Des innovations plus ou moins utiles sur les contrats d’assurance-vie

Rédigé le 2 février 2018 par | Investissement Imprimer

Quatre innovations ont récemment vu le jour en matière d’assurance-vie, mais une seule vous intéresse vraiment et une autre est un piège…

Pour faire face à un environnement de taux négatifs, les assureurs tendent à détourner les épargnants des fonds euros. Pour les inciter à privilégier les unités de compte, les compagnies d’assurance ont démocratisé leurs offres de gestion pilotée et garantissent de moins en moins le capital des nouveaux fonds euros. Les assureurs mettent maintenant sur le marché de nouvelles offres bien plus originales. Mais vont-elles dans le sens de l’épargnant ?

Votre conseiller doit-il être intéressé à la performance de votre épargne ?

C’est la question que pose Valuance, le contrat d’assurance-vie né du partenariat entre le réseau CGP Entrepreneurs (filiale de l’UFF dédiée aux CGPI) et Oradéa Vie (compagnie d’assurance-vie du groupe Société Générale). Présenté comme un contrat qui « valorise le rôle du conseiller », Valuance rémunère en partie votre conseiller en gestion de patrimoine en fonction de la performance annuelle de son allocation d’actifs. C’est en tout cas le principe de l’option « gestion experte » que propose ce contrat. La commission du conseiller se monte à 10% de la performance, en plus des frais de gestion qui n’ont pas disparu dans la bataille.

Thibaut Peigney, directeur général délégué d’Oradéa Vie, explique :

« Il nous semblait tout à fait pertinent que l’expertise et le suivi apportés par le conseiller soient en partie rémunérés en fonction de la performance générée par le contrat. La force de cette innovation produit est renforcée par la simplicité de son mécanisme et sa transparence pour l’épargnant« .

Effectivement, le système est on ne peut plus transparent : si l’allocation d’actifs établie par le conseiller est couronnée de succès, ce dernier empoche son récurrent(1) + sa commission sur performance ; s’il se ramasse, le client est le seul à porter le risque puisque le conseiller percevra quoi qu’il en soit son récurrent.

Alors que ce type de contrat est présenté comme censé responsabiliser le conseiller, on a en réalité affaire à un système de rémunération du type « face je gagne, pile tu perds ». Avec ce genre de règle du jeu, un conseiller pourrait être tenté de prendre plus de risques qu’il n’a l’habitude d’en gérer, aux seuls dépens de son client, pour augmenter sa part variable.

Gestion « multi-projets » ?

Autre innovation, la gestion « multi-projets » proposée sur le contrat d’assurance-vie en ligne Nalo Patrimoine, résultat du partenariat entre Generali et Nalo, start-up spécialisée dans l’investissement financier.

L’idée consiste, au travers d’un mandat de gestion confié à Nalo, à scinder un même contrat en plusieurs poches, chacune faisant l’objet d’un profil de gestion spécifique, lui-même fonction d’un objectif patrimonial donné. Ainsi le robo-advisor de Nalo gérera-t-il votre épargne différemment selon que la poche a vocation à financer un objectif à court terme (études des enfants) ou à long terme (besoin de capital pour acheter un camping car lors du départ en retraite). De manière générale, plus l’horizon de l’objectif se rapproche, plus la gestion deviendra conservatrice.

Sur ce contrat accessible à partir de 1 000 € qui met l’accent sur les ETF, les niveaux de risque et la sécurisation de l’épargne se veulent donc personnalisés en fonction des projets de vie de chaque client.

Reste bien sûr à voir comment Nalo et les autres robots-advisors géreront la prochaine crise boursière d’envergure. Une question à bien plus de 1 000 €.

Sur le plan marketing, l’idée est certainement à même de séduire un public jeune. Elle permet également d’allouer des sommes différentes en fonction de chaque profil de gestion, plutôt que d’avoir un seul contrat avec une gestion donnée. L’alternative est d’ouvrir plusieurs contrats faisant chacun l’objet d’un profil de gestion spécifique. Cela donne plus de paperasse mais peut se révéler bien plus efficace sur le plan de l’organisation de votre patrimoine.

L’évolution ci-dessous me semble être plus avantageuse pour l’épargnant.

La démocratisation de l’accès aux titres vifs dans les contrats d’assurance-vie

Saviez-vous que les titres vifs (actions et obligations) ne sont pas réservés aux PEA et aux comptes-titres ? La plupart des contrats d’assurance-vie n’accueillent que des fonds d’investissement mais certains contrats permettent désormais de prendre position en direct sur un panel d’actions.

Jusqu’en 2011, cette possibilité était cependant l’apanage des contrats très haut de gamme proposés en banque privée et des contrats d’assurance-vie luxembourgeois. Puis SwissLife (assureur) et Altaprofits (courtier web) ont lancé Titres@Vie, le premier contrat web qui a permis d’accéder « aux marchés financiers en direct ».

D’autres contrats web grand public proposent d’investir en actions, le plus souvent sur le CAC 40 et l’eurostoxx 50. C’est notamment le cas des contrats Mes-placements Liberté (accessible dès 500 €), Netlife (1 000 € de versement minimum) et Linxea Spirit (ticket d’entrée à 500 €) de l’assureur Spirica, rapporte cBanque.

Avec plusieurs offres de gestion pilotée, les assurés peuvent d’ailleurs déléguer la gestion de leur contrat Titres@Vie et Linxea Spirit.

Niveau frais, les contrats évoqués sont moins intéressants qu’une gestion sur un PEA. Par ailleurs, le PEA est fiscalement plus avantageux que l’assurance-vie pour profiter des actions sur le plan fiscal. Cependant, l’assurance-vie reste la seule enveloppe juridique à présenter de sérieux atouts en matière de succession.

Terminons ce tour d’horizon par un piège à éviter.

Se protéger d’une catastrophe financière en intégrant de l’or papier dans votre contrat : une idée à oublier

Si vous êtes client du contrat SMAvie, vous avez depuis fin novembre la possibilité d’intégrer la nouvelle unité de compte « Bati Or » à votre portefeuille.

L’Agefi Actifs indique qu’elle est :

« Adossée à un fonds géré par SMA Gestion investi sur le marché de l’or par l’intermédiaire d’instruments financiers à terme (libellés en dollars et convertis en euros). Son exposition nette au marché de l’or est comprise entre 85% et 100%. Le solde est investi en OPC monétaires ou en bons du Trésor libellés en dollars américains. Le pourcentage d’exposition varie en fonction du niveau de valorisation de l’or et des opportunités de marché.« 

Si vous lisez régulièrement La Chronique Agora, vous êtes au fait des vertus de l’or en tant qu’assurance patrimoniale face à une catastrophe financière. Cependant, pour être véritablement protégé par le métal jaune, encore faut-il en avoir fait l’acquisition en respectant un certain nombre de précautions.

La première d’entre elles est que seul l’or physique constitue une réelle protection en cas de désastre. En aucun cas l’or papier ne peut être mis sur le même plan, que ce soit sous la forme d’ETF ou de fonds basés sur des contrats futures. Ce qu’il vous faut c’est de l’or en dehors du circuit bancassurance traditionnel. [NDLR : Connaissez-vous cette pièce internationalement reconnue et à la fiscalité très douce ? Découvrez ici pourquoi c’est votre meilleure assurance contre une nouvelle grande crise financière.]

(1) le « récurrent » désigne la commission que l’assureur verse au CGP au titre des frais de gestion et du montant investi par le client sur le contrat ; le taux de commission varie en fonction des fonds d’investissement sur lesquels le client est positionné)

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Nicolas Perrin
Nicolas Perrin

Nicolas Perrin est l’auteur de l’ouvrage de référence « Investir sur le Marché de l’Or : Comprendre pour Agir ». Diplômé de l’IEP de Strasbourg, du Collège d’Europe et titulaire d’un Master 2 en Gestion de Patrimoine, il est conseiller en gestion de patrimoine indépendant en région lyonnaise et à La Réunion.

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