Des fantômes chez les investisseurs

Rédigé le 30 juin 2008 par | Article Imprimer

** La semaine dernière, on a vu des fantômes. Nombre d’analystes ont cru voir le spectre des années 30. D’autres auraient pu jurer avoir aperçu l’esprit des années 70.

* Les marchés ont chuté un peu partout. Les causes de cette punition, si l’on en croit les journaux, sont les mauvaises nouvelles provenant du marché du pétrole. Le baril a terminé la semaine à plus de 140 $.

* Et alors, où est tout ce pétrole bon marché promis par les néo-conservateurs lorsqu’ils ont envahi l’Irak ? Nous nous rappelons trois itinéraires principaux vers la guerre. Le premier était bien entendu le plus glorieux — les Etats-Unis allaient renverser le vilain Saddam Hussein ; les Irakiens leur baiseraient les pieds et deviendraient de fervents adeptes de la démocratie ; le monde s’en trouverait mieux.

* Ensuite, il y avait l’itinéraire du milieu — où la puissance hégémonique mondiale prenait ses responsabilités impériales en éliminant consciencieusement les armes de destruction massive, en établissant une base de liberté et de force militaire en Mésopotamie ; résultat, le monde était censé être plus sûr, vous vous souvenez ?

* Et puis il y avait le chemin le moins prestigieux — en le suivant, les Etats-Unis pourraient renverser les dirigeants légitimes d’Irak, et s’approprier le pays ; ils pourraient ainsi faire main basse sur l’offre mondiale de pétrole et faire baisser les cours ; le monde serait sans aucun doute plus prospère, par conséquent.

* Mais toutes ces routes mènent vers l’enfer. Et nous apprenions la semaine dernière que 75% des Américains en accusaient George W. Bush.

* Attendez une minute. C’est une accusation bien lourde pour un seul homme. Ca ne semble guère équitable. Le pauvre George W. obtient les plus mauvais scores de tous les présidents américains de l’histoire. On le critique parce qu’il a poussé les Etats-Unis dans la guerre contre l’Irak… on le critique parce que pétrole a grimpé de 40% cette année… on le critique parce que les prix des maisons chutent… et on le critique même parce que l’inflation grimpe.

* Nous détestons frapper un homme à terre. Mais nous apprécions tant de frapper George W. Bush que nous allons faire une exception. Mieux encore, nous allons le redresser… juste pour avoir le plaisir de l’abattre à nouveau.

* Qu’une chose soit parfaitement claire : tous ces problèmes ne sont pas de la faute du président. Soyons honnêtes, envahir l’Irak semblait une bonne idée, à l’époque — du moins aux yeux des Américains. En ce qui concerne le prix du pétrole, qui aurait pu imaginer que tous ces gens, en Orient, allaient commencer à en utiliser de telles quantités ? Et qui aurait pu imaginer que les Irakiens seraient aussi têtus, faisant durer la guerre si longtemps… et mettant en ruine leur propre secteur le plus profitable ? Eh bien, à peu près n’importe qui  aurait pu le prévoir, mais on parle de George W. Bush, là.

* Oui, le pauvre George II manquait d’imagination. Mais est-ce sa faute si les prix des maisons baissent, ou si les Américains sont trop endettés, ou si — lorsque tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes — Wall Street est allée trop loin ?

* Notre métal préféré a semblé tirer parti de la situation pour regrimper en flèche, reprenant 32 $.

** Et pendant ce temps, les propriétaires immobiliers US continuent d’être mis à mal. Les derniers chiffres de Californie montrent que la maison moyenne vaut environ les deux tiers de son prix d’il y a deux ans. Dans le pays tout entier, les maisons ont baissé pour la première fois depuis la Grande dépression… les marchés brûlants de Miami, Las Vegas et Washington D.C. était les plus durement touchés.

* Avec des prix de l’immobilier chutant si sévèrement, on pourrait penser que le nombre de personnes se retrouvant sans toit au dessus de leurs têtes diminuerait. Ce n’est pas le cas. USA Today nous annonce que les rangs des sans domiciles se trouvent augmentés de "nouveaux visages" — ceux qui étaient autrefois considérés comme des gens sans histoires.

* Parmi ceux qui sont le plus hantés par le spectre des années 30, on trouve ceux qui sont le plus proches de cette ère — les personnes âgées. Elles se ruinent plus rapidement que tout autre groupe démographique.

* Qu’est-ce qui mène ces ancêtres à l’asile des pauvres ? Nous pouvons avancer quelques hypothèses. Ils vivaient de rentes. Alors que le fantôme des années 30 réduit le prix de leur principal actif — leurs maisons — le fantôme de l’inflation des années 70 rend leur vie de plus en plus chère.

* Tout le monde conduit moins, suite à la hausse des prix du carburant ; mais ces barbes grises ne conduisaient pas beaucoup, de toute façon.

* Tout le monde réduit ses voyages en avion ; mais même avant les augmentations de prix, ces antiquités mettaient rarement les pieds dans un aéroport.

* Tout le monde met de l’ordre dans son budget, retirant les petits caprices et les dépenses inutiles ; mais souvent, les personnes âgées n’ont pas grand’chose dans leur budget, sinon le strict nécessaire.

* Et les voilà désormais coincées dans le piège typique des années 70 — écrasés entre l’enclume de leurs rentes et le marteau de la hausse des prix.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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