Chaque crise, chaque guerre, chaque croisade morale a servi de prétexte à l’érosion progressive des libertés.
Voici les dernières nouvelles :
« Lundi, l’Office de gestion du personnel américain (Office of Personnel Management) a annoncé la création de la ‘Tech Force’, un programme destiné à garantir la domination technologique américaine en modernisant les infrastructures gouvernementales et en accélérant l’adoption de l’intelligence artificielle au sein des agences fédérales. »
Il fut un temps où nous pensions qu’après une vie bien remplie, nous irions au paradis pour y recevoir notre récompense.
Aujourd’hui, cette récompense est attendue ici même, sur Terre – et plus précisément aux Etats-Unis – où les avancées technologiques promettent aux aveugles de voir, aux déficits de disparaître, et au pays de dominer la planète.
Mais selon les élites américaines, ces bienfaits ne devraient être accessibles qu’à une poignée de privilégiés, et uniquement sous la stricte houlette des autorités fédérales américaines.
Aujourd’hui comme hier, nous cherchons donc à comprendre. Et pour cela, nous opérons un détour, non seulement vers le passé récent, mais surtout vers un passé bien plus lointain, près de 400 ans en arrière, lorsque nos ancêtres remontaient la baie depuis la Virginie, et que le fanion de Cecil Calvert apparaissait pour la première fois dans les eaux de la Chesapeake.
La loi sur la tolérance de 1634 fit de la colonie du Maryland un refuge pour les catholiques. Mais déjà, certaines personnes tentaient d’imposer aux autres leurs dieux, leurs langues, leurs règles, et leur manière de gouverner leurs voisins. La loi fut abrogée, puis rétablie, abrogée à nouveau, et finalement réinstaurée après que Charles Carroll, catholique et considéré comme l’homme le plus riche des colonies, eut signé la Déclaration d’indépendance.
Un siècle plus tard, de nombreux Américains estimaient qu’il y avait déjà trop de catholiques. Des hordes d’Irlandais alcooliques et papistes, puis d’Italiens, arrivèrent à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle.
« Les Irlandais ne sont pas les bienvenus » était alors un avertissement courant, permettant de gagner du temps et d’éviter les ennuis. Le Demon Run était le fentanyl des bidonvilles irlandais sauvages.
Et pourtant, notre cœur se remplit aujourd’hui de fierté lorsque nous voyons flotter l’étendard de l’Old Line State. Non pas pour son rôle dans la Révolution – la côte est du Maryland était réputée pour sa loyauté envers la Grande-Bretagne, ses familles tirant discrètement les rideaux le 4 juillet tout en maudissant les Pères fondateurs – ni même pour les hommes courageux qu’il envoya combattre lors de la guerre civile, restant fidèles à Jefferson Davis jusqu’au bout.
Mais pour un moment précis de son histoire : celui où le Maryland refusa de se plier aux exigences des politiciens intrusifs et des tyrans.
Comme le rappelle Kerry Hinton :
« Le Maryland a été le seul Etat à avoir refusé d’engager des ressources pour faire respecter l’interdiction de l’alcool. Tout au long des années 1920, le Maryland s’est forgé une réputation d’Etat ‘mouillé’, et la baie de Chesapeake est devenue un haut lieu de la contrebande, où l’alcool illégal affluait depuis l’étranger.
La position anti-prohibitionniste du Maryland fut portée par des figures politiques locales telles que le gouverneur Albert Ritchie, qui qualifia le 18ᵉ amendement d’‘invasion injustifiée par le gouvernement fédéral des libertés du peuple du Maryland’. »
Mais qui, aujourd’hui encore, ose déplorer cette « ingérence injustifiée » des autorités fédérales dans tous les aspects de notre vie ?
La bataille est perdue. Le Maryland a été vaincu.
L’histoire des Etats-Unis peut être lue comme un long combat visant à transformer le pays en quelque chose qu’il n’était pas censé devenir. Alexander Hamilton écrasa la rébellion du whisky. Les Articles de la Confédération furent abandonnés au profit d’un gouvernement central fort. La guerre civile referma définitivement la porte : il n’y aurait plus d’échappatoire possible.
La destinée manifeste. La loi sur les étrangers et la sédition. La Première Guerre mondiale. Le Vietnam. Chaque étape nous a rapprochés un peu plus de la « domination totale » que recherchent aujourd’hui ces vauriens.
Et désormais, des opportunistes sans scrupule venus des collines de San Francisco, des plages de Floride, mais aussi du reste du monde, s’installent dans les banlieues du Maryland, aux portes de Washington. Ils pourraient tout aussi bien résider dans le XVIᵉ arrondissement de Paris, ou dans les quartiers huppés de Mexico.
Comme la casta politica partout ailleurs, ils sont là pour comploter et conspirer. Pour façonner une nouvelle union entre l’Eglise et l’Etat, entre les technocrates et les politiciens. Une union dirigée par les prêtres encapuchonnés de la nouvelle « Tech Force »…. et par leur général.
