15% de baisse pour le peso… mais si, l’inflation est sous contrôle en Argentine !

Rédigé le 29 janvier 2014 par | Article, Bill Bonner Imprimer

▪ Certains sont d’avis que la chute de 15% du peso argentin a déclenché la baisse boursière de la semaine dernière. Pas mal d’indices laissaient à penser que le Dow allait perdre encore plus de terrain en début de cette semaine, mais ce n’est pas ce qui s’est passé.

Nous attendons donc, en nous demandant si le début de la fin est pour maintenant… ou pour plus tard. En tout cas, quand il se produira, nous n’accuserons pas l’Argentine.

Le pays semble être bien trop excentrique et particulier pour lancer quoi que ce soit. C’est par exemple le seul endroit que nous connaissions où l’on obtient un meilleur service bancaire sur le trottoir que dans une banque.

Chaque fois que nous y allons, nous prenons un gros paquet de billets verts portant le portrait de Benjamin Franklin. Ensuite nous allons directement sur la grand’place de Salta, nous arrêtons la voiture et nous faisons signe à l’un des nombreux changeurs au noir qui se tiennent devant la banque. L’an dernier à la même époque, un Ben Franklin vous rapportait neuf bouts de papier avec le portrait de Julio Argentino Roca en violet.

Roca n’arrivait pas à la cheville de Franklin. Les nouvelles de Salta nous apprennent que le taux a dépassé les 13. Le taux officiel évolue lui aussi. Il n’était que de cinq il y a un an. Vendredi dernier, il était de huit. Sauf qu’il y a d’autres taux officiels. Il y en a un pour les épargnants — 9,2. Et un pour les voyageurs — 10,8.

▪ Pourquoi est-ce aussi compliqué ?
C’est une longue histoire. La version simplifiée, c’est que la ville de Buenos Aires est grande et sophistiquée. Comme New York ou San Francisco, elle a des tendances socialistes. Voilà comment ça marche : l’intelligentsia urbaine fournit les idées. Le prolétariat urbain fournit les votes. Et les exportations agricoles fournissent l’argent.

Cependant, le secteur rural productif ne parvient pas à fournir tout à fait assez d’argent pour satisfaire les désirs de Buenos Aires. Les agriculteurs et autres producteurs subissent des contraintes si pesantes — comme les restrictions à l’import/export — que même durant un marché haussier aussi flamboyant que celui que nous avons connu il y a trois ans, l’Argentine a perdu des parts de marché agricoles. A présent qu’il ne rentre plus beaucoup d’argent, le gouvernement imprime des billets pour payer ses factures et ment sur l’inflation.

La masse monétaire a augmenté d’environ 40% par an. Pourtant, les gardiens des statistiques officielles argentines affirment que les prix à la consommation grimpent de moins de 10% par an.

Ensuite, quand tout le monde a compris que l’inflation était de toute évidence bien supérieure à 10%, les autorités ont essayé de contrôler les prix eux-mêmes, en plus des statistiques qui les mesurent. La semaine dernière, ils ont mis en place une mesure de contrôle "volontaire" des prix dans les supermarchés.

▪ En réalité…
Cette mesure est l’oeuvre du ministre des Finances argentin, Axel Kicilof. M. Kicilof est probablement un homme bien. Il a enseigné l’économie à l’université. Selon les journaux, il "réinterprétait Keynes selon une perspective marxiste". Armé de cette caisse à outils intellectuelle, il déclare que les fuites sont sous contrôle.

Notre homme sur les lieux, Miguel, a sans doute une image plus claire de la situation. Il raconte :

"J’ai fait tomber mon lecteur Kindle, qui s’est cassé", nous dit-il. "Je voulais en commander un autre sur Amazon, mais le gouvernement vient d’annoncer une taxe à l’importation de 50%. Elle vient se rajouter à la pénalité de 35% que je paierais sur des achats par carte de crédit à l’étranger. Il faut aussi aller [dans un bureau du fisc] et attendre des heures pour remplir des papiers. Ca n’en vaut pas la peine".

Amazon a donc perdu une vente. Et l’économie argentine a perdu une nouvelle parcelle de santé mentale.

"Ce n’est que le début", continue Miguel. "Une autre vraie crise est en chemin. Les gens sont nerveux et le gouvernement désespéré. De grandes négociations syndicales auront lieu prochainement. Il ne serait pas surprenant de voir des émeutes… des pillages… et un défaut ou une banqueroute d’une sorte ou d’une autre".

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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