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Des taux en hausse pour le reste de notre existence

Rédigé le 22 mai 2018 par | Bill Bonner, Indices, marches actions, strategies, Inflation, dettes et récession Imprimer

Le bon du Trésor américain à 10 ans a terminé la semaine dernière sur un rendement de 3,11% — une nouvelle preuve que le cycle du crédit s’est retourné.

Le reste n’est que du bruit.

Etes-vous du bon côté de la « tendance primaire » ?

Nous tenons cette idée de feu Richard Russell, grand investisseur devant l’Eternel. Richard a démontré que l’évolution des marchés suit de longs arcs… qui grimpent sur des décennies… puis baissent, à nouveau sur de nombreuses années.

Ne pas se soucier du bruit, seulement de la tendance majeure

Entre temps bien sûr, il y a des booms, des effondrements, des krachs, Amazon, des avancées technologiques, le bitcoin, des paniques… et du bruit, du bruit, du bruit.

On ne sait jamais, d’un jour sur l’autre, ce qui se passe… ou ce qui se passera ensuite. Mais si vous êtes du bon côté du mouvement majeur… ce que Richard appelait la « tendance primaire », tout ira bien pour vous.

Bien entendu, on ne peut jamais être certain qu’on est du bon côté de la tendance primaire. Tout ce qu’on peut faire, c’est surveiller les chiffres et jouer le long terme.

A la fin des années 1940, par exemple, les actions étaient basses et les obligations étaient chères ; il était temps de se positionner de l’autre côté de la transaction.

La guerre était terminée. Les soldats retirèrent leurs uniformes et rentrèrent chez eux. Ils se marièrent. Ils se mirent à chercher un emploi. Les économistes craignaient une résurgence de la Grande dépression.

Sans commandes de chars et d’avions, que fabriqueraient les usines ? Sans le stimulus des dépenses de guerre, comment ces hommes trouveraient-ils du travail ?

Les taux d’intérêt chutèrent. L’épargne était abondante ; le crédit aussi… et le marché baissier des obligations, commencé en 1929, prit fin (la valeur des obligations évolue en sens inverse de leur rendement). Les taux touchèrent un plus bas en 1949.

Ensuite, une nouvelle tendance primaire démarra.

Evolution du rendement du bon du Trésor américain à 10 ans depuis 1929

graphique rendement du bon du Trésor américain

Quand les dépenses publiques dépassent la taxation honnête

Ce fut un boom… qui tira les taux d’intérêt de leur ornière d’après-guerre, tout au long des fabuleuses années 1950… des swinging sixties… et même des médiocres années 1970.

Pour commencer, les rendements furent tirés vers le haut par la demande. Les entreprises se rééquipèrent, embauchèrent et se développèrent pour répondre à la demande des jeunes familles.

Ces dernières avaient besoin de maisons, de voitures, de machines à laver, de télévisions. Et le crédit à la consommation fit un bond lui aussi, les paiements en plusieurs fois sans frais et les cartes de crédit devenant de plus en plus populaires.

Malheureusement, les autorités se sont pris les pieds dans le tapis budgétaire. « Guns and butter » — des fusils et du beurre –, c’est ce qu’elles avaient promis.

Des guerres à l’étranger… des cadeaux à domicile. Les deux coûtaient de l’argent. Plus d’argent que les autorités ne pouvaient en lever avec une taxation honnête. Elles empruntèrent donc.

Dans les années 1960, la majeure partie des besoins de crédit des Etats-Unis était assouvie honnêtement — par l’épargne. Lorsqu’elles souhaitaient faire de gros emprunts, les autorités étaient donc en concurrence avec les ménages et les entreprises pour l’épargne disponible. Cette demande supplémentaire força les taux d’intérêt à la hausse.

Lorsque les autorités dépensèrent cet argent — pour les grandes gabegies de l’époque, la guerre du Vietnam et la Great Society –, il passa entre les mains des consommateurs, demandeurs de produits et les services.

Les prix grimpèrent aussi.

Cette combinaison de hausse simultanée des prix et des taux produisit la stagflation de la fin des années 1970. L’économie ne pouvait se développer à cause des taux d’intérêt élevés. Les ménages ne pouvaient pas s’en sortir à cause de la hausse des prix.

C’était l’époque des badges idiots du genre « Flanquez une raclée à l’inflation » — qui impliquaient que le consommateur était responsable, d’une manière ou d’une autre, de l’inflation qu’il subissait.

Le véritable coupable était bien entendu le gouvernement — qui continua d’aggraver la situation jusqu’à l’élection de Ronald Reagan.

Une vraie hausse des taux pour mater l’inflation

Si l’on peut mettre une chose au crédit de Reagan, c’est d’avoir soutenu Paul Volcker en tant que président de la Fed. Volcker avait réalisé que le seul moyen de remettre l’économie sur les rails était de faire disparaître les attentes d’inflation.

C’est ce qu’il a fait en augmentant le taux directeur de la Fed. Pour remettre cela en perspective, rappelez-vous que le taux directeur de la Fed est actuellement de 1,75% — après plus d’un an de resserrement quantitatif.

Volcker n’a pas pris de gants. Il l’a fixé à 18,9% en décembre 1980.

Cela fit immédiatement passer le rendement du 10 ans à 12%… puis à 15% un an plus tard. Ce fut le sommet du cycle.

 

Les taux évoluèrent ensuite à la baisse… jusqu’aux 1,57% enregistrés le 18 juillet 2016. Cela semble être la fin de cette tendance. Il est très probable que la tendance primaire pour le reste de notre existence soit une hausse des taux réels.

Les actions n’aiment pas les hausses de taux

Le plancher du Dow Jones a eu lieu en juin 1931 à 42 points. Le marché boursier, cependant, regarde vers l’avenir. A la fin des années 1940, alors que les obligations étaient encore en route vers le plancher, les actions voyaient déjà venir un boom.

Le Dow grimpait tout doucement vers les 200 dès 1949. La tendance primaire était à la hausse, et elle s’est poursuivie jusqu’en 1966. Ce fut une bonne série — un marché haussier de 35 ans.

Mais l’inflation puis la stagflation heurtèrent de plein fouet le marché boursier à la fin des années 1960… puis 1970. Les prix nominaux stagnèrent. Il faut les ajuster à l’inflation pour constater les dégâts — sévères : un marché baissier de 70% entre 1966 et 1980.

Ensuite, Paul Volcker draina l’inflation des prix à la consommation tandis que la Fed, avec sa monnaie post-1971, injectait de l’inflation dans les prix des actifs. L’IPC revint sagement sous les 2%. Mais les prix des actions grimpèrent en flèche.

C’est ainsi que commença le plus grand marché haussier de tous les temps. De moins de 1 000 points, le Dow grimpa à plus de 26 000 en janvier 2018 — une hausse de 25 000 points sur 38 ans.

Voilà ce que peut vous rapporter une tendance primaire.

Dommage… on dirait que celle-ci est terminée.

(Pour les nouveaux lecteurs : ce n’est pas la première fois que nous le disons).

[NDLR : Les fins de tendances sont souvent très agitées… et douloureuses pour ceux qui n’y sont pas préparés. Prenez vos précautions maintenant pour en sortir gagnant : cliquez ici pour tout savoir.]

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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