Du capitalisme… aux compères

Rédigé le 16 décembre 2016 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

La réglementation avantage généralement un ou plusieurs compères.

Un secteur est privilégié. Un autre est puni. On impose des coûts, des délais et des fardeaux. Souvent, il n’y a aucun débat public ou analyse…

… Suite à quoi les réglementations se multiplient comme du chiendent, étouffant les concurrents qui débutent et gaspillant du temps et de l’argent. Rapidement, les gens veulent du changement.

Plusieurs membres de l’équipe Trump affirment être déterminés à attaquer la situation au sécateur. Et « le Donald » a proposé une nouvelle règle… pour éliminer les règles :

« Je formulerai une règle déclarant que pour toute nouvelle réglementation, deux anciennes réglementations doivent être éliminées. Super important ».

Moins de règles, ce serait bien pour le public — ça permettrait d’améliorer l’efficacité et la concurrence. Mais les compères souffriraient. Si bien que nous avons des doutes…

L’administration Reagan avait réussi à pulvériser du Roundup dans le marigot de Washington.

La croissance des réglementations avait ralenti… temporairement. Mais les mauvaises herbes n’ont pas tardé à recommencer à proliférer, plus rapidement que jamais.

Seuls les citoyens ont un intérêt dans la réduction de la réglementation et le maintien d’un système honnête. Or ce ne sont pas les citoyens qui contrôlent le processus… mais bien les créatures du marigot.

Capitalisme : Comment les riches sont devenus plus riches

On a appris il y a peu que le géant de la gestion d’investissement BlackRock inaugurait de nouveaux locaux dans le quartier d’Hudson Yards, à Manhattan.

La société a près de 5 000 milliards de dollars d’actifs, ce qui en fait peut-être l’activité capitaliste la plus prospère de l’histoire.

Le financement bon marché des autorités a créé une bulle dans les secteurs de l’immobilier, des prêts et de la finance. Dans nos chroniques quotidiennes, nous avons suivi cette bulle, jour après jour, entre 2004 et son explosion en 2008.

BlackRock y a joué un rôle important. La société a créé 5 500 milliards de dollars de produits dérivés adossés aux créances hypothécaires, qui se sont effondrés en 2008. Les prix de l’immobilier ont été laminés, laissant 20 millions d’Américains « sous l’eau » tandis que quatre millions voyaient leur propriété saisie.

Dans le même temps, sur Park Avenue, Stephen Schwarzman avait choisi l’autre côté de la transaction. Son activité de private equity, le Blackstone Group, avait parié contre les prêts subprime et vendu la majeure partie de ses propriétés en 2006 et 2007, se débarrassant d’environ 60 milliards de dollars d’investissements immobiliers.

Après le krach, Blackstone fit une autre manoeuvre intelligente : elle racheta des maisons… à prix cassés. La société a dépensé 10 milliards de dollars pour acquérir 50 000 foyers.

Monnaie factice, système factice

Une telle élégance, une telle impertinence… C’était à couper le souffle.

Le secteur financier a créé la bulle, prêtant l’argent factice des autorités… de l’argent que personne n’avait gagné ou épargné… à des gens qui n’auraient pas dû l’emprunter… pour qu’ils puissent acheter des maisons surévaluées qu’ils ne pouvaient pas se permettre.

Ensuite, après l’explosion inévitable, Blackstone a racheté des maisons dont la valeur avait lourdement chuté à cause de l’accident que son collègue BlackRock avait contribué à causer.

Une manoeuvre audacieuse de la part de Blackstone ? Oui. Risquée ? Peut-être pas.

Le jeu était truqué. La Fed a mis en place un nouveau round de financement. Cette fois-ci, les taux d’intérêt descendirent à la cave et y restèrent jusqu’à ce que le secteur soit complètement regonflé.

Les indices immobiliers Case-Shiller montrent que les prix ont grimpé de 30% environ ces six dernières années. Si l’on part du principe que les gars de Blackstone ont travaillé efficacement — en couvrant leurs coûts grâce aux loyers –, ils se retrouvent à la tête d’une plus-value latente de trois milliards de dollars.

A présent, ils introduisent tout le dispositif en bourse, vendant leurs fonds d’investissement immobiliers à des investisseurs particuliers que la politique de taux ultra-bas de la Fed a contraints à investir sur les marchés.

C’est ainsi que le secteur financier a utilisé son accès préférentiel au crédit facile de la Fed pour créer la bulle de l’immobilier… avant de l’utiliser pour transformer de l’immobilier privé — c’est-à-dire le foyer de gens comme vous et moi — en actif coté propriété de l’industrie financière.

Les bonnes âmes diront que Fink, le PDG de BlackRock, et Schwarzman sont « des capitalistes avides ». Mais l’argent crée des gens à sa propre image. L’argent factice a créé un système financier factice et transformé les capitalistes en compères.

C’est bien triste.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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