Qui a profité de l’euro ?

Rédigé le 4 octobre 2016 par | Banques Centrales, Simone Wapler Imprimer

Les malheurs de Deutsche Bank ravivent les rancoeurs en Europe ; certains se réjouissent de voir le bon élève Allemagne pris en défaut. Si l’on écoute la très grande majorité des économistes et politiciens, l’Allemagne aurait profité de l’euro. Elle se serait taillée un euro sur mesure, asphyxiant les pays du sud par une concurrence déloyale et s’achetant ainsi sa prospérité sur le dos des autres pays d’Europe. Qu’en est-il vraiment ?

L’économie est une pseudo-science. Malgré ses récents habillages mathématiques, l’économie est incapable d’être prédictive, ce qui est ce qu’on attend d’une science. Vous voulez un autre argument ? La plupart des économistes affichent une appartenance politique. C’est inquiétant. Imaginez-vous aller consulter un médecin de droite ou un médecin de gauche pour avoir un diagnostic de droite ou un diagnostic de gauche, et enfin un traitement de droite ou un traitement de gauche ? Evidemment non. La médecine traite de l’humain mais est une vraie science, contrairement à l’économie.

Une branche importante de la peseudo-science économique traite de la monnaie. Les économistes de gauche et de droite sont unanimes sur deux points : la monnaie doit être administrée, elle n’a pas besoin d’ancrage matériel.

L’Allemagne aurait délibérément voulu imposer un euro trop fort, ce qui a nui à la compétitivité de ses voisins et explique les déséquilibres actuels.

Les bienfaits supposés d’une monnaie faible sont une des thèses favorites des économistes qui ont les faveurs des gouvernements et des vendeurs de crédit.

L’escroquerie de la monnaie faible

Voici un petit rappel historique pour contredire cette idée.

1958 : mise en place du nouveau franc. De Gaulle (et son ministre Antoine Pinay) voulaient un franc fort qui ressemble à quelque chose, montrer à la face du monde que la France était de retour dans la cour des grands.

Le « nouveau franc » français porté sur les fonds baptismaux était à parité avec le franc suisse. un NF = un FS.

De dévaluations compétitives en dévaluations compétitives, de déficits en déficits pour cause d’investissements d’avenir, la parité NF/FS juste avant l’instauration de l’euro était de… 4,50. La valeur du franc avait donc été divisée par 4,5.

Depuis les années 1970, le côté suisse de ma famille parlait du « petit franc » pour désigner le franc français.

Quel est le pays qui, durant ces 60 ans, a connu la plus forte expansion économique et dont les habitants ont vu leur niveau de vie le plus augmenter ? La France et son « petit franc » ou la Suisse et son franc fort supposé être une malédiction ?

Le revenu net par habitant a plus que quadruplé en Suisse entre 1980 et 2016 (les statistiques de la banque mondiale ne commencent qu’à cette date pour ce pays). Pendant ce temps, dans notre douce France jouissant d’habiles dévaluations compétitives, le revenu net par habitant a moins que triplé.

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Prétendre qu’une monnaie forte serait nuisible est tout simplement absurde. Soit un pays est bien géré, ses habitants sont industrieux, les capitaux sont bien alloués et tout va bien. Ce pays développe une industrie à forte valeur ajoutée. Soit un pays est mal géré, ses habitants prennent des vessies pour des lanternes, dépensent en dépit du bon sens et tout va moins bien. Le gaspillage détruit la valeur ajoutée.

L’économie consiste à échanger quelque chose contre autre chose. La monnaie n’est qu’une phase transitoire de cet échange. Imaginez qu’un Etat vous oblige à échanger vos produits et services contre des lentilles. Supposez que les lentilles soient donc la monnaie à cours forcé et légal. Par la suite, les gouvernements successifs vous indiquent que tout irait mieux pour vous si vos lentilles pouvaient être vendues moins cher à l’étranger. C’est absurde, n’est-ce pas ?

En réalité, la dévalorisation de la monnaie n’est que la dévalorisation de la valeur ajoutée par le travail des habitants d’une zone monétaire. Notre gouvernement nous brade à l’étranger mais nous taxe au prix fort sur tous les biens importés qui se renchérissent.

Les Allemands savent cela. Les Allemands méprisent la monnaie faible et les charlatans monétaristes qui en font la promotion.

Oui, l’Allemagne a vendu à crédit des Mercedes, des BMW, des Volkswagen, des machines-outils… Oui, des pays à tradition de « monnaie faible » se sont crus riches et lui ont acheté à crédit, croyant profiter de l’aubaine d’une « monnaie forte ». Où est la culpabilité de l’Allemagne dans le déséquilibre commercial qui s’est installé ? Depuis quand est-on « obligé d’acheter » et surtout à crédit ?

DB
source BCE

Oui, Deutsche Bank a des difficultés, est un dinosaure qui n’est pas étouffé par ses scrupules et a plongé dans tous les coups tordus de la finance (subprime, manipulations de l’euribor, du libor, des matières premières…). Oui, le bon élève Allemagne abrite ce monstre. Mais l’Allemagne n’a pas profité de l’euro, elle a simplement profité des chimères des autres pays.

Une monnaie saine ne doit pas avoir besoin de cours légal et forcé pour s’imposer. Elle doit pouvoir être en concurrence avec d’autres monnaies au lieu d’être administrée dans le but de léser les populations à laquelle elle est imposée.

 

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’oeil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

Pour en savoir plus sur Crise, Or & Opportunités et La Stratégie de Simone Wapler.

2 commentaires pour “Qui a profité de l’euro ?”

  1. Ouais enfin enfin…. Hormis que les machines-outils que les allemands vendent à des pays d’Asie est une stratégie qui se retourne contre eux ! 1/ Les pays d’Asie utilisent ces machines-outils pour les concurrencer. 2/ Les pays d’Asie se mettent à copier ces machines-outils pour ne plus avoir la nécessité d’en acheter aux allemands 3/ C’est la logique des choses, quand on veut copier un produit, on commence par copier les bas de gamme, ensuite les moyennes gammes et enfin les hauts de gammes…. Bon, l’Allemagne a aidé les pays d’Asie à concurrencer ses partenaires d’Europe, en plombant les bas et moyennes gammes que produisaient les pays du sud de l’Europe ainsi que la France…. MAIS, ça va se gâter pour les allemands, les pays d’Asie veulent produire du haut de gamme ! Voilà, c’est juste que les allemands sont les derniers à passer à la casserole de la machine asiatique c’est tout, mais ils passeront à la casserole au même titre que la France, l’Espagne, l’Italie, le Portugal etc ! 4/ En tout cas, merci de m’avoir fait sourire mémé Simone avec vos analyses aux raccourcis et raisonnements simplistes !

  2. Habituellement je suis 100% d’accord avec SW, mais j’aimerais juste élever une critique de type sémantique. Je préférerais qu’on parle de monnaie « stable » plutôt que de monnaie « forte ». Le projet monétaire de 1958 n’était pas de créer une monnaie forte, mais stable (malheureusement ça n’a duré que 10 ans jusqu’aux catastrophiques accords de Grenelle qui a enclenché le cycle inflationniste en France). En 1992, le gouvernement socialiste de M. Bérégovoy a voulu créer un « franc fort » sans s’y donner les moyens économiques (la politique économique restait largement d’inspiration socialiste) en augmentant notamment les taux d’intéret, et ce pour concurrencer le mark « stable », et ça nous a coûté deux années de récession (93 et 94). La stabilité monétaire est une condition nécessaire à la croissance économique, mais pas que, et elle ne peut se découpler d’une vraie politique économique libérale.

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