Le défaut fatal

Rédigé le 2 juin 2017 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

Bill Bonner ne pouvant nous donner sa chronique quotidienne en raison d’un deuil familial, voici un extrait d’un texte écrit en avril.

Au sein d’un système monétaire honnête, on ne peut jamais être à court d’argent. Car l’argent représente de la richesse réelle. Or la richesse réelle ne disparaît pas au cours d’une crise financière.

A La Chronique, nous avons beaucoup écrit sur les espèces, et le moment où un besoin d’argent réel deviendra tristement évident. Ce moment se produira lorsque vous irez à votre distributeur de billets et que vous ne pourrez pas retirer d’argent. Car tout le système sera désactivé lorsqu’il manquera « d’argent ».

Notre système monétaire est fondé sur le crédit. Le dollar n’est adossé à rien d’autre qu’à la foi que les gens lui accordent… et au gouvernement qui le soutient… et à ses dirigeants. Si cette foi flanche… tout le système monétaire flanchera avec elle.

Les gens se précipiteront sur les distributeurs de billets pour récupérer « leur » argent. Ils découvriront alors que « leur » argent n’existe pas… et qu’ils ne peuvent pas en disposer non plus.

L’argent réel ne s’évapore pas lors d’une crise financière

L’argent réel est ce qu’il est. Ni plus ni moins. On ne peut augmenter la masse monétaire à volonté. On ne peut le prêter si on n’en a pas. Même lors d’une crise financière, il ne disparaît pas, alors que l’argent à crédit actuel disparaît en quelques minutes.

Il suffit d’une crise du crédit pour que les problèmes commencent. Lorsqu’un système dépend d’un crédit en perpétuelle progression, vous pouvez être sûr qu’il y aura une crise. Car le revers de la médaille du crédit, c’est l’endettement.

Et plus on est endetté, plus il est difficile de rembourser sa dette. Au bout du compte, on parvient à un stade auquel on est incapable de rembourser. Alors, la crise débute et « l’argent » disparait. Les économistes soulèvent et étudient ce problème depuis des décennies.

Les banques créent de « l’argent » en le prêtant. Même si elles n’ont que 10 $ en caisse, elles peuvent en prêter 100. L’économie l’interprète comme un apport monétaire de 100 $. Elle compte dessus. Mais lorsqu’une crise du crédit se produit et que les emprunteurs ne remboursent par leurs prêts, les 100 $ de crédit peuvent être divisés par deux, voire davantage. Soudain, « l’argent » disparaît et l’économie se contracte.

Cela se produit ainsi avec n’importe quel système de réserves fractionnaires (le terme technique pour : le fait qu’une banque puisse prêter l’argent qu’elle n’a pas).

C’est devenu bien pire lorsque les États-Unis ont instauré le nouveau dollar, en 1971. Ce nouveau dollar n’était pas adossé à l’or. Jusque-là, l’or imposait une limite sur l’émission d’argent, de prêts et de dettes. Le Trésor américain, par exemple, savait qu’un jour il devrait tenir sa promesse d’échanger des dollars contre de l’or, par exemple.

Cet adossement permettait d’empêcher les prêts de s’emballer, en augmentant les taux chaque fois qu’il constatait que le marché du crédit était « en surchauffe ».

L’endettement a progressé trois fois plus vite que les revenus

Après 1971, ces limites ont été levées.

Vous pouvez voir ce qu’il s’est produit en observant simplement la croissance de l’endettement, les prix des actifs et le PIB aux États-Unis depuis 1980.

En gros, la dette publique US a été multipliée par 20. Le bilan de la Fed, lui aussi, a été multiplié par un peu plus de 20. Mais cette immense pile de dettes a été soutenue par une économie dont la croissance a progressé de 3 000 Mds$ à 18 000 Mds$, soit six fois plus, seulement. Autrement dit, l’endettement a progressé trois fois plus vite que la production réelle au cours de ces 36 dernières années.

dette

Cela fait partie de ces choses qui ne « peuvent durer éternellement ». Une dette ne peut pas augmenter plus vite que les revenus éternellement. On atteint rapidement un stade auquel il n’y a plus assez de revenu – ou d’espoir de revenu – pour honorer cette dette. Ensuite, quelque chose cède forcément.

Dans les années 1960, l’économiste Robert Triffin a également remarqué que, sur le plan international, le système du dollar falsifié était condamné.

Pour que les autres pays aient des réserves en dollars, leurs exportations à destination des États-Unis doivent être supérieures à ce qu’ils importent de ce pays. Cela signifie que les États-Unis doivent maintenir des déficits commerciaux. Fournir de l’argent au monde est une excellente affaire, du moins en surface. Cela donne aux États-Unis un « avantage exorbitant », selon l’expression employée par Valéry Giscard d’Estaing. Mais c’est un privilège assorti d’un détonateur.

Comment le premier créancier du monde est devenu son premier débiteur

Il incite les Américains à dépenser au lieu d’être des producteurs, et à être des débiteurs au lieu d’être des créanciers. En l’espace de seulement 30 ans, grâce à ce nouveau système monétaire, les États-Unis sont passés du statut de premier créancier du monde à celui de premier débiteur, avec des milliers de milliards de crédits en dollars s’empilant dans les banques et dans les matelas, partout dans le monde. [NDLR : Cette situation conduit à une « Guerre des devises » dès que la situation se tend chaque pays voulant être le premier exportateur du moment vers les États-Unis. Comment profiter de cette situation et engranger des gains exceptionnels ? Notre spécialiste, Jim Rickards, a mis au point un système dérivé de techniques développées pour la CIA afin d’anticiper une activité terroriste. Découvrez la puissance du système IMPACT ici et comment il pourrait vous rapporter gros.]

Voilà, également, pourquoi la réduction du déficit commercial est un problème si épineux pour Donald Trump. Cet excédent d’importation des États-Unis est la source d’où provient l’argent du monde.

Si l’on impose des droits de douane protectionnistes et des taxes aux frontières pour réduire les déficits, on ralentit la croissance partout dans le monde. Et, au bout du compte, on augmente également les prix à la consommation aux États-Unis. Cette inflation fait alors grimper les taux d’intérêt américains.

Vous ne me croyez pas ? C’est ainsi que cela fonctionne. Si vous réduisez les déficits, vous ralentissez la croissance, et vous faites augmenter les prix à la consommation et les taux d’intérêt américains.

Que font les étrangers, avec leurs réserves de dollars ? Ils achètent des bons du Trésor américains, font baisser les taux d’intérêt aux États-Unis, et encouragent les Américains à emprunter et à dépenser.

Les consommateurs achètent les produits bon marché mis à leur disposition, naturellement, en déplaçant d’autant plus ces réserves vers des producteurs low cost, et en faisant revenir encore plus d’argent sur les marchés financiers américains.

Sur le plan mondial aussi bien que sur le plan national, le système du dollar falsifié a tendance à intensifier et à amplifier le cycle de l’endettement, au lieu de le corriger. Que ce soit sur le plan national ou international, il a tendance à enrichir les riches et à appauvrir les pauvres. Jusqu’à ce qu’il explose.

La crise du crédit subprime n’est qu’un premier avertissement

A l’aube du XXIe siècle, cette machine à fabriquer de la dette était en surchauffe et ne pouvait que « disjoncter ». C’est ce qu’il s’est produit en 2007. Le prix d’un logement moyen était trop cher pour l’acheteur moyen. Son prêt immobilier dépassait sa capacité de remboursement.

Les prix de l’immobilier se sont brutalement effondrés, entraînant avec eux les organismes prêteurs et les propriétaires de maison.

Cette crise a été jugulée temporairement, en réduisant le coût du crédit pratiquement à zéro. Les grandes banques ont survécu, ont saisi les maisons et les ont vendues.

Mais ce fut la pire crise financière depuis la Grande Dépression. La suivante sera encore pire. Car les taux d’intérêt sont déjà proches de zéro, niveau auquel ils demeurent depuis plus de huit ans.

Et la dette publique fédérale dépasse déjà 100% du PIB. La prochaine crise ne se règlera pas aussi facilement. L’endettement, la véritable cause de la crise de 2007, est plus élevé que jamais.

Le gouvernement fédéral a augmenté la dette de 10 000 Mds$ au cours de ces huit dernières années. Les prêts des entreprises, les prêts étudiants et les crédits autos ont également poussé comme des champignons.

Les signes qu’une crise est imminente sont visibles de toutes parts aux États-Unis. 4,2 millions de personnes ont fait défaut sur le remboursement de leurs prêts étudiants. Le chiffre d’affaires des restaurants s’est effondré. Les salaires ont baissé au cours de ces deux derniers mois. Le taux de défauts sur les crédits autos affiche une progression à deux chiffres. En février, le chiffre d’affaires des magasins de détail a lui aussi enregistré une chute record.

Lorsqu’une crise se produira, la nécessité d’un nouveau système ne comportant pas ce défaut fatal – une dette sans limite – sera évidente.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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