De l’utilité des mythes

Rédigé le 17 juin 2016 par | Article, Banques Centrales, Bill Bonner Imprimer

Nous poser des questions, voilà ce que nous faisons, à la Chronique. Nous nous posons notamment des questions sur les mythes. Lesdits "mythes" ne sont pas forcément faux. Simplement, ils ne peuvent pas être prouvés de la même manière qu’Archimède, par exemple, a pu prouver que la couronne du roi était faite d’or.

Ce que l’Ancien testament nous dit de Dieu, par exemple, pourrait être littéralement vrai… symboliquement ou métaphoriquement vrai… ou complètement imaginaire. Tant que vous n’avez pas été frappé par une météorite ou qu’un ange ne vous a pas parlé depuis un buisson ardent, vous ne pouvez pas en être certain.

De la même manière, nous ne pouvons pas savoir avec certitude quel candidat présidentiel serait meilleur pour les Etats-Unis.

Nous ne pouvons pas connaître l’avenir ; c’est un privilège réservé à Dieu. Nous prenons donc nos décisions non en nous basant sur les faits, mais sur les mythes (des suppositions ou des préjugés qui ne peuvent être mis à l’épreuve) auxquels nous croyons.

Dans les médias, les élections et la majeure partie de la vie publique, les mythes sont plus importants que les faits démontrables

Dans les médias, les élections et la majeure partie de la vie publique, les mythes sont plus importants que les faits démontrables. Ils motivent des milliers de milliards de dollars de dépenses… et déclenchent des guerres durant lesquels des millions de personnes sont tuées.

La plus grande manifestation publique de l’histoire s’est produite en Inde : des millions de personnes sont descendues dans les rues pour protester contre l’abattage des vaches. Bref, les mythes valent la peine de se poser des questions.

La Fed dit qu’elle veut 2% d’inflation des prix à la consommation. Il n’y a rien de scientifique là-dedans. Ces 2% sont-ils meilleurs qu’1%, par exemple ? Ou que pas d’inflation du tout ? C’est du mythe.

Amor Fati
Cette semaine, la prophétesse Janet a produit le bla-bla attendu. Prenant des risques inconsidérés, elle a dit que le référendum sur le Brexit, la semaine prochaine, "pourrait avoir des conséquences" sur le système financier.

Qu’est-ce qui n’en aurait pas ?

Lorsqu’on ne veut pas faire quelque chose, il n’est pas difficile de trouver des raisons pour se justifier.

Vous ne voulez pas tondre le gazon ?

L’herbe est trop mouillée. Il est trop tard dans la journée. Il faut de l’huile pour la tondeuse.

Vous ne voulez pas prendre le risque d’augmenter les taux ?

Les Britanniques pourraient décider de quitter l’Union européenne. L’Islande pourrait perdre son match contre la Hongrie. Ou quelqu’un, quelque part, pourrait attraper un rhume en allant travailler.

Amor fati est une célèbre expression de Nietzsche. Traduite littéralement, elle signifie "amour du destin". C’est une chaussure blanche qui se languit de la boue. C’est une dinde attendant Noël avec impatience. Ou un investisseur se préparant stoïquement à un marché baissier.

Nous utilisons ce terme pour décrire la grâce et le courage nécessaires pour affronter un avenir complexe, incontrôlable et imprévisible.

Nous sommes tous humains… tous des idiots de Dieu… et tous en route pour la tombe. Inutile d’y aller avec une expression aussi amère ! Et inutile de prétendre que ce n’est pas le cas.

Mots clé :

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “De l’utilité des mythes”

  1. Bill vous donnez en fait la parfaite définition de la Foi. La foi est la condition de toute religion et la motivation de sa pratique. La finance est une religion.

    Mais les personnes les plus dangereuses sont celles qui ont la FOI et LA CROYANCE. La croyance est le processus mental expérimenté par une personne qui adhère à une thèse ou une hypothèse, de façon qu’elle les considère comme vérité, indépendamment des faits confirmant ou infirmant cette thèse ou cette hypothèse. Elle s’oppose à l’esprit critique, et trouve son antithèse dans l’instrumentalisme qui considère que les modèles scientifiques ne sont que des instruments nous permettant de concevoir commodément les phénomènes (par exemple les algorithmes utilisés dans la Bourse à Haute Fréquence).

    Un sceptique considère une croyance qu’il ne partage pas comme fausse croyance ; un sceptique radical considère toute croyance, ou plutôt toute vérité, comme fausse et par métonymie, le terme désigne aussi ce que l’on croit, c’est-à-dire l’objet d’une croyance. Le concept philosophique de croyance fait partie de la théorie de la connaissance (c’est l’épistémologie, à savoir l’étude critique des sciences dans le monde francophone et l’étude de la connaissance en général dans le monde anglo-saxon; l’épistémologie va de paire avec la philosophie).

    Les croyances, qu’elles soient religieuses, scientifiques, financières, superstitieuses ou autres, sont aussi un objet d’étude de l’anthropologie culturelle. Errare humanum est… perseverare diabolicum est! L’erreur est humaine… persévérer est diabolique!

Laissez un commentaire