Ils avaient déboursé jusqu’à 350 000 $ pour vivre à bord d’un navire faisant le tour du monde. Mais leur rêve s’est brutalement arrêté au Cambodge. La faute au pétrole trop cher ? Pas seulement. Derrière cette mésaventure se cache une histoire bien plus vaste, où les erreurs de gestion se mêlent aux décisions politiques.
C’est une fable morale. Ou une leçon de finance. Ou une mise en garde contre certains choix de vie. Ou simplement une histoire de croisière rocambolesque. À vous de juger.
Vous déboursez 350 000 $ pour une cabine à bord d’un navire censé faire le tour du monde. Au programme : 147 pays en trois ans. Le voyage d’une vie. Mais il ne s’agit pas simplement de partir en vacances. Vous avez décidé de vous installer à bord et d’y commencer une nouvelle vie.
Vous embarquez au Vietnam. Vous prenez possession de votre cabine et vous vous préparez à profiter de cette retraite idyllique dont vous rêviez depuis si longtemps.
Le navire prend la mer et vous vous offrez un cocktail décoré d’un petit parasol. Mais entre deux gorgées, quelque chose vous intrigue : le bateau ne laisse aucun sillage derrière lui. Il se contente de flotter… comme un morceau de bois à la dérive.
Puis, quelques semaines plus tard, vous voilà au Cambodge, où l’on vous annonce qu’il faut abandonner le navire.
La compagnie n’a plus d’argent. Et vous voilà dans de beaux draps.
Une croisière de rêve qui tourne au fiasco
Le magazine People rapporte :
« Les passagers d’une croisière ‘sans fin’ témoignent après avoir été contraints de quitter le navire : ‘C’était une façon de vivre magique.’
Mercredi 28 octobre, la société Villa Vie Residency, basée en Floride, a informé les 200 passagers de son navire Odyssey qu’ils devaient faire leurs bagages et débarquer dans le port cambodgien de Sihanoukville, rapporte le New York Times.
La compagnie avait pris ‘des mesures importantes pour réduire sa consommation de carburant, notamment en ralentissant le rythme de la croisière et en prolongeant les escales’, a expliqué Villa Vie Residency à la BBC. Mais ces efforts n’ont pas suffi à ‘compenser la hausse extraordinaire des coûts du carburant’.
Les dépenses énergétiques, initialement estimées à 1 800 $ par mois et par cabine, atteignaient désormais 5 000 $, voire 8 000 $.
‘Répercuter l’intégralité de cette hausse sur les résidents n’est pas une solution réaliste’, a déclaré Villa Vie Residency à la BBC. »
Ah bon ? Et que dire de ce pauvre homme qui vient de débourser 350 000 $ pour une croisière censée ne jamais prendre fin ? On lui a donné huit heures pour faire ses bagages et débarquer. À croire que, passé ce délai, les propriétaires du navire l’auraient fait passer sous la quille !
La presse américaine s’est emparée de l’affaire… mais partout, on retrouve la même explication un peu facile : c’est la faute au pétrole trop cher.
Le Washington Post titre ainsi :
« Un navire de croisière américain suspend son tour du monde en Asie en raison du coût du carburant, laissant 200 passagers en rade. »
Pourtant, cette histoire ne se résume pas à une flambée des prix du pétrole. Ce qui est arrivé au Villa Vie illustre un mécanisme que l’on retrouve dans toutes les catastrophes provoquées par l’homme.
Les ennuis n’arrivent jamais seuls
Tout commence par des imprévus.
Le navire a connu des problèmes mécaniques dont la résolution a demandé du temps et de l’argent.
En 2008, il avait été rallongé de plus de 30 mètres, grâce à l’ajout d’une section à sa coque. Peut-être fallait-il encore réparer les séquelles de cette opération, car son départ de Belfast, initialement prévu en mai 2024, a été repoussé jusqu’en octobre.
Entre-temps, certains acheteurs ou locataires de cabines avaient déjà renoncé à l’aventure. Résultat : lorsque le navire a enfin pris la mer d’Irlande, la compagnie manquait déjà de liquidités… du moins, semble-t-il.
Et une fois en mer, les ennuis n’ont pas cessé.
Le Daily Telegraph cite un passager :
« ‘C’était une cascade de problèmes qui s’accumulaient les uns après les autres : un modèle économique défaillant, des erreurs de gestion, la crise des prix et de l’approvisionnement en carburant, et bien d’autres choses encore.’
Il a expliqué au Telegraph que les résidents s’inquiétaient tellement du paiement des salaires de l’équipage que certains s’installaient devant le restaurant, à l’heure des repas, pour collecter de l’argent à son intention. »
Parmi les premiers problèmes rencontrés figuraient l’absence d’eau chaude et l’impossibilité de tirer la chasse d’eau des toilettes, ce qui avait conduit un passager à rebaptiser le navire « Merdi** flottant ».
Ce n’était pas le voyage inaugural d’un navire flambant neuf. Il s’agissait plutôt d’une vieille dame des mers, qui avait déjà beaucoup bourlingué et fréquenté plus d’un port mal famé.
Mais ce n’est qu’au cours des derniers mois que les problèmes les plus graves sont apparus.
Selon un témoignage, les passagers ont été convoqués à une réunion d’urgence à bord. On leur a demandé d’aider à réunir un million de dollars, immédiatement, pour permettre au navire de continuer à fonctionner.
On imagine les passagers regagner précipitamment leurs cabines, ressortir les contrats signés avec la compagnie et examiner à la loupe les clauses écrites en petits caractères.
Aujourd’hui, le PDG de la compagnie déclare :
« Je comprends. Je comprends. Je me sens terriblement mal. Ces gens comptent sur moi pour prendre les décisions qui s’imposent, et je ne me concentre sur rien d’autre. Je suis le méchant de l’histoire, mais je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour aider les résidents à trouver une solution pour la suite. »
Tout ce qui est en son pouvoir ?
La morale de cette histoire est pourtant simple : s’il avait fait ce qu’il fallait, au moment où il fallait le faire, le navire serait encore en train de voguer sur les flots.
La compagnie surveillait certainement le coût du remplissage de ses réservoirs de carburant. Et l’une des responsabilités les plus élémentaires de son PDG était, tout aussi certainement, de s’assurer qu’elle aurait les moyens de payer la facture.
Une erreur en cache toujours d’autres
Les lecteurs s’empresseront de rejeter la faute sur le PDG. Il a commis une « erreur », diront-ils.
Mais cette explication est trop commode, trop réductrice.
Car toute erreur a un père et une mère… une marraine… et même un cousin germain.
Peut-être Donald Trump n’aurait-il pas dû faire tuer tous ces Iraniens. Et peut-être les électeurs n’auraient-ils pas dû le réélire.
George W. Bush n’aurait jamais dû attaquer l’Irak. Obama n’aurait jamais dû proposer son Obamacare. Trump n’aurait jamais dû mettre l’économie à l’arrêt dans l’hystérie du COVID. Biden n’aurait jamais dû distribuer davantage de chèques de relance.
Et, à eux tous — de Bush II à Trump II, entre 2000 et 2026 — ils n’auraient jamais dû alourdir la dette américaine de 34 000 milliards de dollars supplémentaires.
Aux origines du naufrage : l’argent facile
Nixon et Friedman n’ont-ils pas commis l’une des plus grandes erreurs de l’histoire des États-Unis lorsqu’en 1971, ils ont introduit cette nouvelle monnaie dont la valeur ne cesse de s’évaporer ?
Et n’est-ce pas là une partie du problème ? Le fait que, exprimé en dollars, le pétrole coûte beaucoup plus cher qu’il ne le devrait ?
Cette monnaie de pacotille était devenue si facile à obtenir que les autorités fédérales ont fini par croire que tout leur était permis.
En 2026, cet argent leur avait permis de financer la plus puissante armée que le monde ait jamais connue.
Et après tout, pourquoi ne pas s’en servir ? Quelle merveilleuse idée que de bombarder l’Iran sans retenue, dans l’espoir de remporter une victoire rapide et facile, juste avant les élections de mi-mandat !
« C’était une façon de vivre magique », a déclaré l’un des passagers contraints de débarquer.
Et puis, pouf… le charme s’est rompu.
