La masse monétaire doit-elle croître en même temps que l’économie ?

Rédigé le 24 septembre 2016 par | Article, Banques Centrales, Ferghane Azihari, Inflation, dettes et récession Imprimer

Parmi les nombreux mythes qui entourent les questions monétaires subsiste l’idée qu’il faudrait constamment accroître la masse monétaire pour assurer le bon fonctionnement de l’économie. Deux inquiétudes sont régulièrement mises en avant pour justifier cette idée : la peur de manquer de monnaie au fur et à mesure que l’économie croît et la crainte de la déflation – prétendument nocive – qui justifierait l’activisme des banques centrales. Autant d’idées reçues qu’il faut défaire pour comprendre les dysfonctionnements du système monétaire actuel.

Peut-on manquer de monnaie ?

« Si la quantité de monnaie reste fixe, nous allons finir par manquer de monnaie, ce qui n’augure rien de bon pour notre prospérité ! ».

Cette inquiétude illustre généralement une mécompréhension de la loi de l’offre et de la demande. Supposons un instant que nous vivons dans un système monétaire basé sur les métaux précieux, comme cela a longtemps été le cas. Le stock de métal étant fixe sur la planète, si l’économie croît et que le nombre de transactions augmente, va-t-on vers une pénurie de métaux précieux ? Absolument pas.

Dans ce cas de figure, l’augmentation de la demande de monnaie métallique induit simplement une augmentation du prix de la monnaie en termes de biens et de services. Autrement dit, le pouvoir d’achat de la monnaie métallique se renforce. Ce simple mécanisme suffit à assurer que nous ne serons jamais à court de monnaie si nous laissons les prix s’établir librement.

La rareté de la monnaie est une de ses qualités

Ainsi, par exemple, les bitcoins comportent quelques de similarités avec les métaux précieux : leur émission est elle aussi limitée par une quantité fixe d’unités. Celles-ci ne pourront pas dépasser le nombre de 21 millions d’ici 2140. Là encore, le « problème » de la rareté de l’unité monétaire est simplement résolu par l’augmentation de son prix au fur et à mesure que sa demande augmente.

D’ailleurs, la rareté de la monnaie n’est pas un problème. Bien au contraire. La monnaie n’est qu’un bien recherché pour son rôle d’intermédiaire dans les échanges. Une monnaie de qualité doit impérativement constituer un pouvoir d’achat fiable dans l’espace et dans le temps. Or la fiabilité de la valeur de ce bien dépend justement de sa rareté.

À la différence des autres produits (services, biens de consommation, biens de production), l’abondance de monnaie ne procure aucun bénéfice pour l’ensemble de la société. La création de monnaie ne fait que diluer le pouvoir d’achat des unités existantes. L’extraction historiquement lente et limitée des métaux précieux fait d’ailleurs partie des critères décisifs qui ont conduit le marché à les sélectionner pour remplir le rôle de monnaie avant l’arrivée des gouvernements et des banques centrales.

Mais, dira-t-on, si nous nous abstenons d’accroître la masse monétaire, ne risquons-nous pas de favoriser la déflation ? La déflation est en effet la conséquence prévisible d’un système économique où la monnaie reste en quantité fixe. Faut-il la craindre ?

Vive la déflation !

On parle de déflation lorsque les prix des biens et des services baissent en termes de monnaie. C’est-à-dire que le pouvoir d’achat de la monnaie augmente. En quoi cette situation est-elle à déplorer ? Le capitalisme conduit à produire toujours plus de biens et de services, de meilleure qualité et pour un coût toujours plus faible grâce à l’accumulation de capital, du progrès technique et des gains de productivité.

Le fait pour chacun d’être dans la capacité de satisfaire ses besoins à un coût toujours plus décroissant est une perspective souhaitable. Ne voulez-vous pas des produits de qualité toujours moins chers ? Pour la majorité, la réponse à cette question sera évidente. Craindre la baisse des prix des biens et des services relève donc d’une étrange logique.

Pourtant les médias ne cessent d’entretenir la crainte d’une « spirale déflationniste » en appelant les autorités monétaires à tout faire pour combattre ce prétendu fléau. Il est souvent dit que la déflation favoriserait la thésaurisation en poussant les individus à retarder leur consommation, ce qui fragiliserait la croissance des entreprises.

Cette inquiétude ne résiste pourtant pas à l’analyse des faits. Il est par exemple de notoriété publique que le secteur des technologies numériques et informatiques fait partie des industries à la fois les plus dynamiques tout en produisant des biens de meilleure qualité pour des prix qui décroissent très fortement dans la durée.

Et quand bien même la déflation inciterait certains à thésauriser, il ne s’agit là que de l’expression d’une certaine préférence temporelle : la thésaurisation n’est ni plus ni moins qu’un échange de produits présents pour des produits futurs. Cela ne constitue pas un quelconque préjudice pour l’économie.

Le vrai danger est dans l’inflation

L’accroissement illimité de la masse monétaire n’est nullement nécessaire à la prospérité d’un pays. L’idée qu’une économie aurait besoin d’une création monétaire illimitée pour bien fonctionner n’est qu’une assertion pseudo-scientifique pour légitimer le pouvoir des États et des banques centrales qui se voient, grâce à l’inflation, dans la capacité de capturer les gains de productivité pour satisfaire leurs intérêts. C’est pour cette que nous devrions nous méfier des monnaies officielles pour privilégier des actifs dont la rareté est garantie.

 

Ferghane Azihari
Ferghane Azihari
Coordinateur pour Students for Liberty

Ferghane Azihari est journaliste et analyste indépendant spécialisé dans les politiques publiques. Membre du réseau European students for Liberty et Young Voices, il collabore régulièrement avec divers médias et think tanks libéraux français et américains pour promouvoir une culture favorable à l’économie du marché. Ses centres d’intérêt portent plus précisément sur les politiques publiques européennes et nationales qui touchent au commerce et à la concurrence.

3 commentaires pour “La masse monétaire doit-elle croître en même temps que l’économie ?”

  1. La monnaie est un actif circulant ! Le problème de la monnaie, étant que, si théoriquement il y a assez de monnaie en circulation pour écouler l’ensemble des marchandises produites, ben le système peut bloquer quand même ! En effet, il suffit que trop de personnes économisent et ne dépensent pas leur argent et la monnaie ne circule plus ! Conséquence, ben les gens qui ont besoin des marchandises n’ont pas accès à l’argent, pas accès à la monnaie pour les acheter, du fait que la monnaie ne passe plus de mains en mains pour effectuer les échanges ! Il faut que la monnaie circule, ni trop vite ni trop lentement (car la vitesse a aussi une incidence sur l’économie), mais circule régulièrement pour que les échanges se poursuivent. Donc, si ceux qui détiennent l’argent ne le font jamais circuler, tout le système s’effondre. La valeur d’une monnaie est tout de même liée à l’activité humaine.

  2. bga80:
    Votre remarque sur la thésaurisation est juste. Cependant, les monnaies fortes sont plus thésaurisées que les faibles et cela change selon les périodes. Le problème devient alors: « Comment augmenter (ou réduire) la masse monétaire sans risquer l’inflation? »
    Hors, on voit bien que la tentation de « créditisme » (fabriquer de la fausse monnaie par le crédit) est très forte pour n’importe quel gouvernant. Quelle est la justification des masses considérables de « liquidités » récemment mise en circulation un peu partout?
    J’ai bien peur que ce soit l’envie d’échapper à la sanction électorale, sans se soucier de ses conséquences économiques.
    Et tant pis pour le déluge s’il arrive demain. Je ne serai plus aux affaires.

  3. Citation :
    « Le capitalisme conduit à produire toujours plus de biens et de services, de meilleure qualité et pour un coût toujours plus faible grâce à l’accumulation de capital, du progrès technique et des gains de productivité. »

    Il y a une erreur dans votre raisonnement : non pas …de meilleure qualité et pour un coût toujours plus faible… mais …de moins bonne (ou de piètre) qualité…
    En effet regardez les biens fabriqués de nos jours (voitures, électroménager, écrans…) leur qualité peur paraître meilleure mais à bien y regarder pensez vous qu’une Zoé ou autre sera en état de rouler dans 30 ans alors que l’on voie encore des 205 et d’autre plus anciennes.

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