Ceux à qui nous devons vraiment l’Indépendance de l’Amérique

Rédigé le 5 juillet 2017 par | Bill Bonner, Desinformation Imprimer

A l’occasion de la Fête de l’Indépendance des Etats-Unis, « Independence Day », Bill Bonner aborde un détail oublié de la Guerre d’Indépendance.

Lorsque nous étions en France l’été dernier, une amie – Laurence Chatel de Brancion – nous a offert un exemplaire de son livre, La Fayette : Rêver la gloire.

Laurence est historienne. Elle a étudié la vie et l’époque de Gilbert de Lafayette, à qui elle a consacré ce livre co-écrit avec Patrick Villiers.

Tous les écoliers américains connaissent les bases de l’histoire de la révolte des Etats-Unis contre la Grande-Bretagne. La Boston Tea Party… Paul Revere et les Minutemen… la Déclaration d’Indépendance… Valley Forge…

Quant à la façon dont la guerre s’est terminée, en ce qui nous concerne, nous savons qu’elle a réellement pris fin avec la Bataille de Yorktown (Virginie), en 1781. Et nous remercions les Français, que Ben Franklin avait courtisés pendant des années à Paris, « d’être venus nous aider ».

La flotte française, sous le commandement de Lafayette, arriva à l’embouchure de Chesapeake Bay, bloqua le ravitaillement des Britanniques et les força à se rendre. D’où la fameuse phrase « Lafayette, nous voilà ! », prononcée par les soldats américains lorsqu’ils débarquèrent au Havre, en France, en 1917.

C’est la version abrégée. Mais l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs. Et elle est toujours criblée de mensonges.

Cela crée un mythe… et offre aux gens le récit qui les aide à ressentir qu’ils ont quelque chose en commun, une raison de rendre hommage aux héros du passé, et d’écouter les débats présidentiels.

Lorsque la guerre contre l’Irak a été lancée par George W. Bush, les Français ont refusé d’y participer. Les Américains ont traité les Français de « lâches ». Une plaisanterie circulait, selon laquelle l’armée français ne connaissait que deux mots : se rendre et collaborer.

« Combien de Français sont-ils morts, pendant la Première Guerre mondiale ? » demandaient les patriotes américains. « Pas assez », était la réponse.

Le rôle des Français

Cependant, le livre de Laurence nous rappelle que sans les Français, nous ne serions pas les Etats-Unis d’Amérique. Nous y découvrons ce qui suit :

  1. Les colons ne pouvaient pas gagner la guerre contre la Grande-Bretagne.
  2. Le combat s’est déroulé principalement entre Français et Britanniques. Les Français ont gagné.
  3. Les Américains eux-mêmes étaient divisés. Certains étaient en faveur de la Révolution, d’autres non.

Le livre contient des détails révélateurs, notamment les suivants :

L’armée « rebelle », « insurgée », ou « terroriste », constituée de colons, recevait trop peu de soutien des Américains eux-mêmes. Les hommes du général Washington étaient affamés et à moitié nus à Valley Forge.

Les historiens estiment qu’un homme blanc sur cinq, dans l’Amérique coloniale, était opposé à l’indépendance. Le récit de Laurence concernant la Bataille de Yorktown nous indique que l’on comptait jusqu’à 9 000 « loyalistes » côté britannique.

Nous n’avons pas trouvé d’éléments à l’appui de ce chiffre ailleurs. Mais si c’est vrai, alors il y avait à Yorktown plus d’Américains s’opposant à la Révolution qu’en sa faveur.

« Remarquez-vous quelque chose d’étrange, à propos de ce tableau ? », a demandé le guide, lorsque nous avons visité le Capitole de l’Etat de Virginie, à Richmond, récemment.

Il était face à un très grand tableau reproduisant la Bataille de Yorktown.

« Vous voyez les troupes britanniques. Et vous voyez les troupes allemandes. Et les troupes françaises. Mais il n’y a pratiquement pas de troupes américaines. Car il n’y avait pas beaucoup d’Américains, là. »

Guerre

Nous ne pouvons pas jurer de la justesse des guides touristiques du Capitole de l’Etat de Virginie. Mais la plupart des historiens conviennent qu’il y avait plus d’étrangers que d’Américains lors de cette bataille.

L’armée continentale de Washington a joué un rôle de soutien. C’étaient les Français – le Comte de Rochambeau et le Comte de Grasse – qui menaient la danse.

Et bien que la provenance de l’argent ayant permis d’acheter les navires, les armes, les munitions et la nourriture de l’armée continentale, ne soit pas claire, les fonds nécessaires aux moments critiques sont venus de la noblesse française et non des villageois et fermiers d’Amérique. Lafayette – l’un des hommes les plus fortunés de France — s’est présenté avec son propre argent pour aider les insurgés à Valley Forge.

Et c’est François-Joseph Paul, Comte de Grasse – arrivé avec 29 navires de guerre et 300 000 pesos d’argent levés à La Havane – qui a permis la victoire finale.

La stratégie de la victoire

C’est également le Comte de Grasse, et non Washington, qui a élaboré la stratégie de la victoire. Charles Cornwallis, lieutenant-général britannique, s’était positionné sur une étroite péninsule en Virginie du Nord.

Il pouvait facilement se défendre du côté des terres. Mais à l’arrière, il était exposé à la mer. Il pensait que cela ne posait pas de problème car la flotte britannique dominait la côte.

Cependant, de Grasse, l’amiral français, identifia une opportunité. Si ses navires parvenaient à prendre le contrôle de la Baie de Chesapeake, il pourrait couper le ravitaillement de la ville de Yorktown. Cornwallis serait bloqué par les forces américaines/françaises du côté des terres et privé de ravitaillement, côté mer, par la flotte française.

Il soumit son plan à Washington, qui se montra sceptique. Alors De Grasse annonça simplement que c’était ce qu’il allait faire. Washington s’y plia.

Une fois que la stratégie fut établie, une force française/américaine conjointe simula un mouvement contre New York puis s’esquiva et se dirigea discrètement au sud du Potomac. Certaines troupes descendirent le Chesapeake. D’autres marchèrent le long de la rive.

Les trois et quatre septembre, les troupes américaines se mutinèrent, déclarant qu’elles ne quitteraient pas le Maryland tant qu’elles n’étaient pas payées. Là encore, les Français sauvèrent la situation. Le Comte de Rochambeau prêta de l’argent à Washington pour les payer.

Lorsque les troupes arrivèrent enfin à Yorktown fin septembre 1781, elles coupèrent la voie de repli de Cornwallis. Ce fut le véritable test. Mais ce ne fut pas un combat entre Américains et Anglais. Ce fut une bataille entre une bande hétéroclite composée de mercenaires, de miliciens et de soldats réguliers : les loyalistes américains soutenant les troupes britanniques et allemandes (hessiens) d’un côté… et les insurgés américains et les troupes françaises de l’autre.

La bataille du côté des terres n’était rien sans une victoire en mer, cependant. Si la flotte britannique avait pu briser les Français à Chesapeake, toute cette campagne aurait été vaine.

La bataille navale décisive intervint le 5 septembre. 29 navires français combattirent 19 navires anglais. Les Anglais furent vaincus de façon décisive et contraints de se replier en Nouvelle-Angleterre pour réparer. Le blocus français tint bon.

Après quoi ce ne fut qu’une question de temps. Cornwallis commença à manquer de ravitaillement. Il ne pouvait s’échapper par les terres car la voie était bloquée par l’armée américaine/française, dont l’essentiel était sous les ordres de ce superbe jeune général français, le marquis de Lafayette, dont on peut voir le buste en marbre dans la rotonde du Capitole de l’Etat de Virginie, face à la statue du général Washington.

Début octobre, Cornwallis fut attaqué par les terres et par la mer… l’artillerie pulvérisant ses défenses des deux côtés.

Le 19 octobre, les Britanniques agitèrent le drapeau blanc.

Lorsque la bataille s’acheva, deux fois plus de Français que d’Américains avaient été tués. Et l’intervention française avait été si coûteuse qu’elle provoqua presque la ruine des Bourbons.

A court d’argent, Louis XVI fut forcé de convoquer une « assemblée » des représentants du peuple pour approuver de nouvelles mesures fiscales. Bien entendu, cela dégénéra et provoqua la Révolution française. Louis y laissa sa tête.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Ceux à qui nous devons vraiment l’Indépendance de l’Amérique”

  1. Quand on y regarde de plus près, en fait les américains n’ont jamais gagné une seule guerre de leur Histoire à part celle de Sécession, perdue aussi par les américains… Dans toutes les autres guerres ils n’ont été que des opportunistes s’arrogeant les victoires des autres. Les exemples ne manquent pas.

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