Pourquoi Trump ne stoppera pas la crise de la dette

Rédigé le 20 juillet 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Une crise se profile en septembre aux Etats-Unis concernant le « plafond de la dette ». Attendez-vous à un retour de la volatilité sur les marchés.

Sonnez l’alerte. Retirez votre argent de la table. Jetez des chaussettes et votre passeport dans une valise. Il va y avoir du grabuge.

Selon le Washington Post :

« Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor de Trump, fonce tout droit vers son premier fiasco ».

Les républicains sont majoritaires à la fois à la Chambre et au Sénat. Pourtant, ils ne parviennent pas à faire la seule chose qu’ils avaient décidée et qu’ils avaient promise. S’ils ne la font pas, le pays sera sur la paille.

« La désagrégation de la loi sur la santé écorne l’image de super tacticien de McConnell », indique l’Associated Press.

« Comment Trump et les républicains ont échoué à propos de la loi sur la santé », explique le Post.

Un autre gros titre du Post clame : « Le clivage des républicains autour du projet de loi sur la santé va jusqu’au coeur du parti ».

Qu’ils se réjouissent ou se lamentent, les médias se sont emparés de cette histoire. Mais les données les plus importantes sont enfouies plus profondément.

Des canons et du beurre

Depuis l’époque de Franklin D. Roosevelt, les démocrates ont souhaité un Etat-providence. Ils l’ont eu. Son coût ? Environ 2 500 Mds$ par an.

Et depuis l’époque de Reagan et la montée des néo-conservateurs, les républicains ont souhaité un Etat pro-défense. Ils l’ont eu, eux aussi. Et il coûte – tout compris – près de 1 000 Mds$ par an.

A eux deux, ils représentent près de 90% de tout le budget fédéral…

Le débat autour d’une « politique de la défense versus une politique sociale », ou guns versus butter, remonte très loin. Lyndon Johnson avait été mis en garde : le pays pouvait se permettre une guerre contre la pauvreté ou une guerre du Vietnam, mais pas les deux en même temps. Le Texan n’y a pas prêté attention.

Les dettes et les dollars se sont amassés, dont un grand nombre à la Banque de France, via sa filiale du sud-est asiatique.

A l’époque, Jacques Rueff était le principal expert en questions financières auprès du général de Gaulle. Ce n’était pas un idiot. C’est lui qui a remis l’économie française sur pied après la Deuxième Guerre mondiale.

Dans les années 1940, la France avait été vaincue, divisée en deux, puis dirigée par des administrateurs militaires. La Troisième République chuta. L’alimentation fut rationnée. D’autres biens de consommation – des bas nylon aux cabriolets Renault – disparurent.

Puis d’importants secteurs de l’économie – la banque, l’assurance, les compagnies aériennes, l’automobile, l’acier, le ciment – furent nationalisés sous l’influence des socialistes et des communistes pesant sur le gouvernement de l’après-guerre. L’inflation s’emballa alors que l’Etat français mettait en place un système d’Etat-providence sur les conseils de l’économiste Jean Monet.

Rueff régla la question en deux actions clés. Il dévalua le franc, le rendant convertible en or. Et il équilibra le budget du gouvernement. Cet argent et cette gestion financière honnêtes firent l’affaire. L’économie française entama une expansion qui allait durer 30 ans.

De l’or contre des dollars

A la fin des années 1960 cependant, Rueff fut confronté à une difficulté : le programme budgétaire américain de type « guns versus butter ».

Les Etats-Unis finançaient leurs dépenses en émettant des dollars… dont un grand nombre s’entassaient à la Banque de France.

Que faire ?

Rueff conseilla à De Gaulle de remettre immédiatement ces dollars au Trésor américain et de les échanger contre de l’or. Il savait que même les riches Américains ne pouvaient s’offrir une politique de la défense et un Etat-providence en même temps.

Il avait raison.

On pouvait acheter de l’or à 37 $ l’once sur le marché libre, le 31 décembre 1970. 10 ans plus tard, il était à 589 $ l’once. Aujourd’hui, il est à 1 243 $ l’once.

Si vous vous étiez contenté de placer votre argent sur l’or lorsque les Etats-Unis ont renoncé à l’étalon-or, vous auriez multiplié votre capital par 33.

A titre de comparaison, l’indice Dow Jones a été multiplié par 26 au cours de la même période… sans compter les dividendes.

L’avènement du dollar falsifié

A l’époque, en 1971, peu de gens ont remarqué le changement intervenant sur la monnaie américaine.

C’est là – sous le gouvernement de Richard Nixon, mal conseillé par l’économiste Milton Friedman – que les Etats-Unis ont « fermé le guichet de l’or », au Trésor, reniant leur promesse solennelle de convertir en or les dollars de l’étranger, selon un taux de 35 $ l’once.

A partir de là, il ne fut plus possible d’échanger des dollars contre de l’or à taux fixe. Et à partir de là, l’Etat US n’eut plus de limites concernant le volume de dépenses militaires ou sociales qu’il pouvait se permettre.

Cet argent falsifié a alimenté le développement de deux grands projets du Deep State : les guerres impériales à l’étranger et des dépenses sociales galopantes sur le territoire national.

Mais même l’argent falsifié a ses limites. L’une d’elle est en train de se manifester rapidement. Selon le Post :

« Mnuchin fonce tout droit vers son premier fiasco, incapable de faire accepter par le Congrès, ou ne serait-ce ses collègues au sein du gouvernement Trump, une stratégie visant à relever les limites de l’endettement de l’Etat. […]

Contrairement à d’autres problèmes auxquels est confronté le gouvernement Trump – tels que le vote de la loi sur la santé et le remaniement du code fiscal – le relèvement des limites de l’endettement s’accompagne d’une échéance incontournable fin septembre, selon Mnuchin. Si ce n’est pas fait, le gouvernement américain ne pourra honorer le paiement de ses obligations [d’état], et provoquera ce que les analystes considèreraient comme un défaut de paiement sur la dette souveraine américaine, un fait historique qui ébranlerait les marchés.

‘Nous allons ajuster le plafond de la dette correctement’, a déclaré Mnuchin lors d’une interview, lundi. ‘Je ne pense pas qu’il y ait un doute quelconque sur le relèvement du plafond de la dette. Je ne pense pas que qui que ce soit ait l’intention de mettre en danger la capacité du gouvernement à régler ses factures' ».

Il a raison. Républicains et démocrates se mobiliseront pour relever le plafond de la dette. Les deux camps savent qu’ils ont un devoir envers le Deep State. Et les deux camps savent que le Deep State fonctionne avec cet argent falsifié et la dette. Au bout du compte, ils relèveront le plafond de la dette.

Mais il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Les sénateurs qui ont eu tant de mal à révoquer l’Obamacare découvriront qu’il est encore plus désagréable de relever le plafond de la dette. Ils voudront des concessions.

Certains exigeront que l’on protège les arnaques de leurs compères de Virginie du Nord, liées à la Défense. D’autres voudront donner un os à ronger aux zombies de l’Etat-providence.

Ce sera un spectacle digne d’une partie de catch à la télé. Des grands airs. Des bouffonneries. Des menaces. Tout cela va arriver en septembre, et il nous tarde de le voir.

Et voici ce que nous prédisons : il va s’écouler un certain temps avant que ce plafond de la dette soit relevé.

Notre conseil : « achetez la volatilité ». [NDLR : La volatilité va aussi affecter le cours du dollar lors de cette bataille épique. Vous pouvez en profiter ! Découvrez le système IMPACT de notre expert Jim Rickards qui vous permet d’anticiper les mouvements des devises sur le marché des changes et d’en tirer des substantielles plus-values. Tout est ici.]

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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