Les valeurs du passé

Rédigé le 29 mars 2018 par | Banques Centrales, Bill Bonner Imprimer

Les marchés d’actions et obligataires ne peuvent survivre à une hausse des taux. Les grandes valeurs technos ont mené la hausse, les FANG mèneront probablement la baisse aussi.

Bloomberg :

« Les chouchous des marchés viennent de subir leur pire en séance depuis au moins trois ans.

L’indice NYSE FANG+, qui suit le block des FANG et six autres méga-capitalisations, a perdu jusqu’à 6,3% durant sa plus sévère déroute, selon les données enregistrées depuis septembre 2014.

Twitter Inc. et Nvidia Corp. ont mené la baisse avec des déclins à deux chiffres, alors que les 10 valeurs composant l’indice reculaient. Facebook, Amazon, Netflix et Google ont chuté de 4,5% au moins ».

A mesure que le temps passe, les épingles se font plus hardies et plus acérées.

Inutile de tenter de deviner quelle sera celle qui portera le coup fatal. Tout de même, c’est amusant d’observer… et de jouer aux devinettes.

La Fed, par exemple, a fait savoir au monde qu’il y aurait trois hausses de taux cette année. Ni le marché actions ni le marché obligataire ne peuvent survivre à une hausse significative des taux.

Dans le même temps, le Congrès a passé le budget le plus irresponsable de notre époque moderne… avec assez d’usines à gaz pour la gauche, la droite et le centre.

Ceci après avoir baissé les impôts – garantissant ainsi de gigantesques déficits qui feront grimper plus encore les taux d’intérêt.

A la Maison Blanche, le président des Etats-Unis affûte ses couteaux… et gesticule. Un jour il impose des barrières commerciales. Le lendemain, il est au coeur d’un scandale sordide.

Suite à quoi il menace de lâcher ses chiens de guerre – Pompeo, Haley et Bolton tirent sur leurs laisses… sans réaliser qu’ils planteront leurs crocs acérés dans la plus grande bulle financière de l’histoire.

Tous ces objets effilés sont en train de lacérer, mordre et piquer. Mais il se peut qu’aucun d’entre eux ne porte le coup mortel. Il pourrait venir de n’importe où… ou de nulle part. [NDLR : Etes-vous prêt au choc ? Voici comment faire en sorte que votre épargne survive à la crise – simplement et efficacement. Cliquez ici.]

Illusions de technocrates et planificateurs

Le marché baissier de 2000 a été déclenché par une vague de vente sur les valeurs technologiques. Ce pourrait être le cas de celui-ci également.

En 2007, la baisse avait commencé avec les sociétés de prêts hypothécaires. Elles s’étaient trop endettées… et, tandis que la Fed augmentait les taux, elles n’avaient pas pu renouveler leurs dettes.

Au début, les commentateurs – notamment le nouveau conseiller économique de Trump, Larry Kudlow – ont balayé les mauvaises nouvelles d’un revers de main. Kudlow pensait que les problèmes du secteur immobilier étaient résolus… alors qu’ils venaient tout juste de commencer.

Même lorsque Bear Stearns fit faillite, les experts s’en tinrent à leurs illusions de bulle. C’est seulement lorsque Lehman mordit la poussière qu’ils réalisèrent l’ampleur du problème.

A présent, une fois encore, Kudlow & co. nient qu’il faille s’inquiéter de quoi que ce soit.

Ils croient fermement à tout ce fantasme – selon lequel on peut s’enrichir avec de la fausse monnaie prêtée à des taux d’intérêt bidon… et un petit groupe d’universitaires initiés peut gérer une économie à 20 000 milliards de dollars mieux que 300 millions de personnes qui se débrouillent toutes seules.

Cette vanité se niche au coeur de tous les krachs et bulles que nous avons vécus ces 30 dernières années.

A présent, nous approchons de la fin de la plus grosse d’entre elles. A suivre…

Un verger abandonné

En attendant, voici une petite histoire sans utilité ni but précis. Le week-end dernier, nous nous sommes rendu dans le vignoble pour y faire quelques travaux.

Entre autres choses… des souris et des serpents entrent dans notre casita comme dans un moulin : nous avons donc décidé de placer une barre de ciment sous la porte, leur bloquant ainsi l’accès.

Le travail n’était pas difficile, et nous l’avons fait en suivant l’emploi du temps local : travail le matin, une siesta de deux heures, puis à nouveau quatre heures de travail l’après-midi. Pendant la pause, nous sommes allé nous promener.

La vallée est vide. De vieux saules tordus bordent la rivière qui y coule, et de hautes herbes de la pampa occupent les rives. Un peu plus haut, dans les champs, du trèfle vert pousse entre les rangées de vignes et la rivière.

El Rio Pucarilla

El Rio Pucarilla

Au-dessus de la rivière se trouve un verger abandonné, avec des noyers, des pommiers, des poiriers et des cognassiers, brisés et envahis de mauvaises herbes. Il y avait encore des fruits sur les arbres, mais les vers et les abeilles s’étaient servis bien avant que nous arrivions.

Chaque fois que l’on trouve un verger abandonné, il y a une vieille maison. Nous n’avons pas mis longtemps à la trouver – une petite maison dont il ne restait que les murs de pierre.

Nous avons cherché un mortero abandonné – une grosse pierre creusée, servant à moudre du maïs et des graines. C’est une autre chose qu’on trouve quasiment toujours à proximité des maisons abandonnées par ici.

Un mortero abandonné Un mortero abandonné

Cette vallée est habitée depuis des milliers d’années, très probablement toujours dans les mêmes endroits. Nous trouvons généralement des pointes de flèches, de la poterie et des morteros – mais là, nous n’avons rien trouvé. Nous sommes donc descendu à la rivière.

Le long de la rive, plus haut, se trouvent des terrasses complexes, marquées par des murs de pierre.

La terre – dans laquelle les Indiens plantaient autrefois du maïs, des tomates, des courges et autres – s’est depuis longtemps érodée. Il ne reste plus que les rochers, disposés en rangées… par centaines et par milliers.

Ils délimitent d’anciens champs, au coeur de ce qui devait être un système agricole sophistiqué… avec de l’eau distribuée sur des centaines d’acres de cultures en terrasse.

Il devait falloir des centaines, voire des milliers de personnes pour exploiter autant de terres… à la main – entretenant les canaux d’irrigation… tissant leurs vêtements… s’occupant de leurs lamas… et apaisant leurs dieux. Que leur est-il arrivé, à tous ?

Les pierres sont muettes

Il faisait grand soleil, comme toujours. Les saules se balançaient doucement dans le vent. La rivière chantait sur les rochers… et se taisait, à l’occasion, lorsqu’elle entrait dans une toma qui l’amènerait vers l’un des canaux d’irrigation.

La scène était si idyllique, si belle et si accueillante que nous n’avons pas tardé à marcher de pierre en pierre pour traverser la rivière et en explorer l’autre rive… avant de revenir. C’est lors de l’un de ces passages que nous avons glissé et sommes tombé dans l’eau.

Aucun problème. La vallée est déserte. Le temps était au beau. Nous avons simplement retiré nos vêtements mouillés et les avons suspendus à une branche, au soleil, pour qu’ils sèchent. En attendant, nous nous sommes allongé sur la rive… et avons somnolé.

Dans notre demi-sommeil, nous nous sommes posé des questions sur les centaines de générations qui nous ont précédé.

Que pensaient ces gens ? A quoi s’occupaient-ils, sans télévision et sans Facebook ? Vivaient-ils dans la crainte d’une attaque de la part des tribus de l’autre côté de la montagne ? Avaient-ils assez à manger ?

Avaient-ils des dirigeants fêlés qui les poussaient à des guerres inutiles ? Gâchaient-ils une grande part de leur temps et de leur énergie dans des projets superflus ? Avaient-ils leurs scandales, leurs luttes de pouvoir, leurs idéologies pleines de sottises ?

Vivaient-ils comme mari et femme ? S’allongeaient-ils parfois au bord de la rivière en se demandant qui les avait précédé… et qui les suivrait ?

Tout ce que nous savons, c’est qu’ils ont été conquis par les Incas au XIVème siècle… puis par les Espagnols, quelques siècles plus tard. Mais ce n’est là que l’histoire récente.

Que s’est-il passé durant les milliers d’années qui ont précédé ?

Tout est parti – sauf les pierres. Et elles sont muettes.

Mots clé : -

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Laissez un commentaire