Les chiffres flous du revenu universel

Rédigé le 6 février 2017 par | Richesse Imprimer

La mesure de Benoît Hamon, si elle était appliquée, nécessiterait la modeste somme de 349 Mds€ par an selon l’Institut Montaigne. Il s’agit du montant médian estimé si l’on versait 750 euros par mois à TOUT citoyen de plus de 18 ans, comme le prévoit le projet initial.

Selon l’économiste Marc Fleurbaey, professeur à Princeton, un montant de 750euros versé à 50 millions d’adultes, représenterait un total de 450 Mds€. Si ce montant était ramené à 600 euros par mois, proche du RSA, il faudrait 360 Mds€, soit près de cinq fois le déficit actuel des finances publiques.

« Ce chiffrage fantaisiste n’a absolument aucun sens. Benoît Hamon n’a jamais dit qu’il allait verser 600 euros par mois à 50 millions d’adultes. Au contraire : il a explicitement évoqué le fait que le nouveau système pourrait être sous conditions de ressources et concernerait uniquement les salaires inférieurs à 2 000 euros avec des montants qui ne seraient évidemment pas les mêmes pour tous », rétorque un collectif sur le blog de l’économiste Thomas Piketty, dans un article intitulé Pour un revenu universel crédible et audacieux.

L’article évoque un système de complément de revenu qui ferait que le « SMIC net passerait immédiatement de 1 150 euros net à 1 280 euros net, et pourrait atteindre 1 400 euros net d’ici à la fin du quinquennat. Voici la véritable revalorisation du travail dont nous avons besoin ». [NDLR : Si la valorisation du travail est un problème, celle de la retraite l’est aussi. Comment vous constituer une retraite de ministre en y consacrant dès aujourd’hui moins de 200 euros par mois ? Tout est ici…]

Quoiqu’il en soit, le principe comptable de la partie double est implacable : si l’on donne de l’argent d’un côté, il faut bien le prendre d’un autre. Vous aurez vite à l’esprit la source providentielle de ce financement. Un indice, ce n’est pas la poche de Benoît Hamon…

Au-delà des querelles de chiffres, les fondements mêmes du revenus universel semblent douteux : l’idée elle-même n’est ni crédible ni audacieuse. Comme le souligne le blog de Piketty, on ne peut parler de revenu universel sans soulever la question du salaire minimum.

L’essai peu concluant d’un audacieux mécène

Dan Price, le PDG américain de Gravity Payments, avait fait beaucoup parler de lui lorsqu’un beau jour de 2014, il décida de rehausser le salaire minimum de ses salariés à 70 000 dollars par an.

Certains salariés avaient vu leur salaire doubler.

Triste ironie du sort, des personnes aux postes clefs démissionnèrent progressivement : compétence, prise de responsabilités et ancienneté n’étaient plus valorisées et ils perdaient leur motivation initiale.

La différence entre Dan Price et Benoît Hamon, c’est que le premier utilisa son propre argent pour tester son utopie.

Pour certains de ses promoteurs, le revenu universel se justifierait en raison de l’automatisation. Il faut bien lutter contre les robots voleurs du travail…

Plus de robots et moins de chômage

Le constat de la disparition imminente du travail, en plus d’être un déni du principe de destruction créatrice cher à Schumpeter, est démentie par les faits.

Les pays les plus robotisés au monde sont la Corée du Sud, l’Allemagne et le Japon.

Nombre de robots industriels multitâches pour 10 000 employés dans l’industrie manufacturière

Macintosh HD:Users:waplers:Desktop:Robot_density_by_country_01.jpg Source : International Federation of Robotics

Le taux de chômage de ces pays a pourtant de quoi nous faire pâlir d’envie (chiffres 2016, source Tradingeconomics) :

Nos 10% « officiels » sont loin derrière.

Un esprit tordu pourrait croire que la promotion de cette mesure ne serait qu’un nouveau moyen d’acheter des voix, voire de contrôler indirectement les masses tributaires de ce nouveau revenu…

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Florian Darras
Florian Darras
Rédacteur pour La Chronique Agora

Florian est diplômé d’un master de droit des affaires et d’un master administration des entreprises (MAE).

Il suit avec grand intérêt l’essor du financement participatif en France depuis quelques années. Du côté emprunteur, il a participé au projet d’une levée de fonds.

Au sein des Publications Agora, il travaille aux côtés de Simone Wapler pour fournir solutions fiables et informations utiles aux épargnants français.

7 commentaires pour “Les chiffres flous du revenu universel”

  1. Mais non ! Les bulletins de salaire se verront simplement amputés de 600 €, reversés par 600 € pour tous les salaires > 600 €, donc ça ne touche absolument rien.

    Tous les autres bénéficient de 600 €, ce qui in-fine ne touche que les 18 – 25 ans qui ne touchent pas le RSA actuellement, soit par an grosso merdo : 600 € * 12 * (25-18) / (80 ans = espérance de vie) * 64 millions de citoyens Français = 40 milliards € / an.

    Que l’on peut récupérer en sus sur les plus hauts salaires, disons en première approsimation que cela correspond à une population égale en nombre aux 35 – 60 ans, ça ferait donc par mois : 40 milliards / [(60 – 35) / 80 * 64 millions] / 12 = 167 € / mois.

    C’est donc bénéficiaire comme opération au final, en récupérant (en moyenne) 767 € sur les plus hauts salaires, pour reverser 600 € à tout le monde (universel) puisque on supprime toute l’administration de contrôle mensuel des minima sociaux réalisant ainsi une économie substantielle pour le budget de l’Etat, chacun étant placé devant une déclaration fiscale annuelle, au lieu d’avoir comme aujourd’hui tous les plus pauvres soumis à un harcèlement mensuel, tandis que les plus riches sont annualisés. Ce qui libère tout ce petit monde vers des activités économiques positives.

  2. Il y a quand-même une difficulté dans la perte des revenus par le « travail », par l’ « emploi ». Les robots font de plus en plus, et souvent mieux, le travail en enlevant à celui-ci sa pénibilité. Mais la production proprement dite ne distribue pas de pouvoir d’achat à tout le monde. La production de biens et de services ne distribue de pouvoir d’achat qu’à ceux (toutes catégories confondues) qui sont « employés » par elle. Les très bons salaires des techniciens et des ingénieurs contrôlant les robots (mais moins nombreux que les ouvriers d’autrefois), de même les revenus des actionnaires toutes catégories confondues, etc., tous ces revenus-là forment un pouvoir d’achat qui ne peut pas acheter toute la production (d’ailleurs les salaires des ouvriers d’autrefois ne pouvaient pas acheter toute la production non plus).
    Pour un simple commentaire, ce sujet est top long et je dois beaucoup résumer.
    En effet, l’on ne semble pas remarquer que, pour un espace économique donné, le total des revenus toutes catégorie confondues est – toujours – inférieur aux total des coûts de production (la mondialisation est venu embrouiller à souhait cette question cruciale, mais cet organigramme, – quelle que soit son échelle -, fonctionne « historiquement », et d’autant plus dans l’actualité, au détriment du pouvoir d’achat (avec ou sans les robots, ou les deux à la fois, c’est la situation la plus répandue). Il y a dans les prix d’achat une proportion détectée par investigation et enquêtes sur le terrain (1) qui démontre qu’un pourcentage existant dans les prix d’achats sert à rémunérer le capital (y compris l’ensemble des frais financiers, sans même parler des ponctions fiscales), ce pourcentage est assez variable, sa moyenne sur environ 1 siècle est entre 37% et 40% (de très nombreux facteurs entrent en compte). Il y a donc bien 2 circuits monétaires, celui des coût de production (extraction, matières premières, nombreuses phases industrielles, transports, entreposages, etc, etc) et celui ces coûts financiers (et fiscaux). Il y a donc l’argent pour la consommation et l’argent pour les investissements. Ces deux catégories doivent être impérativement identifiées à l’intérieur d’une même monnaie. Car les remboursements des capitaux investis forment des échéanciers à payer aux banques, aux marchés financiers, qui ne sont – jamais en phase – avec la production concrète des biens et services. Car cet argent d’investissement qui va déclencher une production réelle – de façon décalée – (plusieurs mois à plusieurs années) se trouve déjà dans la formation des prix de vente et prend ainsi en compte les coûts financiers sans tenir compte de l’ordre, ou de la chronologie des chaines de paiements à effectuer pour la production et la distribution, cette dernière étant entièrement conditionnée par les revenus.
    En très résumé, les magasins regorgent de produits devant des portefeuilles toujours plus plats. Les revenus ne sont généralement pas à la « hauteur » des prix de vente. Certes, il y a « justement » le crédit, mais celui-ci – enfonce – à terme les revenus de ceux qui ont pourtant produit, l’actualité parle d’elle-même, finit par devenir un poison mortel pour les sociétés productrices. Car le système financier, lui, ne produit pas un grain de riz ou de blé et l’ensemble des intérêts à payer est bien plus élevé que s’il fallait payer les banques pour ses services comme l’on paie n’importe quelle entreprise.
    Mais les banques ne sont pas des entreprises « normales »… An final, elles faussent tous les échanges avec toutes les conséquences funestes à la clé.
    Nous avons complètement oubliés pour notre malheur que l’argent ne vaudrait absolument rien et n’aurait pas de sens sans les capacités de production. – Tout -, absolument tout, repose sur les capacités de production, sans lesquelles il n’y aurait rien.
    Nous sommes, certes, bien plus « riches » qu’autrefois, mais infiniment plus endettés!!
    Comment ça se fait?? Où est l’erreur??

    (1) Le Major Clifford Hugh Douglas (1879-1952) ingénieur et économiste au service du gouvernement britannique fit cette enquête dans les entreprises entre 1910 et 1918 et Mme Margrit Kennedy architecte allemande contemporaine très versée en économie fit la même enquête entre 1990 et 2000.

  3. Bonjour,
    Schumpeter n’a jamais indiqué que la destruction créatrice était indolore socialement.
    C’est précisément sur les désordres engendrés par la destruction d’activités économiques que les politiques se placent, il est donc absurde de reprocher aux politiques de s’occuper de politique au nom de principes macro économiques.

    On n’a aucune preuve que le fait que la politique intervienne pour tempérer les troubles sociaux liés à la destruction d’une activité obsolète empêche la partie création d’activités de remplacement. En l’occurrence ici les compensations sociales n’empêchent en rien la robotique de progresser.

    Ceci alors qu’on est certains que les gouvernements autoritaires qui émergent invariablement quand les populations se trouvent dans la misère avec leur tendance à détruire matière grise et libertés publiques nuisent eux à la création.

    Schumpeter n’a jamais à ma connaissance non plus indiqué que la destruction/création s’appliquerait éternellement à une économie où les humains seraient agents de production. Les deux questions (dignité des populations et progrès économique) sont donc en grande partie décorrélées.
    Et elles doivent selon moi être séparées si on parle d’un monde futur où les intelligences artificielles et les robots produisent l’essentiel de la richesse (c’est peut être déjà le cas).

  4. Concernant le revenu universel, je n’ai pas étudié la proposition socialiste dans le détail ni lu l’étude de Princeton mais il manque plusieurs variables importantes à l’étude de Princeton dans le compte rendu que vous en faites :
    – La part de ces revenus qui revient dans les caisses de l’état via l’impôt sur le revenu. A titre personnel si on me reverse 600euros mensuels je pense que la quasi totalité repart dans mes impôts sur le revenu en toute transparence pour mon reste à vivre.
    – Les coûts en sécurité, coûts sanitaires etc. pour la société qui baissent nécessairement si la misère diminue.
    – L’augmentation de entrepreneuriat et de la création économique liée au fait que chacun a un « parachute vital » en cas d’échec de son entreprise.
    – L’augmentation (certes artificielle) de l’activité nationale qui en découle, les plus pauvres étant les plus à même de dépenser leur argent à l’intérieur d’un pays quand les plus riches voyagent et consomment plus de biens étrangers. Cette augmentation en diminuant le chômage tempère également le coût pour la collectivité de la mesure.

    Merci de vos indications sur ces questions que soulève ce dossier tentaculaire dans ses implications sociales.

  5. Dernier point concernant la robotisation, au moins Allemagne et Japon ont des taux de natalité qui à eux seuls expliquent le faible chômage et le recours massif aux robots.
    Les marchés de l’emploi asiatiques sont également bien peu libéraux par rapport à ceux de l’occident et tendent à générer moins de chômage de masse du fait de la culture d’entreprise qui « garde les gens ».

    Il y a un biais potentiel dans vos chiffres à ce niveau, si on prend la suite du peloton de tête on trouve d’ailleurs l’Espagne, la Belgique ou la France qui ne sont pas exactement des bons élèves niveau chômage même si deux fois plus robotisés que la Suisse qui est pourtant exemplaire à ce niveau…

  6. Si on compare les taux de chômage des pays les plus « robotisés » aux autres pays, on constate que la crise actuelle et ses records de chômage sont plus dû à la recherche de profit des multinationales apatrides et à la complicité des parasites et médias nationaux qu’aux progrès technologiques. Les robots ne devraient donc pas changer grand-chose au problème.
    D’autres facteurs économiques aggravent déjà le chômage. Un salaire minimum élevé rend inemployables les gens non qualifiés ou favorisent le travail au noir. Le salaire universel risque fort d’aggraver les choses; quelque soit son coût réel.
    Enfin, n’oublions pas les facteurs psychologiques. Pourquoi travailler, si je peux vivre ma petite vie tranquille avec le minimum nécessaire ? D’autant que la décomposition actuelle de la famille et du couple n’incitent plus vraiment à l’effort !

  7. Article tellement partial. Essayez au moins de le faire discrètement.
    1- Cela concernerait les jeunes pour commencer. 40mds d’euros = 1 CICE dont on connait maintenant les résultats…
    2- Comparer le revenu universel avec l’initiative d’un PDG d’augmenter ses salariés à 70k. Comparaison malhonnête. Est ce que l’initiative (peut être un peu extrême d’un PDG) équivaut à un revenu décent pour les populations dans le besoin ? Hum je ne crois pas. Mais cette comparaison sert uniquement d’appui à votre article. Donc tout les moyens sont bons.
    3- Plus de robots = moins de chômage ? Comme vous avez pu le constater, nous sommes en …2017. Donc la révolution industrielle est un peu terminée. Se limiter à comparer le nombre de robots pour 10k employés UNIQUEMENT dans l’industrie manufacturière. C’est voir les choses par le petit bout de la lorgnette. Car le terme « robot » en 2017 signifie également « algorithme », « intelligence artificielle » …etc
    Ce qui veut dire que des emplois dans le secteur tertiaire sont touchés et seront touchés par « les robots » ou une révolution numérique. (exemple parmi d’autres : Watson d’IBM est développé dans certaines banques françaises et internationales)

    Bref, ce serait bien d’être honnête à défaut d’être complet et précis lorsque vous prenez votre plume

    PS : je dis « honnête » parce que je pars du postulat que vous êtes intelligent et que si vous avez écrit ces choses incomplètes, ce n’est pas par incompétence mais parce que vous l’avez fait sciemment

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