Les grandes pertes surviennent rarement quand tout le monde les attend. Elles frappent au sommet des bulles, lorsque les prix cessent de monter et que la confiance s’évapore. Commence alors une mécanique bien connue : le marché tente de purger ses excès… avant que les autorités ne viennent fausser le jeu.
« Il n’existe aucun moyen d’éviter l’effondrement final d’un boom provoqué par l’expansion du crédit. La seule question est de savoir si la crise surviendra plus tôt, parce que l’on aura volontairement renoncé à poursuivre cette expansion, ou plus tard, sous la forme d’une catastrophe finale qui emportera tout le système monétaire concerné. » — Ludwig von Mises
La question du jour est la suivante : la bulle a-t-elle atteint son sommet ? Et si oui, que se passera-t-il ensuite ?
La réponse est importante. Car notre priorité absolue est d’éviter la grande perte. Or, les grandes pertes frappent vite et fort au sommet d’une bulle. Et comme un shérif venu vous remettre une assignation, elles sont difficiles à esquiver.
Tant que vous évitez la grande perte, vous restez dans la partie. Vous pouvez alors laisser le temps et la chance accomplir leur œuvre. La méthode n’a rien de spectaculaire et elle prend du temps. Ce n’est pas comme acheter le « prochain Nvidia ». Mais elle fonctionne mieux : acheter des entreprises rentables lorsque leur prix est raisonnable, puis les vendre lorsqu’il ne l’est plus.
C’est si simple qu’on pourrait se l’écrire dans la paume de la main.
Partons donc du principe que nous sommes au sommet de la bulle… ou tout près. Que faut-il faire maintenant ?
Lorsqu’une bulle éclate, la première conséquence est la déflation. Les actifs qui l’ont alimentée commencent par baisser. Puis tout le reste suit.
Les dégâts restent rarement cantonnés à Wall Street. Les entreprises ne parviennent plus à lever des fonds. Des projets sont annulés. Des salariés perdent leur emploi et leurs revenus. Ils ont donc moins d’argent à dépenser. La demande recule et, avec elle, le prix de presque tout.
Les gens repoussent leurs vacances. Ils rangent au fond d’un tiroir leur projet de maison au bord de la mer. Et après avoir passé des années à débattre des mérites respectifs de Perrier et de San Pellegrino, ils finissent par boire l’eau du robinet !
Mais qu’en est-il de la dette ? Et de la Fed ? Où est donc passée cette inflation contre laquelle nous vous mettons en garde depuis vingt-sept ans ?
Nous sommes ravis que vous posiez la question.
Une bulle tend naturellement à se dégonfler. Et, en général, la dette se contracte avec elle.
L’entreprise dans l’entrée de laquelle les araignées tissent leurs toiles, malgré l’écriteau « Liquidation totale avant fermeture« , découvre aussi qu’elle a du mal à rembourser sa banque. Quant à la société qui a émis des obligations pour financer des investissements qui n’ont rien donné, elle finit par ne plus pouvoir payer les intérêts dus à ses créanciers.
La dette diminue avec tout le reste. Des particuliers se retrouvent ruinés. Des entreprises déposent le bilan. Le montant total des dettes encore dues recule, tout comme la montagne d’actifs « papier » que cette dette soutenait autrefois.
C’est ainsi que les choses devraient se passer. Les mauvais investissements sont éliminés. Plus important encore, les mauvaises idées le sont aussi.
En 2000, certaines entreprises de l’Internet étaient promises à un immense succès. Mais tous les brillants projets de start-up dot-com ne pouvaient pas réussir. Et non, l’information ne « veut pas être libre », contrairement à ce qu’affirmait Michael Saylor. Non, Internet n’a pas non plus permis à l’économie d’atteindre une vitesse de libération qui l’affranchirait des vieilles lois de la gravité et des intérêts composés.
La vérité finit par éclater. C’est précisément à cela que servent les crises.
On ne peut pas réellement enrichir les gens en imprimant davantage de monnaie ou en abaissant les taux d’intérêt. Au début d’une bulle, ces vérités ne sont encore que murmurées. Mais après son éclatement, elles retentissent d’une voix de stentor.
L’éclatement d’une bulle est avant tout un effondrement des prix. La descente emprunte le même chemin que la montée, mais beaucoup plus rapidement. Les actions peuvent perdre jusqu’à la moitié de leur valeur en quelques jours. L’immobilier met davantage de temps à s’ajuster aux prix du marché… mais la direction est la même.
Les rendements obligataires suivent toutefois une trajectoire particulière. Dans un premier temps, ils montent brutalement.
Lors d’une correction majeure, tout le monde prend peur.
Chaque prix traduit une relation entre ceux qui sont vendeurs et ceux qui sont acheteurs. Qui doit quoi à qui ? Lorsque les prix s’effondrent, les questions deviennent plus pressantes et les voix plus désespérées.
Les lumières sont encore allumées à la banque… mais est-elle toujours solvable ? Pourquoi le fonds spéculatif ne répond-il plus au téléphone ? Bon sang… j’aurais dû prendre ma retraite et vendre ces options quand j’en avais encore l’occasion. Elles ne peuvent tout de même pas descendre plus bas, si ? Est-ce le moment d’acheter ? Non… VENDEZ !
La confiance s’évapore tandis que les rendements et les taux d’intérêt s’envolent. Un beau costume ne garantit pas la solvabilité.
« Qui sera encore debout lorsque la poussière retombera ? », se demandent les investisseurs.
Puis, lorsque la panique finit par s’épuiser, les rendements commencent à redescendre. Un boom fait monter les taux. Une crise les fait baisser. C’est le cycle naturel. Il ne nécessite aucune autorisation du Congrès.
Quand l’économie chauffe, la demande de crédit augmente. Lorsqu’elle refroidit, les gens voient moins grand. Ils deviennent plus méfiants et refusent de signer quoi que ce soit. Ils s’accrochent à leurs liquidités… et se débarrassent de leur bateau de plaisance.
Les périodes d’expansion font naître des innovations et gonflent la dette. Les corrections — les crises — éliminent ce qui ne fonctionne pas réellement.
C’est ainsi que le système est censé fonctionner. Et c’est bien ainsi qu’il fonctionne… plus ou moins… pendant un certain temps.
C’est « l’inflation ou la mort ». Soit la bulle continue de grossir, soit elle se vide de son air. Elle se dégonfle et les prix retombent.
C’est alors que les autorités fédérales entrent en scène.
Comme l’incendiaire qui enfile sa veste de pompier avant de diriger les lances à incendie, elles se précipitent sur les marchés pour rétablir l’ordre. Leur véritable objectif est de protéger les grandes banques et de veiller à ce que ni elles ni leurs petits camarades bien introduits ne subissent les pertes qu’ils méritent.
Et à partir de là… les règles du jeu changent complètement.

1 commentaire
Les épargnants vont regretter de ne pas avoir thésaurisé leurs 20francs or passés en 112 ans de 0,03 € à 700 €.
Ils auraient mieux fait de ne pas prêter à l’état français pour « forger l’acier victorieux » contre les « boches ».