Argentine : ce que signifie l’élection de Mauricio Macri

Rédigé le 30 novembre 2015 par | Article, Bill Bonner, Croissance, pays émergents Imprimer

▪ Notre retour aux Etats-Unis s’est déroulé sans anicroches. A Dublin, on peut faire un "pré-enregistrement" auprès de l’Immigration et des Douanes US, ce qui a permis d’accélérer un peu notre entrée sur le sol américain.

La sécurité dans les aéroports est la sorte d’irréalité subjective dont nous parlions la semaine dernière. Elle existe, mais uniquement parce que les gens croient certaines choses.

Ils se croient plus en sécurité en prétendant que n’importe quel passager pourrait vouloir semer le chaos et qu’une fouille intensive élimine cette menace.

Est-ce bien le cas ?

Probablement pas. D’abord parce qu’il n’y a pas beaucoup de gens qui veulent se suicider dans un vol commercial. Ensuite parce que le processus de filtrage n’arrêterait probablement pas un terroriste déterminé.

Mais nous en avons assez de la controverse. Nous sommes décidé à ne pas écrire quoi que ce soit, aujourd’hui, qui pourrait offenser ou perturber nos lecteurs.

On ne peut pas parler honnêtement de politique sans vexer au moins la moitié de la population

Nous allons parler de l’élection présidentielle en Argentine, ceci dit. Or on ne peut pas parler honnêtement de politique sans vexer au moins la moitié de la population, alors voici un avertissement :

Si vous pensez que la démocratie dans sa version 2015 est le meilleur régime politique dont l’humanité ait jamais bénéficié… que c’est le nec plus ultra de la civilisation, impossible à améliorer ou perfectionner… mieux vaudrait arrêter de lire dès maintenant.

Parce que ce n’est pas nécessairement le cas…

▪ Compères contre zombies
Les élections sont "une vente aux enchères anticipées sur des biens volés", écrivait H.L. Mencken. Notre chronique du jour parle des acheteurs.

Au risque d’une simplification excessive, la ligne de faille des élections présidentielles argentines, dimanche dernier, séparait deux groupes : à gauche se trouvaient en majeure partie des zombies. A droite, des compères.

La différence entre les zombies et les compères n’est pas la quantité de biens volés qu’ils convoitent (les deux groupes veulent tout), mais le prix à l’unité.

Les compères préfèrent les marchandises conséquentes — les contrats gouvernementaux, les subventions agricoles et la protection des marchés. Les zombies — peut-être parce qu’ils sont plus nombreux — tendent à préférer les allocations en tous genres et les versements aux employés syndiqués.

Mauricio Macri, candidat compère, a gagné les élections en Argentine, battant le représentant des zombies, Daniel Scioli, successeur désigné de la présidente en activité, Cristina Kirchner.

Macri fait partie d’une des familles les plus riches du pays. Il a fait des études à la Columbia Business School et à la Wharton School, à l’Université de Pennsylvanie.

Etre riche a ses avantages — mais ça a aussi un prix. En 1991, la police fédérale argentine a kidnappé Macri et l’a retenu pendant 12 jours dans une cellule au sous-sol, jusqu’à ce que son père verse une rançon.

Cette anecdote nous rappelle Jules César. Des pirates l’avaient capturé et demandaient une rançon. La réponse de César : "vous feriez mieux d’espérer qu’ils ne verseront rien. Parce que s’ils le font, je reviendrai et je tuerai chacun d’entre vous" (ou à peu près).

La famille de César paya la rançon. Et César se lança à la poursuite des pirates. Il les attrapa et les mit à mort (bien que, par pitié, il permit qu’on les étrangle avant de les crucifier).

Pour autant que nous en sachions, Macri n’a jamais capturé ses ravisseurs. Et il ne les a pas fait crucifier. Ce qui montre à quel point la vie publique part en quenouille depuis l’empire romain.

▪ Un héritage désastreux
On ne s’attendrait pas à ce que quelqu’un comme Macri ait beaucoup de chances dans la pampa. Depuis la gigantesque vague d’immigration italienne à Buenos Aires au début du 20ème siècle, les zombies abondent.

Non que les Italiens soient particulièrement zombifiés. Mais c’était l’époque de la "syndicalisation", inspirée par les communistes, les socialistes et les anarchistes radicaux. Les Italiens rejoignirent les syndicats urbains et encouragèrent le versement de subventions à — devinez qui ? — eux-mêmes.

Contrairement à Macri, le plus célèbre politicien d’Argentine, Juan Perón, a fait carrière dans l’armée. En 1939, il a été envoyé dans les Alpes italiennes pour étudier les techniques militaires en terrain montagneux… et a appris comment fonctionnait le fascisme mussolinien.

Il a aussi découvert le secret pour gagner des élections : promettez aux zombies l’argent des autres, en quantité croissante

Il a aussi découvert le secret pour gagner des élections : promettez aux zombies l’argent des autres, en quantité croissante.

En 1946, Perón, candidat pour le parti conservateur, battit le candidat centriste José Tamborini, et devint président. La population électorale du prolétariat de Buenos Aires était devenue si vaste qu’elle pouvait contrôler la nation entière.

Depuis, le parti péroniste — expert en manipulation de zombies — a gagné neuf élections sur les 11 auxquelles il a été autorisé à participer. Les fois où il n’a pas gagné, il a réussi à chasser le président en poste avant la fin de son mandat.

Mais le problème avec le socialisme, observait Margaret Thatcher, c’est qu’on finit par se retrouver à court d’argent des autres. C’est le problème qui a rattrapé le gouvernement péroniste le plus récent, celui de Cristina Kirchner.

Le gouvernement avait promis les biens volés, comme toujours. Mais il était devenu de plus en plus difficile de trouver quelque chose à voler. Selon l’analyste Iván Carrino, dans notre bureau de Buenos Aires, l’héritage de Kirchner comprend :

– Une inflation parmi les plus élevées au monde (des estimations privées la mettent à environ 25% par an).
– Un déficit budgétaire qui atteindra 7% du PIB d’ici la fin de l’année.
– Un taux d’imposition à des niveaux record en termes historiques.
– Quatre millions de fonctionnaires.
– Une banque centrale en faillite, avec une valeur nette négative de 8 600 milliards de dollars.
– Un marché des changes qui détruit le commerce international et viole les libertés élémentaires.
– Une dette publique impayée de 10 milliards de dollars environ.

Il fallait faire quelque chose. Dimanche, donc, les électeurs argentins ont mis les zombies dehors et élu le candidat compère. Son travail consistera à reconstruire l’économie sur des principes plus conformes au libre-échange — distribuant au passage de généreux avantages à ses amis et soutiens en Terre Compère, bien entendu. De la sorte, lorsque les zombies reprendront le dessus, ils auront plus d’argent des autres avec lequel travailler.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

10 commentaires pour “Argentine : ce que signifie l’élection de Mauricio Macri”

  1. Décidément, Bill Bonner est extraordinaire.
    En quelques lignes, il explique simplement des choses très compliquées.
    Et ce qu’on n’a pas été foutu de comprendre en 50 ans d’observation attentive devient d’une absolue limpidité.
    Merci.
    François Priolet

  2. Un héritage désastreux du gouvernement de Cristina Kirchner?

    « Un déficit budgétaire qui atteindra 7% du PIB d’ici la fin de l’année. » (c’est une blague ? :-))

    On reparlera de cet »héritage désastreux »à lafin du mandat de Mauricio Macri,

    ps:Donnez à Hollande la façon de parvenir à ce « désastreux déficit qui atteindra les 7% du PIB :-))

    .

  3. Bonjour Mr Bonner,

    Votre histoire de Zombies et de compères, pourquoi pas! Mais rappelez-moi. Comment s’appelait déjà le président argentin qui a scrupuleusement suivi les consignes du FMI et mis l’Argentine en faillite? FMI et Banque Mondiale ne promeuvent-elles pas (ces organisations) le fabuleux modèle que vous préconisez? Et où nous a conduits ce modèle, celui préconisé aussi par cette adorable Thatcher? Il n’a pas été poussé assez loin, c’est ça? Vous y croyez, vous, au monde idéal d’un renard libre dans un poulailler libre? Allons, sérieusement!….

    Bien à vous.

    Sachez que vous m’intéressez toujours beaucoup surtout lorsque vous parlez de la fin de l’Empire Romain, vous et les autres intervenants. Là, je vous suis 5 sur 5.

    Chantal Jousse

  4. Bonjour,

    En quelque sorte, les argentins (honnêtes) ont le choix entre les petits escrocs qui distribuent de petite faveurs aux plus grands nombre, ou les gros escrocs qui distribuent de grosses faveur à un nombres plus restreint.
    Aîe… autant choisir l’exil dans une dictature.

  5. Bill Bonner
    En définitive, vous décrivez le Bipartisme de nos systèmes politiques occidentaux comme une sorte de méthode mafieuse permettant à 2 bandes rivales de truands de se partager un territoire donné. On voit bien d’ailleurs, en France comme dans d’autres contrées, que si une troisième bande survient, les 2 premières se liguent pour l’éliminer.
    Enfin, je voudrai souligner un dernier point. Qui autorise, via la dette et les procédés financiers du type « assouplissement quantitatif » … un petit nombre d’ultra riches à piller les maigres avoirs des gens du peuple ? Et ceux qui donnent leur aval n’y trouvent-t-ils pas leur intérêt ?

  6. Balanve: J’ai bien peur qu’effectivement, les honnêtes gens, en votant, n’aient le choix qu’entre 2 bandes de truands rivales, mais aux buts identiques. Connaissez-vous Philippe Pascot ? Voici les titres de ses derniers livres:
    « Délits d’élus » et « Pilleurs d’Etat »

  7. Votre article a le mérite de montrer ce que peut un politique:pas grand chose puisqu’il ne produit rien.Et quand on ne produit pas quelque chose,un bien ou un service,il faut bien passer le temps et s’amuser.Comment mieux le faire qu’avec l’argent des autres,de ceux qui suent au service de ceux qui ne suent pas?

    Ceci dit,l’histoire de l’ARGENTINE est un peu plus complexe que la version édulcorée de vos éléments ça et là et je crois que la CIA est pour beaucoup dans la situation pleine de turpitudes de l’ARGENTINE actuelle.Il faut y ajouter le consort FMI dont l’extraordinaire méchanceté n’est plus à établir, Naomi KLEIN nous l’ayant entièrement détaillée dans son remarquable ouvrage: »la stratégie du choc ».On n’a jamais quitté l’expérimentation nazie sous toutes ses formes et aujourd’hui au service d’un petit 1% qui a vendu son âme au diable et ira en enfer s’y faire roussir les fesses quand sera venue l’heure de passer de l’autre coté.Il faut assumer,non?

    Merci pour vos articles juste un peu trop anecdotiques à mon avis pour ceux signés de votre plume et un peu trop légers à la façon de Voltaire.Un peu plus de consistance serait bienvenu.

  8. @Ali hamdou
    On parle de ***déficit*** pas de ***dette***……
    et oui ! 7 %, dans ce cas, c’est désastreux.

  9. Etonnant description de ce qui se joue depuis presque en siècle en Argentine!
    C’est vrai que nous sommes assez Romains dans notre conduite politique. Plus un ancien empire (des matières premières) proche de la décadence qu’une démocratie grecque.

  10. Les Zombies, ce sont les opportunistes comme vous. Vous parlez de démocratie, lorsque ce sont les financiers qui dirigent un pays, c’est aberrant. Mauricio Macri est tellement honnête et démocratique qu’il a usé de plus de cent décrets en seulement quelques mois… Il vendra son pays, ses ressources, aux corporations étrangères et le Président Obama viendra le féliciter, le 24 mars 2016, jour ou les militaires prirent le pouvoir en Argentine, en 1976. Les compères, on vous enterrera comme les autres et vous pourrirez et sentirez mauvais, comme les finances putrides et les affaires véreuses que vous aurez négociées durant votre existence.

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