Racisme, fascisme, terrorisme… Derrière ces étiquettes se joue souvent bien plus qu’une bataille de mots. Lorsqu’un pouvoir commence à définir des catégories d’ennemis, il peut aussi justifier la mise à l’écart de ceux qu’il désigne — jusqu’à faire vaciller les principes mêmes de l’État de droit.
Dans le comté d’Anne Arundel, dans le Maryland, en septembre 1960, les enfants reprirent le chemin de l’école en traînant les pieds, comme chaque année. Il faisait chaud. Et, comme d’habitude, les fils d’agriculteurs bénéficiaient de deux semaines de répit supplémentaires pour aider à rentrer le tabac dans les granges, avant de retourner apprendre à lire et à écrire en classe.
Mais cette fois, quelque chose avait changé. Trois petits visages noirs — ceux de trois jeunes filles — avançaient dans un couloir qui n’avait jusque-là jamais vu que des visages blancs. Nous étions là, nous aussi, au moment d’entrer en classe de cinquième.
Ces jeunes filles noires étaient courageuses. Et graves. Elles ne marchaient pas : elles défilaient, épaule contre épaule, comme si elles s’attendaient à être attaquées.
Mais aucune attaque ne vint. À la place, certains enfants blancs se plaquèrent contre les murs, comme si les jeunes filles risquaient de leur transmettre une maladie. Personne ne dit jamais rien.
Au bout de deux jours, l’effervescence suscitée par l’intégration du Southern Junior-Senior High School était retombée. Les jeunes filles devinrent des camarades de classe… puis des amies. Et, au cours des années suivantes, l’établissement devint complètement intégré.
Ce souvenir montre que les préjugés existent, mais aussi qu’ils peuvent s’estomper lorsque les individus apprennent à se connaître. Les choses se compliquent lorsque les responsables politiques s’en emparent et commencent à les exploiter à leur profit.
Ils crient alors au racisme, à l’antisémitisme ou au fascisme (et à bien d’autres « ismes » encore). Ces accusations servent à modeler l’opinion de la foule et à forcer les portes du Trésor public.
Cette mécanique ne sert pas seulement à stigmatiser des adversaires. Elle permet également de justifier la création de programmes, d’organismes et de bureaucraties chargés de défendre les groupes présentés comme victimes.
Comme l’écrivait Dan Denning la semaine dernière :
« Grâce à un flux régulier d’argent public versé aux ONG, aux instituts et à des organismes gouvernementaux à peine déguisés, les enfants sont endoctrinés dès leur plus jeune âge… puis gravissent lentement les échelons jusqu’à occuper des fonctions importantes — promus par ceux qui sont déjà en place — afin de transformer fondamentalement la raison d’être des institutions qu’ils contrôlent désormais : les médias, les écoles, l’armée, les entreprises, l’administration et la religion. Tout devient une croisade destinée à réparer les injustices historiques et à redistribuer l’argent et le pouvoir des oppresseurs vers les opprimés. »
Mais, dans l’ensemble, les oppresseurs et les opprimés restent à la même place. Plus d’un demi-siècle de « guerre contre la pauvreté », par exemple, nous a laissés avec une proportion de pauvres à peu près identique à celle du départ.
Ce qui nous frappe, de notre point de vue, c’est que presque n’importe quel critère peut servir à désigner un groupe particulier, à retourner l’opinion publique contre lui et à priver ses membres de leurs droits, de leurs libertés… et parfois de leur vie.
Il ne s’agit pas nécessairement de race. Cela peut être la religion, la culture ou les opinions politiques.
George W. Bush a ouvert le XXIᵉ siècle en affirmant qu’il existait un groupe de « terroristes » qu’il fallait tuer. L’étiquette de « terroriste » s’est révélée remarquablement extensible : il en a même trouvé en Irak, un pays qui n’était pourtant pas réputé pour financer le terrorisme, quel qu’il soit.
Avec cette nouvelle distinction, il suffisait d’accuser quelqu’un d’être un terroriste pour que son compte bancaire puisse être bloqué, son passeport révoqué et ses biens saisis. Ou pour qu’il soit tout bonnement assassiné.
Joe Biden a failli faire des partisans du mouvement MAGA un groupe mis au ban de la société lors de son discours au décor « rouge sang ». Les fascistes étaient déjà considérés comme infréquentables. Le mouvement MAGA était « semi-fasciste », déclara Biden.
Donald Trump a ajouté les importateurs de drogue à la liste des « terroristes ». Puis, sans aucun contrôle judiciaire — sans procès, sans preuve, sans possibilité de répondre aux accusations, sans présomption d’innocence et sans jury — des personnes ont été exécutées. Elles n’avaient pas droit à une égale protection de la loi ; elles étaient considérées comme des sous-hommes.
Et, la semaine dernière, une nouvelle catégorie de méchants est apparue. La Maison-Blanche :
« Aujourd’hui, l’administration Trump a réuni de hauts responsables gouvernementaux venus du monde entier afin de lancer une offensive mondiale sans précédent contre la menace transnationale que représente le terrorisme de la gauche radicale.
Sous la direction du président Donald J. Trump, l’extrémisme d’extrême gauche sera traité avec le même sérieux et la même férocité que ceux que le monde réserve depuis longtemps au terrorisme djihadiste. »
Eh bien…
Un pilier séculaire de l’État de droit veut que l’on soit jugé non pas pour ce que l’on est – mais pour ce que l’on fait.
Mais le chasseur raciste, le justicier antisémite, le combattant autoproclamé contre le terrorisme ou le croisé religieux, gonflé d’une assurance artificielle et de convictions jamais remises en question, n’a pas besoin de découvrir un crime.
Le crime consiste simplement à appartenir à la catégorie visée. Dès lors, le groupe tout entier peut être mis au ban, privé de ses droits et, dans les cas les plus extrêmes, voué à la destruction.
