Des statistiques suicidaires

Rédigé le 27 octobre 2017 par | Bill Bonner, Krach boursier imminent Imprimer

Certaines statistiques économiques semblent flatteuses, mais pourquoi 90 personnes sous opioïdes prescrits et remboursés meurent-elles tous les jours ?

Quel peut bien être le taux de suicide dans cet hôtel ?

Nous nous posions cette question ce matin, sans attendre de réponse. A la recherche d’un ascenseur, nous errions dans le labyrinthe de sombres couloirs.

L’endroit est tout récent, conçu pour être tendance, minimaliste, « hipster ». Naturelle ou artificielle, la lumière est tamisée.

C’est l’Hôtel Teatro de Porto. Si vous choisissez d’y séjourner, assurez-vous d’emporter des antidépresseurs.

Hormis l’hôtel, plus nous voyons le Portugal, plus nous apprécions ce pays.

Pendant ce temps, la dépression s’invite à notre esprit et à notre table.

Les actions américaines sont en hausse… à presque +350% de ce qu’elles étaient au plus bas de 2009, lors de la crise. Sur le papier, cela créé beaucoup de nouvelles richesses parmi les riches. Les 1% les plus riches vérifient le cours de leurs actions et baignent dans l’autosatisfaction.

Le bureau des statistiques de travail (Bureau of Labor Statistics : BLS ; équivalent de l’INSEE en France) nous apprend que les inscriptions au chômage sont à leur plus bas depuis les années 1970. A les entendre, le pays n’a jamais été aussi proche du plein emploi. Oui… des jeunes garent des voitures tandis que des vieux accueillent les clients à Home Depot.

Les chiffres n’ont pas l’air mauvais. L’inflation est basse, les salaires augmentent.

Actualisation de notre Indice de la Ruine

Même notre propre équipe de recherche économique dit que nous nous éloignons de la Ruine.

Voici d’ailleurs des nouvelles de notre Indice de la Ruine.

Après être passé en seuil d’alerte au dernier trimestre, l’Indice de la Ruine s’est refroidi. Notre lecture du dernier trimestre nous indique un seuil de 5 – ce qui représente un point en-dessous de notre niveau d’alerte.

C’est ce qui se produisit également à la fin de l’année 2015. L’Indice de la Ruine atteignait 5 au quatrième trimestre 2015… pour redescendre au cours des deux trimestres qui ont suivi.

C’est pourquoi nous ne hissons pas le drapeau du krach tant que nous n’obtenons pas un 8… notre indice n’est jamais redescendu d’un 8 sans un krach majeur du marché.

Ce trimestre, c’est la croissance du crédit et le transport ferroviaire qui sont les deux indicateurs en nette amélioration.

Comme vous le savez, les valorisations boursières restent historiquement élevées selon les ratios CAPE Shiller, Buffet et Tobin Q que nous utilisons. Ceci ne changera pas avant que ce marché haussier ne meurt pour de bon.

Bref, la Ruine est garantie, mais elle n’est pas pour aujourd’hui.

A quel genre de reprise peut-on s’attendre lorsque celle-ci est financée à coup d’argent fictif ? Une reprise fictive, bien sûr.

L’inconvénient avec les chiffres, c’est qu’ils sont aisément manipulables. Ils ne mentent pas nécessairement. Ils annoncent juste la vérité que vous voulez entendre.

Sur le marché actions, notre collègue David Stockman remarque le rebond de 5% de Caterpillar qui a propulsé l’ensemble du Dow Jones à la hausse. Vous pourriez penser que Caterpillar était dans un développement prometteur. En réalité, le résultat net réel de l’entreprise n’est pas plus élevé qu’il y a 30 ans.

Evolution du cours de Caterpillar

Les moyennes aussi sont trompeuses. Elles combinent à la fois les riches et les pauvres pour donner l’impression qu’il existe une classe moyenne en bonne santé. Le problème c’est que ce n’est pas le cas.

Ray Dalio, le gestionnaire d’un des plus grand hegde fund des Etats-Unis, dit que c’est comme regarder deux pays différents. Les riches, les instruits, les initiés et les fonctionnaires du Deep State se portent bien. Mais ce n’est pas le cas de la plupart des gens. Ils gagnent moins d’argent qu’au siècle dernier et ils meurent plus tôt.

Dalio divise la nation en deux : les 40% les mieux lotis et les 60% les plus pauvres. Dans Bloomberg, il décrit ces deux populations :

Pendant ce temps, si vous êtes dans la catégorie des 60% les moins riches, vous êtes deux fois plus susceptible de mourir prématurément que les 40% de la tranche haute. Vous serez aussi plus malade avant de mourir.

Probablement prendrez-vous des opioïdes – tels que l’oxycodone ou l’hydrocodone – pour soulager la douleur ou peut-être juste pour rompre l’ennui tout simplement.

Vous travaillerez également plus longtemps. Les Américains partent en retraite plus tard. A notre âge, 69 ans, une personne sur trois est toujours au travail. Certains travaillent encore parce que c’est leur choix, d’autres parce qu’ils n’ont pas le choix.

Selon le Groupe d’innovation économique (Economic Innovation Group : EIG), quelque 52 million d’Américains vivent dans des régions sinistrées (nous doutons du fait que ce soit la région qui soit réellement sinistrée, l’EIG doit se référer aux personnes qui s’y trouvent).

Si tout cela ne suffisait pas, Bloomberg en rajoute une couche :

« HwaJung Choi et Robert Schoeni, deux économistes de l’université du Michigan, ont utilisé des données d’enquêtes pour comparer la santé des Américains d’âge moyen. Une des mesures clef est de savoir si les gens rencontrent des problèmes avec une ‘activité de la vie quotidienne’ ou AVQ, telle que marcher dans une pièce, s’habiller, se laver, s’alimenter ou entrer et sortir de son lit. L’étude démontre que le nombre d’Américains d’âge moyen qui a des limitations dans ces domaines (AVQ) a bondi : à l’âge normal de départ en retraite, 66 ans, 12,5% des Américains avaient des AVQ à la fin de leur cinquantaine, en hausse par rapport à seulement 8,8% dans le cas d’une retraite à 65 ans.« 

Déprimant ? Apparemment car 90 personnes par jour meurent d’opioïdes prescrits par des médecins et remboursés par le gouvernement américain. [NDLR : l’industrie américaine du cannabis est florissante depuis que la culture de la marijuana a été légalisée dans huit Etat. Découvrez ici comment transformer les opiacées en plus-value, le plus légalement du monde.]

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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