Dépenses excessives, guerres inutiles, isolement diplomatique et corruption ouverte : Donald Trump semble incarner le rôle classique des dirigeants de fin de règne.
Le solstice est passé. Le soleil — qui, samedi à midi, touchait son point le plus bas à l’horizon — a désormais entamé sa longue ascension. Et, au nord de l’équateur, on peut pousser un « alléluia ». Le monde ne va pas s’arrêter, finalement. Le soleil ne va pas disparaître. La vie continue.
Nous tentons d’inscrire les événements présents dans les schémas du passé. Après tout, ce sont les seuls repères dont nous disposons.
Mais ce n’est pas si simple. Comme le disait Héraclite, « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». Autrement dit, l’eau qui s’écoule aujourd’hui n’est pas celle d’hier… ni celle de l’an dernier… ni celle d’il y a cent ans.
Et pourtant… tout comme le soleil rebondit chaque année sur l’horizon au moment du solstice, certains schémas, eux, demeurent inchangés.
Le plus sûr de tous est le cycle naissance–vie–mort. Il ne faillit jamais. Il s’applique à chacun de nous. Il s’applique aussi aux empires. Sans exception. Tous les plus grands empires du passé sont… passés. Les nôtres mourront aussi. Ce n’est qu’une question de temps.
Lorsque Donald J. Trump a été élu pour la seconde fois, notre intuition nous a soufflé que son objectif n’était pas de « rendre sa grandeur à l’Amérique » (MAGA, Make America Great Again). C’est une rivière dans laquelle on ne se baigne pas deux fois. Sa destinée était ailleurs : accompagner l’empire vers sa chute.
Mais lorsque des économistes lauréats du prix Nobel flairent le danger, une question s’impose : ne sommes-nous pas en train de courir après le mauvais cerf ?
Joseph Stiglitz, dans le South China Morning Post, donne son point de vue :
Comment Trump précipite la fin de l’hégémonie américaine
Stiglitz se trompe sur bien des sujets. Se trompe-t-il — et nous avec lui — sur celui-ci ? Voyons cela.
Les derniers chapitres d’un empire sont presque toujours marqués par deux caractéristiques : des dépenses excessives… et des guerres inutiles. Deux blessures auto-infligées qui s’infectent… puis finissent par tuer. Au XXIᵉ siècle, les États-Unis ont connu l’une et l’autre en abondance. En 2015, Donald Trump promettait d’y mettre un terme.
Une fois au pouvoir, pourtant, il s’est contenté d’endosser le rôle que l’histoire lui réservait. Hargneux et grandiloquent, il était assurément plus impressionnant que son prédécesseur. Mais l’establishment a poussé un soupir de soulagement : rien d’essentiel n’avait changé.
Même nous, cependant, avons été surpris par l’énergie nouvelle et la détermination affichées lors de son second mandat.
Cette fois, non seulement il a accru le budget du Pentagone, mais il lui a offert une carte de crédit plafonnée à mille milliards de dollars. Il a rebaptisé l’institution « Département de la guerre », histoire de lever toute ambiguïté sur la direction prise. Désormais, tout le monde se prépare. Solidarity.com rapporte :
L’OTAN se prépare à une guerre avec la Russie dans cinq ans
Le South China Morning Post ajoute :
Une source du bureau du Premier ministre japonais évoque la nécessité d’armes nucléaires dans le cadre d’une révision de la politique de défense.
Plus inquiétant encore, Donald Trump renforce la puissance militaire sur le sol national. Ses agents masqués finiront bien par provoquer l’événement de « terrorisme intérieur » qu’ils semblent souhaiter.
Sur le front des dépenses, là aussi, le cap est maintenu. Plutôt que de renoncer à des engagements démesurés et intenables, le président américain en ajoute de nouveaux — encore plus extravagants — à travers un budget colossal et monstrueux, garantissant davantage de dettes et de difficultés pour les années à venir.
On a beaucoup parlé des cow-boys de la bande DOGE. Ils devaient mettre fin à des milliards de dollars de gaspillage. Mais, arrivés en ville revolver au poing, ils semblent être repartis aussi vite qu’ils étaient venus : on n’entend plus parler d’eux.
Dans le même temps, comme le souligne Stiglitz, Trump a considérablement œuvré à l’isolement des États-Unis — et de leur allié israélien — en dressant une large partie du monde contre eux. Droits de douane erratiques, assassinats de masse, destructions, sanctions et saisies ont éloigné jusqu’aux alliés traditionnels. Le Washington Monthly observe :
L’Amérique solitaire de Donald Trump
La « confiance en soi » particulièrement toxique de Trump menace la force collective qui a fait, historiquement, la grandeur américaine.
Il faut aussi évoquer la stupéfiante vague de criminalité qui semble émaner de la Maison Blanche. Le président annonce un revirement tarifaire ; quelques heures plus tôt, quelqu’un a réalisé une transaction extrêmement lucrative… comme s’il avait su. Les postes d’ambassadeurs se monnayent. Les grâces présidentielles aussi. Quant au montage cryptographique présidentiel, il s’agit sans doute de l’escroquerie la plus habile jamais associée à la politique américaine.
En un temps record, certaines des personnes les moins qualifiées du pays ont été propulsées à des postes de pouvoir. Nous nous attendons désormais à voir le caddie de golf de Trump nommé ministre de l’Intérieur.
Stiglitz voit sans doute dans tout cela un échec. Nous y voyons, au contraire, une réussite.
La vie continue. Un nouveau cycle solaire s’ouvre. Et le rôle historique de Donald Trump demeure inchangé : non pas sauver l’empire, mais l’accompagner vers sa destruction.
Et il s’en acquitte remarquablement bien.

6 commentaires
« L’Anti-Trumpisme » est décidément un discours politiquement correct en France ( en tout cas Agora France). Parce que Biden, Obama Clinton…..étaient bien meilleurs, moins colonisateurs et plus pacifistes ? La Guerre contre la Russie ? Qui l’a engagé et qui la mène actuellement manifestement contre la politique actuelle de Trump ? Sinon Macron et Van Layen ? La Suisse ne fait pas construire un nouveau porte-avions. Avec quels moyens ? Le niveau de vie français n’est-il pas en train de se réduire drastiquement depuis bien plus de cinq ans ? C’est encore la faute à Trump ?
Ne vous en faites pas, il a compris que vous êtes un de ses plus ardents défenseurs et vous serez sans nul doute convié à participer à l’inauguration de sa fabuleuse salle de bal. Celle qui devait initialement coûter 200 millions, puis 250, puis 300, et maintenant 400.
L’analyse de Bill Bonner est vraiment pertinente…
Il y a au moins quinze ans, j’ai réalisé que les États-Unis, devenus l’empire de la dette, avaient entamé leur déclin (un processus que l’Europe avait connu bien avant eux), mais que contrairement à d’autres puissances en déclin, les États-Unis ne l’accepteraient pas sans se débattre. Leur réponse ? Des crises à répétition, une chasse aux boucs émissaires et une volonté tenace de faire payer leur crise au reste du monde. Leur obsession pour la confrontation avec la Chine en est la preuve la plus frappante : ils nous entraînent vers une guerre dont personne ne veut, mais qui semble de plus en plus inévitable.
Trump n’est pas la cause de ce déclin, mais son symptôme le plus visible. Peu importe qu’il soit pire ou moins pire que Biden ou Obama ou qu’il ait un problème mental : il incarne une fuite en avant désespérée. Sous son mandat, tout se dégrade — la confiance, l’unité nationale, les alliances, le commerce international, et même la paix, malgré ses discours. Son populisme n’est pas une exception, mais le signe d’un empire en perdition, comme Rome à son crépuscule.
Le vrai problème ne réside pas dans une idéologie, mais dans l’abus du dollar et de la dette depuis la fin de l’étalon-or. Aujourd’hui, le service de la dette fédérale dépasse le billion de dollars (« trillon » en anglais), et les taux d’intérêt des bonds montent dangeureusement. Les États-Unis allaient (comme beaucoup d’autres) déjà vers ce mur, mais Trump a accéléré la cadence : plus de dette, moins de stabilité, et un monde plus instable.
Votre commentaire est d’une rare pertinence ! Bonne et heureuse année à vous et à la Chronique Agora, qu’il s’agisse de ses rédacteurs ou de ses lecteurs.
M. Mazières, globalement d’accord avec votre commentaire, Trump est moins pire que les autres.
La question n’est pas de savoir si les autres étaient meilleurs, car jamais il n’a été affirmé dans ces colonnes qu’ils l’étaient. Ils ont été bien critiqués en leur temps. Il n’en reste pas moins que, du point de vue économique et financier, Trump n’est pas à la hauteur. Loin de là. Son fameux DOGE a fait chou blanc, et la trajectoire de l’empire de la dette n’a pas été déviée d’un iota… alors que l’économie, elle, se porte à merveille. Dixit Trump. A la prochaine crise, il fera quoi ?
Quant au reste — la géopolitique — ce qu’il a gagné du côté de la guerre en Ukraine, il l’a donné à Israël. Il a frappé l’Iran et commence une confrontation avec le Venezuela. Il menace le Groenland et le Canada. Il rebaptise le ministère de la Défense en ministère de la Guerre. Bref, je suis d’accord avec B. Bonner : il n’est pas meilleur que les autres. Il est pareil, seule le packaging diffère. Le fond reste le même. Et je n’en suis pas surpris : sinon, il ne serait pas là où il est.