Alors que l’or et l’argent pulvérisent tous les records dans un chaos monétaire assumé, la « smart money » ne se contente plus d’empiler des lingots : elle transforme ses fortunes virtuelles en actifs bien réels. Pendant que les investisseurs célèbrent de nouveaux sommets boursiers et rêvent d’IPO géantes dans l’IA, l’histoire, elle, murmure déjà le scénario d’un retour sur Terre.
La hausse météorique des métaux précieux, avec des écarts étourdissants, des envolées de +7 à +8 % en quelques heures, +15 à +25 % en une semaine sur l’or et l’argent, et des records inimaginables au soir du 31 décembre dernier : 120 $ sur l’argent et 5 600 $ sur l’or.
Sur l’argent, les vendeurs à découvert se font « découper » et sont à l’agonie, car le « physique » a disparu sur l’ensemble de la planète. En ce qui concerne l’or, c’est plutôt la smart money qui dicte le tempo.
Nous ne parlons pas du retail, qui suit le mouvement avec une certaine retenue (tout va trop vite), mais de la smart money, qui accumule du métal précieux depuis des trimestres et des trimestres.
Les « mains fortes » sont motivées par une lecture pertinente de la fuite en avant des États-Unis, du Japon et de l’UE dans la dette, et du sabordage délibéré des monnaies, revendiqué à la fois par Donald Trump et Sanae Takaïchi, la nouvelle Première ministre du Japon.
Rajoutez à cela un contexte géopolitique où le chaos semble pouvoir surgir de partout, et la trajectoire des actifs tangibles devient « to the moon » (l’or y est presque déjà)… et pour l’argent, cela devient « objectif Mars ».
Mais la smart money ne se contente plus d’empiler des lingots : il est temps de transformer les fortunes virtuelles en patrimoine bien réel pour les stars de la Silicon Valley, alors que l’avidité du retail est à son paroxysme (nouveau record absolu pour le S&P 500 ce 28 janvier, un peu au-delà des 7 000 points).
Les personnes les plus « smart » de notre époque — les PDG des licornes à plus de 100 Mds$, voire 1 000 Mds$ de valeur boursière intrinsèque selon les analystes de Wall Street — sont en train de préparer l’introduction de leurs entreprises sur le marché américain.
Tous, et simultanément. SpaceX, OpenAI, Databricks, Anthropic devraient être cotés avant fin 2026.
Valorisation combinée : plus de 2,5 trillions de dollars (2 500 Mds$… presque l’équivalent de la capitalisation du CAC 40), pour trois entreprises qui… ne gagnent pas d’argent, ou pas encore.
Les deux dernières fois que des IPO mobilisant des centaines de milliards — voire le millier de milliards, nouvelle échelle post-émergence de l’IA — ont eu lieu, cela remonte à l’an 2000, puis à 2021, avec la folie spéculative des SPACs, lesquelles se sont pratiquement toutes soldées par des fiascos financiers que les médias se sont abstenus de commenter.
Mais surtout, l’histoire nous enseigne que lorsque l’avidité des investisseurs particuliers les pousse à négliger toute forme de prudence face aux valorisations — car le « narratif » l’emporte sur toute autre considération — c’est que la tendance est sur le point de se retourner.
Il suffit de citer les deux précédents les plus célèbres qui ont dévasté les portefeuilles de « petits porteurs » : le Nasdaq s’est effondré de 78 % de mars 2000 à mars 2003, et 95 % des investisseurs ayant participé à 457 introductions en Bourse (IPO), où ils achetaient du rêve et une montagne de dettes (86 % des dot.com perdaient de l’argent), ont fait une croix sur leurs économies.
Rebelote avec les SPACs début 2021, avec la promesse de mettre la main, pour quelques millions de dollars, sur le futur Amazon, le futur Nvidia, le futur labo qui révolutionne la médecine génétique. Cette fois, ce sont plutôt les hedge funds qui y ont laissé des plumes — et personne ne pleure sur leur sort.
Pour résumer, 95 % des investisseurs ayant acheté des SPACs lors d’introductions en Bourse en 2020 et 2021 ont perdu de l’argent.
Rivian avait levé 12 milliards de dollars avec un chiffre d’affaires quasi nul. Sa capitalisation boursière a rapidement atteint les 180 Mds$, dépassant celle de Ford, General Motors et de tous leurs sous-traitants, car elle était présentée comme « la prochaine Tesla ». Aujourd’hui, le titre affiche péniblement 18 Mds$ de capitalisation.
Comparaison n’est pas raison : il faut bien concéder que SpaceX existe, domine technologiquement son domaine d’activité… mais 1 000 Mds$ pour une entreprise qui ne gagne pas d’argent et qui se paierait 60 fois son chiffre d’affaires estimé, avouez que cela donne à réfléchir.
Et figurez-vous que ce ne serait pas un cas unique, puisque OpenAI ambitionne également d’afficher une valorisation de mille milliards de dollars… pour un chiffre d’affaires de moins de 20 milliards, qui représente aujourd’hui 7,5 % de son endettement.
L’évaluation de Databricks frôle les 135 milliards de dollars, celle d’Anthropic les 350 milliards… et là encore, ni chiffre d’affaires ni profit, mais des hypothèses de gains futurs gonflées à l’hélium.
Si Elon Musk ou le patron d’OpenAI entrent en Bourse d’ici mi-2026, ils ne pourront légalement pas vendre leurs actions pendant une période de réserve de six mois, alors même que la spéculation peut propulser les valorisations à 100 fois le chiffre d’affaires.
La vague de ventes d’initiés devrait donc survenir au plus tôt au quatrième trimestre 2026, au moment même des élections de mi-mandat, et précisément lorsque l’incertitude atteindra son paroxysme.
Alors attention : si OpenAI voit son IPO propulser sa valorisation « to the moon », pour SpaceX ce sera naturellement « to Mars ». Et ce qui devrait préoccuper les fans de ces deux stars… c’est l’inévitable retour sur Terre, qui survient au bout de six mois — voire bien plus tôt si l’un des moteurs tombe en panne lors de la phase de décollage.
