La démographie indique deux décennies perdues sur les marchés boursiers

▪ Forte reprise sur les marchés actions… dès 2025 !
La hausse des Bourses depuis 40 ans a été portée par la génération du baby-boom. Manque de chance : ces gens nés entre 1946 et 1964, qui sont un genre d’Atlas des marchés, arrivent à l’âge de la retraite et ne porteront plus les Bourses sur leurs épaules.

Ils vont vendre leurs actions pour financer cette nouvelle période de leur vie. C’est pourquoi les marchés devraient connaître, en termes réels (hors inflation), deux décennies perdues, avant de rebondir fortement en 2025.

Que préférez-vous prendre : votre mal en patience ou les choses en mains ?

▪ La démographie en action
L’avantage de la démographie, c’est qu’elle évolue selon des tendances bien établies et connues à l’avance ; et, comme l’évolution de la population conditionne largement l’évolution des Bourses, on sait déjà de quoi l’avenir financier sera fait. Ce ne sera pas gai.

C’est la thèse de Zheng Liu et Mark Spiegel, deux économistes de la Réserve fédérale de San Francisco, développées dans un papier publié fin août. La génération du baby-boom va vendre ses actions pour financer sa retraite. A moins de détenir un portefeuille considérable, difficile en effet de vivre avec des dividendes, donc la vente des actions est inévitable.

▪ Les baby-boomers ont fait tripler le P/E…
Leur méthodologie est très simple : il s’agit de comparer la structure de la population et l’évolution des marchés actions. C’est-à-dire comparer deux ratios :

D’une part le rapport entre la classe d’âge 40-49 ans et celle des 60-69 ans, et d’autre part le ratio prix/bénéfices sur le S&P 500 (cours divisé par bénéfice par action, qui mesure le degré de cherté d’un titre).

Ces deux valeurs ont été étroitement corrélées entre 1954 et 2010.

Résultat : de 1981 à 2000, la génération du baby-boom était au sommet de sa capacité à travailler et à économiser. Le ratio P/E a triplé sur la période, de huit à près de 24 fois. Puis la tendance s’est inversée.

▪ … avant de passer le relais à une génération moins chanceuse
Dans les années 2000, les baby-boomers ont commencé à prendre de l’âge, tandis que la Génération X prenait progressivement le devant de la scène économique et financière. Ces individus nés entre 1960 et 1979 n’ont pas eu la même chance que leurs aînés. Ils sont moins nombreux et n’ont pas connu la prospérité et le plein-emploi qui ont marqué l’après-guerre.

Dans les années 2000, le rapport entre les 40-49 ans et les 60-69 ans a reculé considérablement, tout comme le P/E moyen.

▪ Pessimisme pour le P/E
Sur le long terme, MM. Liu et Spiegel estiment que l’évolution de la population explique 61% de l’évolution du P/E. Connaître la première permet donc de prévoir celle du second.

Selon cette méthode, les perspectives ne sont pas réjouissantes jusqu’en 2025. A l’avenir, le P/E va baisser de manière continue depuis son niveau de 2010, d’environ 15, jusqu’à frôler huit en 2025. Il remontera jusqu’à neuf en 2030.

▪ Retour de la croissance en 2025
Jusqu’à cette date, les prévisions restent effrayantes sur les cours boursiers. En estimant que les bénéfices vont continuer à progresser de 3% par année (comme ils l’ont fait entre 1954 et 2010) et en tenant compte de l’inflation, on obtient un déclin continu des cours des actions en termes réels jusqu’en 2021. Soit une baisse d’environ 13% par rapport aux niveaux de 2010 !

S’en suivra une reprise sans tonus, qui permettra de retrouver les cours de 2010 en 2027.

Comme la structure de la population sera à nouveau favorable à partir de 2025, la reprise se renforcera à ce moment-là. En 2030, les actions devraient avoir progressé de 20% par rapport à 2010, en termes réels.

En conclusion : en étant haussier vous pouvez décider de gagner 20% sur votre portefeuille actions en 19 ans. Pas 20% par année, mais bien 20% en tout. Ce n’est pas épais, c’est probablement moins que l’inflation cumulé sur la période, et c’est à condition de ne pas toucher à vos investissements avant 2030.

Ou alors vous pouvez opter pour des stratégies qui ne dépendent pas d’une hausse des marchés pour obtenir d’excellents rendements, et qui ont fait leurs preuves depuis 1999 ; c’est vous qui voyez…

Première parution dans l’Edito Matières Premières & Devises du 05/10/2011.

 

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Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d'Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits "'neutres au marché"). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire "Le Coin des Insiders", qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L'Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l'énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable). Il participe régulièrement au Billet du Trader et à l'Edito Matières Premières & Devises.

2 Commentaires
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  1. Jean-Pierre FUSONE sur 06 oct 2011 à 5:24

    Je me permets de vous soumettre un autre scénario, étant moi-même un enfant de baby boom et venant de prendre ma retraite. Les actions, malgré les fluctuations du marché offrent, actuellement, le meilleur rendement pour améliorer sa retraite. Par contre, la maison devenue trop grande depuis le départ des enfants a été vendue, et le montant de la vente placé en actions (total, gdf-suez, air liquide, sanofi, france telecom). Les loisirs, théâtre, cinéma, petits séjours dans nos belles régions de France, ont pris plus de place dans notre vie. Et je crois que les enfants du baby boom continueront d’alimenter l’activité économique, mais d’une façon différente. Nous n’allons pas tapisser les parois de notre cercueil avec nos billets de banques. Nous allons les dépenser, en partie pour notre plaisir, en partie en gâtant nos enfants et petits enfants. Bien cordialement, votre serviteur, un lecteur régulier de vos chroniques.

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