Et si les drones du Deep State s’en prenaient à vous ? Le Deep State a besoin de terreur

Rédigé le 5 octobre 2016 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

La guerre contre le terrorisme est d’un genre nouveau. Elle a déjà coûté 1,48 milliard de dollars d’armement et de munitions. Et 335,1 millions de dollars ont été dépensés par des services ayant normalement une vocation réglementaire ou administrative.

La plus grosse bourde de politique étrangère de l’histoire de l’Amérique ?

Mais pas du tout !

C’est à l’invasion de l’Irak que songeait le magazine The Economist, lorsqu’il a prononcé ce jugement sur l’échec le plus retentissant du président George W. Bush. Ici à La Chronique, nous observons cet évènement dans un contexte plus vaste.

Nous avons passé en revue les diverses « guerres » bidon des Etats-Unis — la Guerre contre la Pauvreté, la Guerre contre la Drogue – sous un nouvel angle. Elles possèdent des caractéristiques spécifiques que l’on ne retrouve pas dans les vraies guerres.

On ne peut pas les gagner. La pauvreté… la drogue… les terroristes : il y en aura toujours.

« L’ennemi » puise sa force dans la guerre. Si vous payez des gens pour qu’ils soient pauvres, alors il y a davantage de pauvres. Si vous décrétez que la drogue est illégale, alors les profits augmentent pour les revendeurs criminels.

Cela crée de nouveaux secteurs de corruption, de type public-privé.

Les combattants des deux camps en profitent et les citoyens innocents sont perdants.

Aujourd’hui, nous allons examiner la Guerre contre le Terrorisme.

Nous constatons que cela n’a pas du tout été une « bourde ».

C’est quoi, Alep ?

Loin d’être un échec, l’invasion de l’Irak a été une grande réussite.

Selon des chercheurs de l’Université de Brown, d’ici 2017, les Etats-Unis auront dépensé, ou engagé, 4 790 milliards de dollars.

Cet argent ne s’est pas envolé : il est parti dans les poches de l’industrie du terrorisme.

Et ça, c’est uniquement de « notre » côté…

Les « terroristes », de l’autre côté, en ont également grandement bénéficié. La gloire, la fortune, le pouvoir : un type qui, en d’autres circonstances, aurait eu du mal à trouver un job à Alep, commande aujourd’hui les troupes qui la détruisent… en se servant de millions de dollars d’armement (dont la plupart a été fournie par l’Oncle Sam).

La presse s’est amusée à dénigrer le candidat du Parti des Libertariens à l’élection présidentielle, Gary Johnson, pour avoir demandé lors d’une émission matinale à la télévision : « C’est quoi, Alep ? »

Mais c’est ça, précisément, la bonne question.

On ferait mieux de la formuler ainsi : « Mais bon sang, c’est quoi Alep ? » Ou alors, en langage plus moderne : « Mais p*t**n, c’est quoi Alep ? »

L’Américain moyen n’en a pas la moindre idée…

Il doit s’occuper de ses affaires ; il n’a pas le temps de s’inquiéter de la politique levantine. Il sait que cela ne le regarde pas ; qu’il ne devrait pas y fourrer son nez.

En plus, il a 100 fois plus de chances de se faire tuer par un flic que par un terroriste ; il sait que la Guerre contre le Terrorisme ne mérite pas son attention.

Et puis, il a perdu le fil… Le casting des personnages est tout simplement trop dense… et trop mouvant.

Difficile de cerner ce qu’il se passe au milieu des vents de sable du Moyen-Orient.

Il ne sait pas si nous combattons Al-Qaïda, ou si nous nous sommes alliés à Al-Qaïda pour combattre Daesh !

Deep State : Une guerre d’un genre nouveau

Début septembre, on a appris que ceux qui combattent le terrorisme (ceux de notre camp) avaient attaqué six pays différents au cours du week-end du 4 septembre.

Demandez à n’importe quel Américain de vous citer ces pays – tous les six – où les Etats-Unis tuent des gens à l’heure actuelle. Demandez-leur pourquoi. Il est très probable que vous obtiendrez des réponses dignes de celles d’un candidat à la présidentielle.

C’est-à-dire que l’on vous répondra n’importe quoi.

Nous ne combattons pas des soldats nord-vietnamiens, japonais, ou allemands. Nous ne combattons personne en particulier… et nous le faisons sans motif particulier.

C’est une guerre d’un genre nouveau, une guerre truquée conçue pour déplacer simplement de l’argent et du pouvoir en direction d’un secteur corrompu du Deep State : l’industrie du terrorisme.

Voici ce que déclare Philip Giraldi, ex-officier du renseignement militaire et de la CIA :

« L’expression « Deep State » – du Turc « Derin Devlet » — est apparue en Turquie, pays auquel elle a souvent été appliquée et dont les services de la sécurité nationale ainsi que l’élite du gouvernement ont toujours suivi le même objectif nationaliste et fermé, aussi bien sur le plan national que celui des affaires étrangères, indifféremment du premier ministre en place.

Dans les pays où le Deep State domine, les premières victimes sont forcément la véritable démocratie et la loi. Traditionnellement, un Deep State tel que celui de la Turquie est organisé autour d’un centre de pouvoir officiel et communément accepté, ce qui signifie qu’il comprend souvent des hauts responsables du gouvernement, la police et les services du renseignement, ainsi que l’armée. On a affirmé que le Deep State, en Turquie, menait fréquemment ses activités en connivence avec des politiciens en mesure de fournir une couverture, avec des entreprises, et parfois même avec des groupes criminels, qui peuvent agir hors des frontières et prêter main forte aux basses oeuvres de la corruption politique, notamment au blanchiment d’argent. Ce lien entre pouvoir politique et capacité à opérer de façon inaperçue, tout en générant beaucoup d’argent, c’est ce qui caractérise le Deep State. »

Nous avons déjà décrit de quelle façon la Guerre contre la Drogue et la Guerre contre la Pauvreté furent les premières du genre, en matière de guerres truquées. L’idée n’est pas de gagner, mais simplement de ponctionner davantage la richesse réelle du pays.

A cet égard, la Guerre contre le Terrorisme se détache nettement.

Un combat imaginaire

Des deux côtés du conflit, on enregistre un succès phénoménal.

Plus les Etats-Unis se déchaînent dans les pays musulmans, plus les « terroristes » débarquent pour s’y opposer.

Alors le combat imaginaire devient de plus en plus réel, exigeant de plus en plus de ressources ! Et de plus en plus de contrôle sur les citoyens.

Et voilà comment les citoyens peuvent vraiment être perdants… et ce, dans de vastes proportions.

A quatre heures du matin, dans ses moments sombres et empreints de paranoïa, l’auteur de ces lignes ressent, lui-même, des coups de frousse. Il craint que la Guerre contre le Terrorisme menée à l’étranger ne soit le prélude à un lâcher de chiens sur le territoire national.

Une nouvelle étude a été publiée par l’organisme de contrôle American Transparency et intitulée The Militarization of America: Non-Military Federal Agencies Purchases of Guns, Ammo, and Military-style Equipment (La militarisation de l’Amérique : achats d’armes, de munitions et d’équipements de type militaire effectués par des services n’appartenant pas à l’armée fédérale) révèle que :

« Au cours des neuf années ayant précédé 2014, […] 67 services sans aucun lien avec le Département de la Défense ont acheté pour 1,48 milliard de dollars d’armement et de munitions. Sur ce total, 335,1 millions de dollars ont été dépensés par des services ayant normalement une vocation réglementaire ou administrative, tels que la Smithsonian Institution ou l’U.S. Mint. »

Au théâtre, si vous apportez un canon sur scène, il faut bien s’en servir tôt ou tard.

De même, lorsqu’un pays renforce ses équipements militaires sur le territoire national, ce n’est qu’une question de temps avant que quelqu’un n’appuie sur le bouton.

Cette guerre ne se livrera pas contre des musulmans marginalisés, rendus fous par les assauts livrés contre leurs héros… leur pays natal… et leurs mythes sacrés. Ils ne sont pas assez nombreux pour s’attaquer sérieusement aux Etats-Unis d’Amérique.

Au contraire, ce sera une guerre que le Deep State livrera contre le reste d’entre nous – pour s’accrocher à son pouvoir… à son argent… et à sa réputation.

Ses drones traqueront des « terroristes » nationaux… ses postes de contrôle mettront la main sur des « insurgés » du pays… ses gendarmes parqueront des « Américains soupçonnés de rébellion ».

… et son système financier coupera les financements de ceux qui oseront le défier… et détournera l’argent de la nation à son profit. (Méfiez-vous des agents en civil !)

Jusqu’à présent, ce n’est qu’un cauchemar que nous faisons. Peut-être que ce ne sera jamais rien de plus.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “Et si les drones du Deep State s’en prenaient à vous ? Le Deep State a besoin de terreur”

  1. la guerre qui pour des besoins cosmetologiques et marketing est présentée toujours différemment sert aussi à une chose :
    reflater certains secteurs & deflater certaines poches (ou promesses).

  2. Bush a eu droit à un second mandat (haut la main ! ) en pleine guerre en Irak.

    La mort d’innocent sous les balles américaines choque moins l’électeur US que le sort des dindes à Thanksgiving.

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