Le plan fiscal des républicains va plumer la classe moyenne

Rédigé le 13 novembre 2017 par | A la une, Bill Bonner, Deep State, Richesse Imprimer

Les allègements d’impôts prévus favorisent les riches. Faute de réduction des dépenses de l’Etat fédéral, la classe moyenne paiera pour combler le manque de recettes.

La semaine dernière, les sénateurs républicains ont communiqué leur projet de mesures concernant la réforme fiscale.

Au lieu de supprimer les droits de succession – comme dans la version de la Chambre des Représentants – la proposition du Sénat augmenterait simplement le plafond d’exonération de 5 M$ par personne. Et au lieu de baisser tout de suite l’impôt sur les sociétés, elle ne le ferait pas avant 2019.

Nous n’avons jamais craché sur une baisse des impôts. Mais nous n’avons jamais vu quelque chose qui ressemble de près ou de loin à la dernière proposition des républicains.

Un impôt pour les riches cadavres

Depuis quelques temps, nous abordons le futur dans la Chronique. Nous avons vu que les technologies n’améliorent pas toujours les choses… et, comme nous l’avons vu vendredi, même si le PIB augmente, ce n’est pas forcément une bonne chose (d’un autre côté, un PIB qui chute, ce n’est pas très bien non plus… Regardez ce qui se passe au Venezuela !).

Bien que l’on ne puisse savoir avec certitude ce que réserve l’avenir, on peut presque garantir qu’il sera sombre à tous les coups : il suffit de dire à son conjoint qu’il prend du poids. Ou de s’endetter un peu plus.

Personne ne sait laquelle de ces nouvelles propositions fiscales passera, si elles passent. Certaines d’entre elles sont très séduisantes… pour nous. La proposition fiscale du Sénat ferait économiser 4 M$ aux riches, rien que sur la fiscalité du patrimoine. La version de la Chambre des Représentants leur ferait économiser encore plus.

La suppression de « l’impôt minimum de remplacement » [NDLR : Alternative Minimum Tax, un taux d’imposition de base pour certains individus et entreprises], la diminution du taux de l’impôt sur les sociétés… et un taux d’imposition de 25% sur les revenus dits « pass-through » [NDLR : Aux Etats-Unis, revenu transmis par une entité intermédiaire, fiscalement transparente, à ses propriétaires. Ainsi, le revenu n’est pas imposé au niveau de l’entreprise, mais uniquement au niveau de la personne, ce qui évite une double imposition] seraient toutes des mesures bienvenues.

L’impôt sur la succession (ou la mort) menace particulièrement les propriétaires de petites entreprises. Actuellement, on paye un impôt de 40% sur tout ce que l’on laisse à nos enfants, au-delà de l’exonération de 5 M$.

Donc, cet impôt n’affecte réellement que les riches cadavres. [NDLR : vous souhaitez donner et transmettre à vos proches ? Notre Rapport Spécial vous explique comment donner des sommes substantielles ou des cadeaux de valeur sans donner au fisc. Grâce à une étude approfondie de la jurisprudence, il vous indique précisément les limites en fonction de votre patrimoine et de vos revenus. Cliquez ici pour les découvrir.]

Un culot éhonté

Mais que se passe-t-il si le cadavre vaut plus de 5 M$ ?

Il se peut qu’il n’ait pas les moyens de mourir !

Imaginez qu’une entreprise familiale ait une valeur de 10 M$. Vous êtes peut-être « riche » techniquement, mais est-ce que cela veut dire que vous avez 2 M$ sous la main pour payer le fisc ?

Vos enfants devront emprunter… ou vendre une partie de l’entreprise… uniquement pour payer les droits de succession.

Les gens n’aiment pas prendre une participation minoritaire dans une petite entreprise, alors il faut leur offrir un tiers, ou bien la moitié (et peut-être perdre le contrôle), uniquement pour obtenir l’argent nécessaire au paiement de cet impôt.

En tant que propriétaire d’une petite entreprise… et titulaire de la carte du club des 1% les plus riches… nous soutenons à fond le projet des républicains. Nous serions largement gagnant.

Nous prenons également un malin plaisir à observer l’injustice de ce projet… et le culot éhonté de la Team Trump/Deep State.

plan fiscal de Trump - impôts

Après avoir plumé la classe moyenne sur toute une génération… en détournant des milliers de milliards de dollars lui appartenant au profit des riches et de ceux qui bénéficient des bonnes relations… au lieu de s’excuser et de rectifier le tir… ils la plument encore plus !

Car… c’est bien beau de baisser les impôts (merci !), mais l’état et ses compères ne vont en aucun cas réduire leurs revenus.

Au contraire, ils vont se servir encore plus.

Quels citrons presser ?

Je vous explique brièvement de quelle manière la classe moyenne va se faire plumer :

Les pauvres n’ont pas d’argent.

La classe moyenne ne dispose pas de lobbyistes.

Le nouvel amendement « Brady » sur le projet de réforme fiscale des républicains plaide en faveur de baisses d’impôts s’élevant à 2 000 Mds$ pour les entreprises et ceux qui pratiquent le fameux pass-through.

Il faudra bien compenser la perte de cette somme quelque part.

Oui, mais où ?

Nous l’ignorons. Mais nous sommes sûr que les lobbyistes de Washington vont faire en sorte de mériter leurs honoraires et que leurs clients – les riches, les initiés, l’establishment, les bestioles du Marigot – ne payent rien.

L’Etat n’aura pas le choix : il devra trouver des citrons à presser au sein de la population lambda.

Mais comment ?

Dans les années 1980, nous dirigions le National Taxpayer Union, une association de contribuables. Nous pensions que si l’on baissait les impôts, cela « affamerait la bête de Washington« , et permettrait de maîtriser le Deep State.

Cela ne s’est pas produit. Au contraire, l’état a appris à se servir du crédit et de l’argent falsifié pour financer son expansion.

Ensuite, les partisans de la prudence se sont tournés vers le Plafond de la Dette pour tenter de ralentir les dépenses de Washington, financées par le déficit.

Cela n’a pas fonctionné, non plus. Les politiciens ont simplement relevé ce plafond.

Il y a deux mois par exemple, le président Trump s’est entendu avec les dirigeants démocrates afin de relever le plafond de la dette pour la 74ème fois depuis 1962.

Depuis, la dette américaine augmente au rythme de 80 Mds$ par semaine.

Cette dette empiète sur la production future… le travail qui n’a pas encore été accompli… les produits qui n’ont pas encore été fabriqués ni vendus… les bénéfices qui n’ont pas encore été réalisés et les impôts qui n’ont pas encore été collectés.

La dette n’efface pas les coûts… elle ne les fait pas disparaître. Elle ne fait que les reporter.

Pour un temps.

Et ensuite… qui paye ?

Pas les riches, ni les pauvres. Là encore, regardez ce qui se passe au Venezuela.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “Le plan fiscal des républicains va plumer la classe moyenne”

  1. Les baisses d’impôts sur les hauts revenus et les gros patrimoines n’alourdiront pas la dette car elles encourageront l’investissement, générant ainsi plus de créations d’emplois, de gains de productivité et donc de croissance du PIB. Par conséquent in fine le gouvernement bénéficiera d’une assiette fiscale plus importante et de dépenses sociales moins importantes.

  2. M. Maurice,

    L’argent pour investir est là et gratuit. Les investisseurs (entrepreneur) ne manquent pas d’argent.

    Les investisseurs n’investiront pas plus parce qu’on leur fait payer moins d’impôt. Tout ira en placement financier (wall street) et ne créera pas un emploi de plus, sauf à la marge.

    Je pense aussi qu’une baisse d’impôt sans baisse des dépenses sera contre productif.

    Djamel

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