Achèteriez-vous ce terrain empoisonné ?

Rédigé le 30 janvier 2018 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

Terrain empoisonné, chiffres falsifiés ou trompeurs : difficile de se repérer dans une économie d’argent factice.

Nous avons fait de l’Irlande le centre de notre empire mondial. Nous avons donc besoin d’un endroit où vivre sur place.

Nous avons passé ces derniers jours à prospecter.

« Nous voulons quelque chose qui ait du caractère… un projet… quelque chose que nous puissions retaper », avons-nous expliqué à l’agent immobilier.

Les lecteurs qui sont d’avis que nous avons déjà bien assez de projet peuvent faire la queue ; ils y rejoindront de nombreux amis, membres de la famille et psychiatres.

Mais ce projet sera plus simple que les autres. Au moins sommes-nous dans un pays anglophone. Qui plus est, nous aimons bien l’Irlande – d’où est originaire la famille de notre père – et nous avons toujours voulu y vivre.

Certes, nous pourrions simplement louer un appartement à Dublin. Mais ce ne serait guère amusant.

Nous avons en fait trouvé un vrai projet ce week-end. La maison est une ruine. Nous nous y attendions. La surprise, c’est que le terrain sur lequel elle est construite est mortel. Littéralement.

Voilà le panneau :

terrain empoisonné

« Terrain empoisonné »

« Ce devrait être bon marché », a raisonné Elizabeth. Apparemment, l’endroit n’a pas trouvé acheteur à 190 000 €. Il sera vendu aux enchères le mois prochain, sans prix de réserve. [NDLR : Comment évaluer au plus juste vos biens immobiliers, fonciers, parts d’entreprises non cotées ?… Que vous soyez soumis à l’IFI, que vous ayez à sortir d’une indivision ou tout simplement à estimer un bien avant de le mettre sur le marché, notre Rapport Spécial vous donnera toutes les clés d’une juste évaluation ; vous y découvrirez les méthodes utilisées par le fisc lui-même, les  bonnes justifications de décote… bref, toutes les informations pour optimiser votre évaluation. Procurez-vous cet indispensable outil patrimonial ici.]

En attendant, nous nous tournons vers notre patrie bien-aimée… et sa monnaie.

Le fantasme de l’argent factice

Tous les jours ou presque, la presse, les économistes et les politiciens claironnent avec allégresse que l’économie américaine se porte excellemment bien… que les réductions d’impôt lui ont mis un tigre dans le moteur… et que le marché boursier atteint de nouveaux sommets.

Et quasiment tous les jours, à La Chronique, nous affichons un sourire sarcastique et disons le contraire.

L’économie est une imposture. Le marché boursier est un somnambule à deux pas d’une falaise. Et tout le fantasme de l’argent factice est sur le point d’entrer dans une phase sinistre.

A présent, admettez-le, cher lecteur : vous commenciez à penser que nous avions tort, n’est-ce pas ?

Homme de peu de foi…

Ceci étant dit, nous commencions nous aussi à nous poser des questions. Aujourd’hui, nous allons examiner quelques points supplémentaires. A vous d’en tirer vos propres conclusions.

Fake croissance

Pour commencer, le PIB. La semaine dernière, nous avons trouvé deux raisons de penser que les chiffres du PIB sont frauduleux. Ils prétendent suivre la véritable croissance et la véritable prospérité.

Mais Christine Lagarde a laissé entendre qu’on pouvait augmenter le PIB simplement en mettant plus de femmes au travail. Si plus de Japonaises avaient un emploi, par exemple, le PIB grimperait de 9% !

Par ailleurs, notre chercheur maison, Joe Withrow, a montré que le PIB augmentait de 2 $ pour chaque dollar distribué par les autorités. Aucun de ces deux éléments ne décrit la sorte de « croissance » qui produit plus de richesse réelle.

Se rajoute désormais un point de plus à relier aux précédents : le dernier chiffre de « croissance » du PIB US. Il n’atteint de loin pas ce que l’équipe Trump espérait.

Pas 6%. Pas 5%. Pas 4%. Pas même 3%.

Au lieu de cela, le chiffre n’est que de 2,6%. Pas mieux que ce que les Etats-Unis enregistraient durant les années Obama.

Par ailleurs, cette croissance, même limitée, est justifiée par « la vigueur des dépenses de consommation ».

Voilà qui nous a laissé perplexe. Comment les consommateurs américains ont-ils pu dépenser de l’argent qu’ils n’ont pas ?

Au dernier trimestre, ils n’avaient pas encore de réduction d’impôts. Leurs salaires n’avaient pas augmenté. Le travailleur moyen n’a pas eu d’augmentation depuis 30 ans.

Alors d’où provenait l’argent ?

C’est très simple : ils ont simplement dépensé leur maigre épargne.

Les Américains n’ont pas beaucoup d’argent de côté. Les études montrent que sept personnes sur 10 ne pourraient pas rassembler 1 000 $ en cas d’urgence.

Tout de même, les Américains sont si convaincus qu’aucune urgence ne se présentera qu’ils ont creusé plus profondément dans leur épargne le trimestre dernier. Le taux d’épargne a chuté de 3,3% à 2,6%.

C’est bien le problème de toutes ces mesures de « relance » bidon. Elles empruntent auprès de l’avenir. Or l’avenir finit toujours par arriver… et demande à être remboursé.

Si le taux d’épargne était resté le même, le PIB US du quatrième trimestre 2017 aurait tout juste dépassé le zéro… ce qui nous fait nous interroger sur les premier, deuxième et troisième trimestres.

Si les ménages américains étaient soudain pris d’une crise de prudence… en d’autres termes, s’ils pensaient devoir compenser l’argent qu’ils auraient dû épargner au quatrième trimestre, le taux d’épargne passerait à 4% – toujours bien au-dessous des normes des années 80 et 90.

Et cette modeste tentative de prudence mettrait le taux de croissance du PIB US à MOINS 1,4% ; en d’autres termes, la croissance disparaîtrait entièrement.

Mots clé :

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Achèteriez-vous ce terrain empoisonné ?”

  1. « Si le taux d’épargne était resté le même, le PIB US du quatrième trimestre 2017 aurait tout juste dépassé le zéro… ce qui nous fait nous interroger sur les premier, deuxième et troisième trimestres.
    Si les ménages américains étaient soudain pris d’une crise de prudence… en d’autres termes, s’ils pensaient devoir compenser l’argent qu’ils auraient dû épargner au quatrième trimestre, le taux d’épargne passerait à 4% – toujours bien au-dessous des normes des années 80 et 90.
    Et cette modeste tentative de prudence mettrait le taux de croissance du PIB US à MOINS 1,4% ; en d’autres termes, la croissance disparaîtrait entièrement. »

    Non car dans ce cas le solde de la balance commerciale serait en très nette amélioration, il n’y aurait pas eu l’explosion des importations que nous avons vu au dernier trimestre.

Laissez un commentaire