La hausse parabolique de l’argent n’est pas le fruit du hasard. Entre pénurie de métal physique, vendeurs à découvert acculés et explosion de la demande industrielle, le marché entre dans une phase de rupture historique. Un scénario qui rappelle les grandes flambées passées, mais dans un contexte radicalement différent.
Le prix de l’argent poursuit son ascension parabolique, avec un nouveau gain de plus de 7 % mercredi soir, pour atteindre un niveau record de 93,4 dollars l’once. A 4,5 % près, l’argent aura bientôt doublé de valeur par rapport à son précédent zénith des 49,8 dollars l’once de fin mars/début avril 2011, puis des 48,7 dollars l’once de mi-janvier… 1980.
Bien entendu, 48,7 dollars l’once d’il y a 46 ans représentent 195 dollars l’once de 2026, ce qui signifie que l’argent pourrait encore doubler.
Mais les cours du 17 janvier 1980 furent le fruit d’une manipulation de marché d’une ampleur historique à la hausse : ils étaient donc artificiels. Le maintien de l’argent sous 49 dollars l’once depuis 2011 est, lui aussi, tout aussi artificiel et résulte d’une manipulation des cours à la baisse, destinée à priver ce métal du moindre attrait monétaire face à une planche à billets hors de contrôle, tout en permettant aux fabricants de semi-conducteurs et surtout à l’industrie du photovoltaïque de se développer avec l’un de leurs composants de base incontournables à bas coût.
A 20 dollars l’once en moyenne (de janvier 2013 à mars 2024), un panneau solaire pouvait être fabriqué à bas coût – mais à 90 ou 100 dollars l’once, cette technologie devient beaucoup moins abordable, et ceux qui ont commandé des centaines d’hectares de panneaux, comme l’Arabie saoudite, les Emirats, la Californie, le Chili et l’Allemagne, vont voir la note finale exploser.
La Chine, qui dispose des plus grandes réserves mondiales de pâte d’argent et de pâte de verre « ultrapures », sera la moins touchée. La Chine disposait en 2024 de 46 % de la puissance installée sur la planète ; elle peut se permettre de lever le pied et, en réduisant ses projets, devrait réaliser en 2026 des plus-values colossales sur son stock de pâte d’argent photovoltaïque en cours de revalorisation.
Pour en revenir au rallye de l’argent, il s’agit en fait du reflet inversé de la vague spéculative des frères Hunt : ils avaient accumulé des centaines de milliers de contrats à l’achat et n’ont pu faire face à une hausse des appels de marge orchestrée par la CFTC (Commodity Futures Trading Commission, dont l’équivalent aujourd’hui est le CME).
Depuis mi-octobre 2025, puis surtout le 20 novembre 2025, ce sont les vendeurs à découvert de millions d’onces qui sont en grande difficulté. On parle du short de 5 millions d’onces, soit quatre fois la production mondiale, mais le chiffre de 8,5 millions – soit dix ans de production – est également évoqué.
C’est pourquoi la hausse du silver ressemble à une grande vague de FOMO (peur panique de rater une opportunité), alors qu’il s’agit plutôt d’un scénario à la GameStop (rallye historique survenu au printemps 2020), lorsque des vendeurs à découvert pariant sur la faillite imminente du distributeur de jeux vidéo se sont trouvés contraints de liquider leurs positions vendeuses « à tout prix ».
Et ce, dans les pires conditions de volatilité sur les options call et d’assèchement du marché des prêts de titres, ce qui déboucha sur une multiplication par dix du prix de l’action en quelques jours.
Autrement dit, ceux qui achètent à 93 dollars l’once sont ceux qui n’ont pas su ou pas pu le faire entre 43 et 53 dollars l’once : ce sont des « baleines », des institutionnels qui pensaient avoir les moyens de faire le dos rond, mais qui sont rattrapés par la réalité de la pénurie de physique, avec une production qui stagne (idem pour le recyclage, qui s’avère coûteux et délivre de faibles volumes) et une demande industrielle qui explose.
Les investisseurs particuliers, jusqu’ici restés à l’écart, ne se sont pas encore rués sur les métaux précieux. Beaucoup ont le sentiment que c’est spéculatif, que cela va trop vite, que cela ne durera pas. Il est probable qu’ils finissent par avoir raison, mais si le prix double encore, ils auront eu tort.
Si le passé peut nous apporter quelque éclairage, il faut se souvenir que l’once d’argent cotait un peu moins de 1,3 dollar l’once fin 1973 (environ 25 dollars l’once d’aujourd’hui) et fusa jusqu’à 6,7 dollars l’once en février 1974 après l’annonce de la non-convertibilité du dollar en or par Richard Nixon.
Puis elle végéta entre 4 et 5 dollars l’once de septembre 1974 à mai 1978 (4,90 dollars l’once au plus bas), avant de se réveiller en janvier 1979 (débordement des 6,7 dollars l’once). Elle passera la barre des 10 dollars l’once début août 1979, celle des 20 dollars l’once fin septembre de la même année, doublera encore vers 40 dollars l’once au cours des dix premiers jours de janvier… pour plafonner à 48,7 dollars l’once le 17 janvier 1980, alors qu’elle était attendue à 50 dollars l’once le lendemain même.
C’est cette période qui nous intéresse : l’once est donc passée de 4,90 dollars l’once à presque 49 dollars l’once, soit une multiplication par dix en moins de vingt mois, et par sept en douze mois.
L’autre période de référence va de novembre 2001 (plancher à 4 dollars l’once) à mai 2011 (zénith à 8 dollars l’once), soit une multiplication par douze, et par plus de cinq par rapport à décembre 2008. La véritable accélération s’est enclenchée début septembre 2010 avec le franchissement des 20 dollars l’once et une multiplication par 2,5 en neuf mois. C’est, en proportion, la répétition de la séquence septembre 1979/mi-janvier 1980.
Voyons maintenant le dernier segment haussier : 46 dollars l’once le 28 octobre 2020, doublement à 92 dollars l’once le 14 janvier.
Une multiplication par 2,5 donnerait un objectif de 115 dollars l’once. L’actuel rallye haussier a démarré en mai 2019, depuis un plancher de 14 dollars l’once : l’argent vient de faire x6,5 ; une multiplication par dix donnerait 140 dollars l’once, et par douze, 168/170 dollars l’once.
Nous sommes encore très loin de la flambée des prix de l’argent des frères Hunt (mai 1978/janvier 1980), avec cette différence de taille que le physique a littéralement disparu de la circulation en 2026.
Les stocks des grands fonds de stabilisation sont vides, les vendeurs à découvert sont dans une situation de détresse jamais observée sur aucun marché dérivé de métaux « stratégiques », à aucune époque depuis le début de l’ère industrielle.
Seuls quelques signes d’apaisement géopolitique — comme Donald Trump baissant d’un ton au sujet de l’Iran mercredi soir — parviennent à stopper, l’espace de quelques heures, la course effrénée des métaux précieux. Mais l’urgence de racheter les shorts, la course éperdue pour trouver du physique (dont la prime dépasse 25 % par rapport au prix « marché » en Asie, tandis que les ventes de pièces d’argent sont suspendues aux Etats-Unis par le Mint) rendent toute correction éphémère et toute attente de consolidation illusoire.

1 commentaire
Bien vu, vous aviez annoncé cette flambée. D’un point de vue pratique, les pièces c’est intéressant mais encombrant et les mutations de lingots sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée. Impossible n’est pas Français. Les mines font des performances variables, une « récipient » maison serait pas mal, si les autorités veillent, rien n’est insurmontable. J »aime moins les mines, c’est le coté paysan. Encore merci pour ces précieux conseils.