Pourquoi les grandes demeures américaines sont de mauvais goût

Rédigé le 1 décembre 2017 par | Bill Bonner, Richesse Imprimer

L’argent factice pollue tout. Les self-made men vite enrichis se font construire de faux manoirs vastes et chers.

Hier, nous avons vu l’âme de l’Amérique.

En conduisant, nous sommes passé devant une maison si imposante… si monstrueusement laide… et si prétentieuse, que nous avons failli quitter la route à force de la regarder.

Située dans un quartier résidentiel, c’était comme si elle était tombée d’un camion de livraison et qu’elle avait roulé jusque-là, sans égard pour ce qui l’entoure.

C’est un faux manoir !

Oui, cher lecteur… tout est faux : notre argent, notre économie, nos marchés, notre gouvernement… et même nos manoirs.

Mardi, l’argent que nous avons investi sur le bitcoin nous a encore rapporté 10%… à un rythme de 4 000 $ de l’heure.

Cela représente plus d’argent, en un jour, que tout ce que nous avons gagné au cours de nos 10 premières années de travail combinées.

Nos pièces, qui ne valaient rien auparavant… valent désormais toujours plus.

A ce rythme – une hausse de 10% face au dollar, chaque jour –, si vous investissez 10 000 $ vous aurez 100 000 $ avant Noël, voire plus. Ou moins.

Probablement beaucoup moins…

Nous ne nous sommes pas tué à la tâche, nous n’avons rien inventé. Nous ne méritons rien. Pas un seul matin, nous nous sommes levé à l’aube pour gagner cet argent… Pas une seule nuit, nous n’avons veillé tard pour étudier, pour que cela advienne. Au lieu de cela, c’était comme si nous avions traversé un casino et tiré au hasard sur l’un des bandits manchots. Par ici la monnaie.

Nous n’avons rien appris non plus… si ce n’est que le monde est fou, fou, fou, fou, fou – ce que nous savions déjà ! Et si Clive Bell, l’auteur de Civilization, a raison, c’est le meilleur genre d’argent. Nous ne nous sommes pas détourné de « la pensée et des sentiments ». Nos ongles ne sont pas incrustés de poussière de charbon… et nos mains ne sont pas calleuses à force d’années de dur labeur.

Qu’en faire ? Le bitcoin est-il aussi de l’argent factice ?

Demain, nous recevrons un rapport émanant directement de notre expert maison en bitcoin. Il participe à une conférence sur les cryptomonnaies, cette semaine. Plus de 1 700 personnes ont payé 1 500 $ chacune pour y assister. Elles représentent le « smart money« , les grands acteurs de l’investissement, notamment une poignée de nouveaux millionnaires encore boutonneux qui possèdent des bitcoins dans leurs portefeuilles électroniques.

Voici une réflexion… et un sentiment. Nous invitons nos lecteurs à imprimer ceci et à le mettre sur la porte de leurs réfrigérateurs :

Le Bitcoin n’est pas un investissement. Ce n’est pas de la spéculation. Il se peut que ce soit une forme de monnaie durable, ou pas. L’avenir nous le dira.

Vous pourriez gagner énormément d’argent avec la bulle du bitcoin. Ou le perdre. Dans les deux cas, ne le prenez pas au sérieux. Traitez-le comme un billet de 1 $ sur le trottoir. Avec de la chance, vous pourrez le ramasser avant que le vent ne l’emporte. Si vous êtes malchanceux, vous le poursuivrez jusqu’à vous retrouver dans une rue passante et vous faire percuter par un bus.

Comme la monnaie factice créée par la Fed, ce n’est pas relié au monde réel, celui du travail et des salaires, de l’effort et de la récompense. A moins de vraiment maîtriser la technologie sous-jacente, vous n’apprendrez rien. Tout ce que vous obtenez n’est ni gagné ni mérité… Ca va et ça vient : comme un parent qui s’invite. On ne se réjouit pas de son arrivée… et on ne verse pas une larme lorsqu’il s’en va.

A quoi bon ce genre d’argent ?

Le monde est si absorbé à gagner et dépenser de l’argent, que c’est à peine s’il prête attention aux feuilles mortes.

C’est peut-être mieux ainsi.

Quelqu’un se retrousse les manches, se concentre et travaille d’arrache-pied… et il est prêt à gagner de l’argent. Ou à faire la guerre.

Puis lorsque ses cheveux blanchissent et qu’il cesse de gagner de l’argent, il est trop tard. Son cerveau sclérosé ne peut plus apprendre de nouvelles astuces : il n’a aucune flexibilité… et il n’a plus le temps de développer de véritables goûts et jugements.

C’est pour cela que le self-made man est peut-être le moins civilisé des hommes, Il est trop occupé pour pouvoir penser et ressentir. Soit il engrange de l’argent… soit il le dépense. Et lorsqu’il le dépense… c’est là que le désastre de sa vie devient visible.

Il n’a pas pris le temps de se préparer. Il ne peut apprécier le style… ou l’esprit… ou le charme… ou l’intimité.

A la retraite, il ne peut plus faire ce qu’il sait faire – gagner de l’argent – et il n’est guère plus qu’un pardessus ou une canne errant dans une maison trop grande pour lui, la risée des jeunes… et une gêne pour les plus âgés.

Jugez par vous-même : le magazine de décoration et d’architecture américain Architectural Digest dresse une liste des « plus belles maisons des Etats-Unis ».

En réalité, ce n’est qu’une liste de maison à vendre. Celles qui constituent la liste sont les plus chères. C’est-à-dire qu’elles sont – pour la plupart – des maisons de gens riches qui ont réussi et qui, depuis, ont divorcé, ou bien ont déménagé et doivent désormais vendre la maison de leurs rêves.

McMansion

Or ces maisons s’apparentent davantage à des cauchemars.

Tapageuses, pompeuses, mal conçues, inconfortables, insignifiantes, ce sont d’épouvantables monstruosités. Et il y en a dans toute l’Amérique.

Une colonne grecque ici… une arche italienne ici… un pignon anglais au-dessus d’un garage prévu pour quatre voitures… et une cuisine versaillaise : tout un fatras amalgamé.

Depuis des années, nous sommes indignés par les « McMansions », ces pseudo « belles demeures » qui fleurissent aux Etats-Unis depuis le boom de l’immobilier. Ces maisons-là vont encore plus loin… elles sont ce à quoi aspire une McMansion. Elles sont le résultat d’un acoquinement entre un architecte médiocre et un homme riche. Aucun d’eux n’a le sens du style, de la modestie, des proportions, ou du charme qu’il faut pour créer de magnifiques demeures.

Tous deux ont été trop occupés à gagner et dépenser de l’argent. Ni l’un ni l’autre ne sait comment bâtir quelque chose avec grâce et élégance. Tout ce qu’ils peuvent faire, c’est construire quelque chose de vaste et de cher : un faux manoir.

Résultat : un « pâté » à 16 M$ en Arizona ou un palais de 45 M$ à Santa Barbara. Un riche construit, un autre achète. Ils exposent au monde à la fois leur richesse et leur mauvais goût.

Et là, c’est la révélation de toute l’arnaque. Ce sont les maisons des gens les plus riches du pays, de ceux qui ont le mieux réussi. Ils devraient être fiers d’exhiber les plus belles choses qu’un membre du club des 1% puisse s’offrir… le délicat jugement esthétique de l’élite… l’architecture bien ciselée du plus grand empire du monde au faîte de sa puissance.

Au contraire, ces maisons ne sont que de pathétiques impostures. Trop vastes pour être habitables. Trop vides et monumentales pour être douillettes. Trop angulaires, trop de styles, trop de marbre et de pierres – elles sont les « hormegeddon » du marché immobilier. [NDLR : le dernier livre de Bill Bonner, Hormegeddon, décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref : trop de bien conduit au désastre. Achetez-en deux exemplaires : un pour vous et un autre pour votre voisin politicien ! Il est disponible sur Amazon ici ou chez l’éditeur, Les Belles Lettres.]

Ces maisons illustrent non seulement l’esprit superficiel des citoyens d’élite, mais également le vide d’un empire vieillissant, dégénéré et financé par des bulles.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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