Alors que le monde scientifique semble prendre ses distances avec les États-Unis et que la Chine rattrape l’Amérique dans la course à la recherche, les marchés américains continuent, eux, de défier la gravité. Mais une bulle peut-elle vraiment rester suspendue pour toujours ? Les mathématiques, comme les spéculateurs, finissent toujours par répondre : non.
Le South China Morning Post rapporte :
« Les mathématiciens chinois se joindront-ils à l’effort mondial visant à boycotter les États-Unis ? »
La puissance technologique américaine — intelligence artificielle comprise — repose sur une base de chiffres.
Le Congrès international des mathématiciens est donc un événement très important. Il devrait avoir lieu à Philadelphie en juillet. Mais le durcissement des règles américaines en matière de visas, ainsi que la guerre menée contre l’Iran, ont conduit plus de 2 300 mathématiciens à signer une pétition exigeant que « l’ICM 2026 soit déplacé, hors des États-Unis ».
Est-ce important ? Nous n’en savons rien. Mais c’est un signe de plus, parmi beaucoup d’autres, que le monde s’éloigne des États-Unis. Et voici ce qu’ajoute The Conversation :
« L’essor fulgurant de la Chine dans le domaine scientifique vient de franchir un cap. Selon un rapport publié en mars 2026 par l’Organisation de coopération et de développement économiques, les investissements chinois en recherche et développement ont atteint la parité avec ceux des États-Unis — et les ont même dépassés en parité de pouvoir d’achat. Les deux pays ont franchi le seuil des 1 000 milliards de dollars de dépenses en recherche. »
Pourtant, jusqu’à présent, les investisseurs du monde entier n’ont pas tourné le dos aux actions américaines, alors même qu’elles se trouvent au sommet de ce qui s’apparente à une bulle, et alors même qu’aucune bulle – jamais – n’a échappé à l’éclatement.
La question que nous vous posions hier était la suivante : pourquoi cette bulle n’a-t-elle pas encore éclaté ? Serions-nous face à un phénomène nouveau : une bulle éternelle ? Un sourire qui ne se transforme jamais en grimace ? Cela paraît contre nature, comme un ravioli sans fromage… une soirée alcoolisée sans gueule de bois… la Résurrection sans la Crucifixion.
L’idée d’une bulle éternelle nous est venue ainsi, sous forme de mots. Mais les mathématiciens savent pourquoi elle est impossible. Notre nouveau meilleur ami — un chercheur non rémunéré nommé Claude — nous l’a expliqué. Claude est, bien sûr, une application d’intelligence artificielle, librement accessible sur Internet. Et il n’y a presque rien que Claude ne sache pas.
« Pourquoi ne pourrait-on pas avoir une bulle sans avoir de larmes ? » lui avons-nous demandé. Réponse de Claude :
« Les bulles éclatent parce que les conditions mêmes qui les gonflent finissent par les miner.
Les dynamiques qui poussent les prix très au-dessus de toute estimation raisonnable de leur valeur fondamentale garantissent aussi que cette hausse ne peut pas se poursuivre indéfiniment.
À un moment donné, l’arithmétique se brise. Une bulle exige que les prix continuent de monter assez vite pour récompenser les nouveaux acheteurs. Mais maintenir, par exemple, des gains annuels de 30 % mène à l’absurde en moins d’une décennie : l’actif finirait par engloutir toute l’économie. Tôt ou tard, les bénéfices, loyers ou flux de trésorerie futurs implicites deviennent mathématiquement impossibles, et même les croyants les plus convaincus n’ont plus d’arguments pour justifier la prochaine hausse. »
Autrement dit, ce qui fait d’une bulle une bulle, c’est son caractère exceptionnel. Les actifs qui la composent montent à un rythme extraordinaire. Mais, comme le souligne Claude, il est mathématiquement impossible qu’un tel rythme se prolonge très longtemps. Rien ne peut croître à une vitesse extraordinaire pour toujours. Car la bulle finirait par remplir l’univers. Il n’y aurait plus de place pour rien d’autre qu’elle — et ce qui était extraordinaire deviendrait alors parfaitement ordinaire.
Mais pourquoi la bulle ne pourrait-elle pas simplement rester telle qu’elle est ? Claude est certainement déjà épuisé par son effort intellectuel ; nous répondrons donc nous-mêmes à la question.
Les investisseurs n’entrent pas dans une bulle en rêvant de recevoir des dividendes. Comme on dit à Wall Street, « on gagne son argent au moment de l’achat ». Et acheter à un prix cher signifie que les bénéfices par action attendus seront faibles.
Ce sont les spéculateurs, non les investisseurs, qui achètent en pleine bulle. Dans la psychologie de bulle, les spéculateurs pensent pouvoir acheter cher… puis revendre encore plus cher. Ils croient, souvent à juste titre, que lorsque les autres verront leurs gains, ils voudront eux aussi se joindre à la fête.
Mais tôt ou tard, les chiffres ne tiennent plus. Le bar ferme. La musique s’arrête. Les spéculateurs, qui ont parfois emprunté pour miser sur la bulle, se retrouvent alors déçus… et sous pression. Eux aussi savent « faire les comptes ». S’ils ont emprunté à 5 %, même un gain de 4 % leur laisse un goût amer.
Des prix stables conviennent aux investisseurs ; pas aux spéculateurs. Quand la musique s’arrête et qu’une bulle cesse de se comporter comme une bulle, les spéculateurs rentrent chez eux. Non seulement une bulle stagnante ne leur rapporte rien… mais elle les expose aussi à un risque sérieux de lourdes pertes.
Car les spéculateurs, après tout, parient sur les plus-values, pas sur les bénéfices. Ils sont donc très attentifs aux pertes en capital. Et lorsqu’une bulle semble se stabiliser, ils savent ce qui risque fort de suivre.
D’abord, les mathématiciens se glissent vers la sortie. Puis tout le monde déguerpit.
