Et si l’Occident s’acharnait à répéter ses erreurs au nom de ses certitudes ?
« Dieu, né de Dieu,
Lumière, née de la Lumière,
vrai Dieu, né du vrai Dieu,
engendré, non pas créé,
de même nature que le Père. »
– Credo de Nicée
La vie à bord du Queen Mary ressemble à s’y méprendre à celle d’une résidence pour retraités. La plupart des voyageurs ont les cheveux gris. Beaucoup ont des déambulateurs ou des fauteuils roulants. Qui d’autre peut se permettre de consacrer huit jours à traverser l’Atlantique, de l’Europe à l’Amérique ou inversement ?
Bien que nous appartenions nous-mêmes sans conteste à la tranche d’âge des « retraités », nous n’avions jamais encore eu l’occasion d’en observer d’aussi près les habitudes et les moeurs.
Autant que nous puissions en juger, les personnes âgées ne courent plus après la richesse, le statut ou le sexe ; ce qu’elles recherchent désormais, c’est le confort et la distraction.
Nous nous attendions à une longue traversée ponctuée d’heures creuses, à passer de longs moments étendus sur des chaises longues, peut-être emmitouflés sous une couverture en laine écossaise. En prévision, nous avons emporté quelques lectures : une biographie édifiante du maître espion James Jesus Angleton et un ouvrage dense sur le rôle de l’énergie dans l’histoire de la civilisation humaine.
Mais ce qui est remarquable, c’est qu’il n’y a ni temps mort, ni espace vide. Assis au café, nous sommes coincés entre d’autres membres du groupe gériatrique. Nous sirotons notre café. Nous bavardons. Une musique indéfinissable, monotone et ennuyeuse emplit l’air.
Pas un instant qui ne soit comblé. Ici, un cours de danse. Là, une initiation au bridge, niveau débutant ou intermédiaire. Plus loin, une conférence ou une chorale. Du lever du jour jusqu’à minuit, musique, animation et distractions s’enchaînent sans arrêt.
Ce matin, une conférence fascinante portait sur les origines du Credo de Nicée. On y a appris qu’il fut élaboré pour traiter les hérétiques comme on traiterait aujourd’hui des terroristes. Au fil de l’exposé, à mesure que l’orateur détaillait l’hérésie – l’arianisme –, nous nous sommes surpris à y adhérer. En réalité, la plupart des chrétiens actuels sont sans doute ariens sans le savoir.
Mais à l’époque, après la défaite de l’empereur arien Valens face aux Goths à Andrinople, cela a été considéré comme un signe divin : Arius, chef de la secte hérétique, était dans l’erreur. Dieu avait abandonné Rome.
Arius soutenait que le Christ était un homme extraordinaire, mais pas un Dieu. Le concile de Nicée a toutefois tranché : il avait tort. Le Christ, Dieu et le Saint-Esprit étaient indivisibles. Ils partagent la même « essence » que le Père.
Ce qui est intéressant, c’est le schéma qui se dessine. Au IVe siècle, on voyait apparaître des guerres, des meurtres, des assassinats…. Les gens étaient prêts à se soulever pour de petites divergences sur des points de doctrine chrétienne abstraite. Aujourd’hui, ces querelles paraissent insignifiantes, voire absurdes. Et pourtant, elles étaient alors aussi intenses et décisives que ne peuvent l’être, de nos jours, les oppositions entre les cultures MAGA et woke, ou entre deux amies, l’une russe, l’autre ukrainienne.
Dans le livre sur James Angleton, on retrouve le même mécanisme à l’oeuvre au XXe siècle. Homme extrêmement intelligent, Angleton a consacré toute sa carrière à traquer les hérétiques – en l’occurrence, les « taupes » communistes.
Non seulement ce fut une perte de temps totale (le communisme étant son propre pire ennemi, il allait bientôt s’effondrer de lui-même), mais Angleton était incompétent. Sans qu’il le sache, son meilleur ami, l’agent britannique Kim Philby, était en réalité un espion soviétique depuis le début.
(Fait curieux : Philby écrivait également pour l’une de nos lettres d’information, la Fleet Street Letter, publiée à Londres depuis les années 1930. Angleton, quant à lui, a été renvoyé de la CIA par Bill Colby, qui a été consultant pour une autre de nos publications, Strategic Investment. Philby a fait défection en Union soviétique et est mort en 1988. Colby, que nous avons connu personnellement, a été retrouvé mort sur les rives de la baie de Chesapeake en 1996. Nous reviendrons sur cette histoire à mesure que de nouveaux documents de la CIA seront déclassifiés.)
En attendant…
Le jour de la libération est arrivé. De quoi exactement nous devrions être libérés et comment reste à voir.
Jusqu’à présent, l’économie américaine semble enchaînée à une croissance molle et à une inflation. CNBC :
« La croissance du PIB au premier trimestre ne sera que de 0,3%, les droits de douane alimentant la stagflation, selon une enquête de CNBC.
L’incertitude politique et les nouveaux tarifs douaniers de l’administration Trump se combinent pour dessiner des perspectives stagflationnistes pour l’économie américaine, selon la dernière mise à jour rapide de CNBC. »
L’âge d’or ?
Tout ce que nous voyons, c’est du métal de base. Et selon les économistes interrogés par Newsweek, la situation pourrait encore se détériorer :
« L’économiste en chef de Moody’s, Mark Zandi, a comparé jeudi les niveaux d’incertitude actuels à ceux des attentats du 11 septembre et du krach financier de 2008, après avoir déclaré plus tôt qu’il pensait que les politiques tarifaires de Donald Trump poussaient le pays ‘vers une récession’. »
Newsweek énumère cinq signes avant-coureurs ou causes d’une récession imminente :
- effondrement de la confiance des consommateurs ;
- hausse des défauts de paiement et des impayés sur les cartes de crédit ;
- incertitude des entreprises… freinant ou reportant les investissements en capital ;
- incertitude sur la politique commerciale ;
- attentes inflationnistes.
Serons-nous libérés de ces mauvais présages ? Ou bien capturés par eux ?