Les hommes de Trump : où nous n’avons pas le temps de parler de M. Schwarzman

Rédigé le 14 décembre 2016 par | Banques Centrales, Bill Bonner Imprimer

Après M. Wilbur Ross hier, nous nous intéressons au président du nouveau Forum de stratégie et de politique de M. Trump : le magnat du private equity Stephen Schwarzman.

Nous soulignons que nous n’avons rien contre Stephen Schwarzman & co en eux-mêmes. Nous essayons simplement de comprendre comment le capitalisme de copinage fonctionne. Ensuite, nous essayerons de déterminer où il nous mène.

Parmi les conseillers de M. Trump — qui sont censés aider le futur président dans sa mission consistant à ramener l’emploi aux Etats-Unis — se trouve également l’ancien PDG de General Electric, Jack Welch.

Welch pourrait fournir une illustration tout aussi riche de la tendance à la « financiarisation » de l’économie. Il a pris dans l’économie réelle une société d’ingénierie et de manufacture — l’une des plus admirées au monde — et l’a transformée en entreprise de la bulle financière.

Après 600 acquisitions, GE était lourdement endettée et profondément engagée dans des activités financières. GE Capital — l’unité de services financiers de l’entreprise, et désormais « la queue qui remue le chien » — compte 35 000 employés et un capital d’un demi-milliard de dollars.

Les actions GE valaient 60 dollars au début de ce siècle. Aujourd’hui, après le plus gros bain d’argent gratuit que les marchés aient jamais vu, les actionnaires ont bu la tasse : la valeur ne cote plus que la moitié de ce qu’elle était en 2000.

Pendant ce temps, Jack est reparti avec le plus gros parachute doré de l’Histoire — estimé à 420 millions de dollars environ.

Pour autant que nous en sachions, M. Welch n’a rien inventé. Il n’a pas composé de tube, ne figure pas en tête d’affiche d’un blockbuster.

C’était l’employé salarié d’une entreprise bien établie et profitable… qui ne risquait ni son temps ni son argent.

Une fois que M. Welch en a eu terminé avec GE, la santé de l’entreprise s’était dégradée par rapport au moment où il en avait pris les commandes. Il s’est pourtant retrouvé à la tête d’une fortune évaluée à plus de 700 millions de dollars.

C’est ça, la financiarisation !

Des entreprises politisées

La seule véritable révolution dans les affaires humaines a commencé il y a des milliers d’années — et se poursuit à ce jour : le remplacement progressif de la force brute par la force de persuasion des marchés.

Ce n’est jamais tout blanc ou tout noir, bien entendu. La politique existera toujours. Les marchés aussi.

Une entreprise qui devient « politique » est un danger pour ses propriétaires. Les employés se donnent des coups de couteau dans le dos, se battent sur qui aura le plus beau bureau et se mettent des bâtons dans les roues pour grimper dans la hiérarchie. Plus grave : ils distraient l’entreprise de sa vraie mission et détournent du capital vital.

C’est ce qui est arrivé à GE.

Dans une économie de libre-échange fonctionnant correctement, ces entreprises sont purgées par le biais de la « destruction créatrice ».

Les entreprises « politiques » ne peuvent pas faire concurrence à des entreprises se concentrant sur la satisfaction de leurs clients et les investissements pour l’avenir.

Mais parfois, des économies entières deviennent plus politiques… si bien que les gens et les entreprises qui les composent réagissent en devenant eux aussi plus politiques.

C’est ce qui est arrivé à l’économie US ces 40 dernières années.

Des brasseurs d’argent rusés se sont alliés au gouvernement. Ensemble, ils ont utilisé le système mis en place par les autorités — argent factice, épargne factice, taux d’intérêt factices, réglementations et législations labyrinthiques — pour détourner l’argent de l’économie réelle et honnête.

Lorsque nous parlons de la « financiarisation » de l’économie après 1980, c’est en réalité une « politisation » qui a eu lieu.

A mesure que la politique devenait plus envahissante, une part croissante de la production du pays était à saisir, comme butin de la politique.

Un ange à domicile… et à l’étranger

Assez curieusement, le système politique lui-même devient plus politique.

Autrefois, les démocrates et les républicains se rabattaient mutuellement le caquet. Les démocrates étaient pour la redistribution de la richesse « à domicile ». Mais ils n’appréciaient pas de voir le gouvernement US jeter de l’argent par les fenêtres à l’étranger.

Les républicains, de leur côté, considéraient le gouvernement fédéral comme un démon à domicile… mais un ange à l’étranger.

Puis les deux côtés se sont alliés, se donnant l’accolade et se tapant dans le dos…

… et ont conclu que le gouvernement est un ange partout.

De sorte qu’aujourd’hui, 160 millions d’Américains reçoivent de l’argent des autorités… la moitié des hausses de revenus nominaux de ces 16 dernières années provenaient des « paiements de transferts » des autorités… et il y a bien plus de gens recevant de l’argent « du gouvernement » qu’il n’y a d’électeurs.

A l’étranger, selon le Watson Institute de l’Université de Brown, les petites aventures des Etats-Unis au Proche-Orient et la Guerre contre la Terreur qui va avec ont coûté 4 800 milliards de dollars.

L’institut continue en remarquant que les guerres ont été payées « quasi-intégralement par l’emprunt ». Et que d’ici 2053, en tenant compte des intérêts, la facture totale se montera à près de 8 000 milliards de dollars.

Réparti en nombre d’électeurs, cela représenterait environ 61 538 dollars par tête.

Mais attendez… nous voilà à court de temps et de place, et nous n’avons même pas encore abordé M. Schwarzman !

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “Les hommes de Trump : où nous n’avons pas le temps de parler de M. Schwarzman”

  1. Au cours de son mandat Mr Welch a été un manager remarquable, tout le monde le reconnaît.

    Il a brisé la bureaucratie qui paralysait l’entreprise, il a encouragé la libre circulation des idées, et il a recentrés le groupe sur les activités dans lesquelles il possédait un réel avantage concurrentiel (tout le contraire d’une approche conglomérale purement financière).

    Il mérite donc chaque $ qu’il a gagné.

  2. « Une fois que M. Welch en a eu terminé avec GE, la santé de l’entreprise s’était dégradée par rapport au moment où il en avait pris les commandes. Il s’est pourtant retrouvé à la tête d’une fortune évaluée à plus de 700 millions de dollars. »

    Lorsqu’il a pris la direction du groupe, en 1981, le CA était de 28 mds et le bénéfice net représentait 1,6 mds, soit un taux de marge bénéficiaire nette inférieure à 6%.
    Lorsqu’il est parti, le CA avait atteint 130 mds et le bénéfice net 12,7 mds, soit presque 10% de marge bénéficiaire nette.

    Sur cette période l’action a gagné en moyenne 20% par an, contre 12% pour le S&P500.

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