Le discret sauvetage bancaire d’hier

Rédigé le 23 mars 2017 par | A la une, Banques Centrales, Simone Wapler Imprimer

La semaine dernière, Les Echos nous vantait la « santé éclatante » des banques (1).

Ensuite, nous avons lu que BNP Paribas allait fermer 10% de ses agences et licencier. C’est vrai que les cures d’amaigrissement sont utiles pour se maintenir en bonne santé…

Hier, le 22 mars, les banques sont allées chercher des milliards d’argent gratuit au guichet de la Banque centrale européenne où les attendait ce bon M. Mario Draghi. « Un système de refinancement très avantageux », nous explique L’Agefi.

Vous avez 200 euros ? Alors… vous avez de quoi vous construire une retraite de ministreGrâce à ce plan secret, simple et applicable par tous, vous pourriez toucher jusqu’à 11 875 euros supplémentaires par mois.Rien d’immoral ni d’illégal, vous verrez : tout est expliqué ici.

Peut-être baignez-vous dans une bienheureuse ignorance quant à ce système avantageux.

Voici comment il marche.

Vous êtes le patron de la banque MaxiProfitPourMoi (MPPM). Vous avez accordé un mauvais crédit et cette vilaine créance est un « prêt non performant ». Vous allez l’apporter au guichet de ce bon M. Mario Draghi. Il examine (à peine) votre vilaine créance qu’il déclare superbe, la « prend en pension » et à la place vous donne une ligne de crédit du même montant.

Du crédit pas cher. Du crédit gratuit ?

Non : mieux que ça. N’oubliez pas que vous êtes le boss de la banque MPPM. A ce titre, vous bénéficiez du taux exceptionnel de -0,4%. Sur 100 € de ligne de crédit que vous allez recevoir, vous gagnez en plus 0,40 €. En contrepartie, vous vous engagez à prêter aux entreprises et aux ménages, hors prêts immobiliers. C’est ce qu’on appelle la « politique non conventionnelle ».

Aujourd’hui, nous saurons combien de créances superbes, déposées par des banques à la « santé éclatante », ont été ainsi refinancées par M. Mario Draghi.

Evolution de l'ETF iShares MSCI Europe Financials coté en dollar sur le Nyse

Selon L’Agefi, « si le niveau de la demande est débattu parmi les économistes, certains estiment qu’elle pourrait avoir dépassé 120 Mds€, contre 30 à 60 Mds€ pour les opérations précédentes. Si tel est le cas, la ruée des banques prouvera que celles-ci anticipent la fin de ce système hors normes ».

120 Mds€, soit 24 kerviels (souvenez-vous, ce trader qui avait mis la Société Générale en danger pour cinq misérables milliards).

L’argent gratuit ou mieux que gratuit, ce n’est évidemment pas pour nous. C’est pour les amis de M. Draghi. Ensuite, quel taux paiera un entrepreneur qui sollicite un prêt de sa banque ? Presque rien si c’est un ami du boss de MPPM qui a fréquenté les mêmes amphithéâtres de l’ENA et qui dirige une grande entreprise cotée. Beaucoup plus, évidemment, si c’est un artisan qui, imperméable au « choc de simplification », est obligé d’investir afin de se mettre en conformité avec une nouvelle norme absurde.

En général, quand on dévoile cette injustice, les victimes qui ne profitent pas des largesses du système se contentent de bêler qu’elles aussi veulent manger au râtelier de M. Draghi.

Ce qu’elles réclament, c’est de l’argent falsifié pour tout le monde et non pas la fin d’un système d’argent falsifié qui les ruine.

Car voici les conséquences du « créditisme ».

Tant que celui qui prête à mauvais escient gaspille de l’épargne, de l’argent existant et déjà mis de côté, ce n’est pas trop grave. Car si le prêt tourne mal, le prêteur ne détruit que le passé. [NDLR : Mieux vaut se tourner vers les vrais investissements d’avenir. Nos spécialistes ont découvert une révolution profitable dans un secteur inattendu… Pour en savoir plus et découvrir les sociétés dont la valeur va exploser à court terme, c’est ici.]

En revanche si le crédit est accordé avec de l’argent factice, de l’argent encore inexistant mais dont un banquier central omniscient pense qu’il existera dans le futur, c’est plus grave. Cette fois, si le prêt tourne mal, c’est l’avenir qui est détruit.

(1) https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/0211872555093-la-bonne-sante-des-banques-lautre-exception-francaise-2071588.php

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’oeil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

Pour en savoir plus sur Crise, Or & Opportunités et La Stratégie de Simone Wapler.

2 commentaires pour “Le discret sauvetage bancaire d’hier”

  1. Je vais faire une remarque amicale : devant la destruction évidente et nécessaire de notre système politico-économique, je vois que vous en êtes très déstabilisés et que cela se traduit par des réactions qui n’ont rien à faire dans la gestion des patrimoines. Vous devez laisser à chacun le choix de ses options et garder le côté technique où vous êtes globalement très bons. Et puis, même si l’influence des Etats-Unis est très forte sur le monde financier, le point de vue européen et en particulier français conduit souvent à des différences de jugement et donc de gestion dont vous ne faites que bien peu état dans vos conseils. Ici les conditions sont bien différentes sur de très nombreux points et vous ne pouvez pas importer directement les conseils US à l’Europe. Mais c’est pourtant ce que je remarque de plus en plus. Par exemple en ce qui concerne Trump dont il est bien trop tôt pour pouvoir en tirer des conséquences sur notre pays. Donc je prends de plus en plus de recul sur vos articles. Et ne désire vous suivre que de moins en moins dans vos propositions. Nous n’avons d’ailleurs pas la possibilité de vous signaler notre abandon en cours de route.
    Bien cordialement.

  2. Bonjour,

    Justement en ce qui concerne Trump, croyez-vous que sa décision d’hier va lui valoir encore plus d’ennemi qui vont pousser encore plus à sa destitution ?

    En tout cas, pour moi c’est clair que Les États-Unis, cela va être plus rapidement encore la puissance d’Hier. Le futur à court-moyen terme va tourner encore plus vite autours de Pékin.

    Bien Cordialement

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