Loin de protéger l’économie américaine, le protectionnisme accélère son appauvrissement et pousse ses partenaires à chercher des alternatives plus fiables.
Comment se déroule la guerre commerciale ? Pour la faire courte : aussi mal que prévu.
Les droits de douane erratiques de Trump ont envoyé au reste du monde un message limpide : les Etats-Unis ne sont plus un partenaire fiable.
Vendredi, CNN publiait ainsi l’information suivante :
« La guerre commerciale de Trump rapproche le Canada de la Chine »
L’équipe Trump a imposé des droits de douane, puis fait marche arrière, accordé des exemptions, avant de relever à nouveau les taxes à 10 %… 25 %… 35 %… puis 50 % sur les produits canadiens.
Ces droits de douane visaient-ils à mettre fin au trafic de drogue ? A réduire la concurrence ? A empêcher les immigrés de franchir la frontière ? Ou simplement parce que le président américain n’avait pas apprécié que le Canada cite Ronald Reagan ? Personne n’en savait rien avec certitude.
Mais le Canada, lui, a parfaitement compris le message : il s’est mis en quête d’un partenaire commercial plus fiable.
Quid de la Chine ? Les Etats-Unis leur ont imposé des droits de douane pouvant aller jusqu’à 145 %, avant de faire marche arrière là aussi. Cette volte-face a incité Pékin à accélérer la diversification de ses échanges vers d’autres marchés étrangers. Résultat : la Chine a enregistré le plus important excédent commercial de son histoire, dépassant les 1 000 milliards de dollars. Et comme le rapporte Asia Times :
« L’excédent commercial de la Chine atteint 1 000 milliards de dollars pour la première fois de son histoire »
Le principal moteur de ce succès est le secteur automobile, et plus particulièrement celui des véhicules électriques. Il y a seulement deux ans, la Chine a dépassé le Japon pour devenir le premier exportateur mondial de voitures, et ce malgré le fait que le plus grand marché automobile de la planète — les Etats-Unis — lui soit pratiquement fermé. Cette année, la Chine affiche un excédent commercial de 66 milliards de dollars dans l’automobile.
Mais dans l’automobile, comme dans bien d’autres secteurs, Donald Trump n’a pas inventé les politiques absurdes des Etats-Unis. Joe Biden a hérité des droits de douane instaurés lors du premier mandat de Trump. Au lieu de les supprimer, il les a renforcés, portant ceux appliqués aux véhicules électriques chinois à 100 %.
Ce choix a permis à la Chine de se concentrer sur le reste du monde… tandis que les Etats-Unis s’enlisaient dans leur propre combustion interne.
Cette seule mesure — qui revient de facto à interdire les véhicules électriques chinois — a déjà coûté environ 20 milliards de dollars aux automobilistes américains, selon nos estimations. Aux Etats-Unis, le prix moyen d’un véhicule électrique dépasse désormais 50 000 dollars. En Europe, les véhicules électriques chinois coûtent en moyenne 25 000 euros.
En protégeant artificiellement les marchés de la concurrence, les autorités fédérales condamnent les producteurs américains à fabriquer des produits de qualité inférieure à des prix excessifs. La règle est simple : plus la protection est forte, moins les producteurs sont compétitifs.
Lorsque Trump a lancé ses guerres tarifaires, les importateurs acquittaient en moyenne environ 2,5 % de droits de douane. Ce taux est monté à environ 20 % en juillet, générant plus de 30 milliards de dollars par mois pour le Trésor américain. Cet argent provient d’abord des importateurs… avant d’être prélevé sur les clients, les salariés et les actionnaires.
En réalité, il s’agit d’une taxe. Le Tax Policy Center estime qu’elle coûtera 2 100 dollars à une famille moyenne dès l’an prochain. Et comme toutes les taxes, elle retire des ressources à leurs propriétaires légitimes pour les transférer à l’Etat fédéral.
Dans les deux cas, l’argent est dépensé. Mais tant qu’il reste dans le secteur privé, il rémunère ceux qui produisent des biens que d’autres souhaitent acheter.
Les dépenses publiques, en revanche, sont intrinsèquement inefficaces et improductives, ce qui pénalise la croissance à long terme. Le modèle budgétaire Penn Wharton, par exemple, estime que les politiques tarifaires entraîneront une baisse d’environ 6 % du PIB et de 5 % des salaires, avec une « perte à vie » d’environ 22 000 dollars par ménage de classe moyenne.
Et si le public américain s’appauvrit, le gouvernement fédéral ne s’enrichit pas pour autant. L’équipe Trump a agité plusieurs carottes devant les critiques des droits de douane : ces recettes pourraient remplacer l’impôt sur le revenu, ou encore servir à distribuer un « dividende » au public.
Or, l’impôt sur le revenu rapporte actuellement environ 2 500 milliards de dollars par an. Les droits de douane, eux, devraient générer 200 à 300 milliards de dollars annuels. C’est significatif, mais très loin d’être suffisant pour supprimer l’impôt sur le revenu.
Supposons que chaque ménage reçoive un chèque de « dividende » de 2 000 dollars. Cela absorberait la totalité des recettes douanières — voire davantage. Pour quel résultat ? Les droits de douane deviendraient simplement un nouveau gouffre budgétaire.
Et ce gouffre ne ferait que s’élargir. Oubliez toute idée de remplacement de l’impôt sur le revenu. Si les droits de douane « fonctionnent », ils réduisent les importations au profit d’une production nationale plus chère et de moindre qualité. Et à mesure que le volume des importations baisse, les recettes douanières diminuent elles aussi.
Si Volkswagen, Mercedes, Kia, Toyota, Hyundai et consorts transféraient l’intégralité de leur production aux Etats-Unis — ce que ces droits de douane sont censés encourager — les recettes douanières issues de ces produits tomberaient à zéro.
En d’autres termes, plus les droits de douane sont élevés, plus les Etats-Unis saignent. Comme le résume Leon Hadar :
« C’est ainsi que les nations déclinent : non pas à cause de crises dramatiques, mais à cause de l’accumulation de mauvais choix défendus par une rhétorique de plus en plus invraisemblable, tandis que les coûts réels sont répartis entre des millions de ménages trop dispersés pour se mobiliser politiquement. Le régime tarifaire de Trump nous offre une étude de cas de ce processus, déguisé sous le langage du nationalisme économique et de la renaissance des Etats-Unis. »
Autrement dit, nous sommes face à une bêtise typique d’un empire dégénéré en fin de course…

3 commentaires
Trump essaie de faire au mieux mais je crains que Mr Bonner ait raison. De toutes façons, il était certain à la base que de se lancer, grandeur nature, dans cette politique généralisée de droits de douane, jamais testée ni même théorisée académiquement auparavant de façon fiable, était TRES risquée, pour ne pas dire témérairement aventureuse. Je me demande ce qu’en pense vraiment Elon Musk qui a toujours beaucoup plus les pieds sur terre, malgré ses projets marsiens.
Cela fait bien 15 ans que je suis favorable à un certain protectionisme. Un grand pays, comme les USA ou la France, doit etre capable de produire de l’acier, de la nourriture ou des armes. Si ces filiéres disparaissent et que nous acceptons d’importer la totalité de nos besoins depuis la Chine, alors nous perdons notre souveraineté. C’est inacceptable car trop dangereux. Mettre en place des droits de douane permet de restaurer la compétitivité de nos entreprises dans cette filiére.
Toutes nos chaussettes viennent de Chine. Si les chinois décident de nous imposer un embargo sur les chaussettes, ou si ils décident de multiplier leur prix par 10, ou si nous n’avons plus les moyens de les leur acheter, nous survivrons pieds froids le temps de rebatir la filiére ou de suciter des fournisseurs à l’étranger, ce qui sera assez rapide. Des droits de douane sur les chaussettes ne sont peut être pas necessaires.
Notre économie ne peut pas se passer des terres rares trés longtemps. Et il ne sera pas facile de créer une filiére compléte de production pour chacune des terres rares. Un engagement de l’état sur le long terme est donc necessaire et le financement pourrait provenir de taxe sur les terres rares.
Ainsi la politique généralisée, brutale et erratique de Trump ne semble pas être adaptée à la correction des déséquilibres qui est forcémment un travail de pilotage sur le long terme.
Je ne comprends pas pourquoi dès l’or que l on sait que nous faisons qu importer des biens.on ne se pose pas la question comment le pays gagne sa richesse ou son pouvoir d achat a travers une population pour continuer a importer tous ces biens.il y’a une contradiction pour avoir de l argent il y a un travail,ce travail produit il de la richesse. Nous vivons tous dans cette zone économique qui applique sois disant les mêmes règles,alors on devrait la réponse et suivre tous le même chemin pour arriver à ne pas tomber dans l irrationnel,l emprunt ou gérer de sorte que l on ne s éloigne pas des réalités économique,pour dépenser ils nous faut bien des ressources . Tout cela montre que l homme est bien la faiblesse du système durable pour que la paix ne soit que le but de l’humanité.