? Ou bien est-ce notre femme qui s’est désintéressée de nous, nous poussant à déserter le domicile conjugal ?

Avons-nous vraiment échoué à faire correctement notre travail, comme on nous le reproche ? Ou bien notre employeur essayait-il de réduire ses coûts de main-d’oeuvre en se débarrassant de ses employés les plus anciens et les plus compétents ?

Aurions-nous dû savoir que nous étions dans une bulle ? Ou bien les bulles sont-elles aussi imprévisibles que le dit Alan Greenspan ?

Quant à « The Donald », il n’a rien de chrétien, ni de conservateur.

Mais qui sait ? Les voies de Dieu sont impénétrables !

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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