Pas de solution miracle pour l’économie américaine…

Rédigé le 24 mars 2017 par | Bill Bonner, Desinformation Imprimer

Le Dow a chuté.

Les investisseurs auraient-ils enfin remarqué quelque chose ?

Aucune dépense d’infrastructures ne sera injectée dans des projets immédiats, en 2017… et il n’y aura pas d’allègement d’impôt miracle pour l’économie.

Cela signifie que le « trade de la réflation » ne rapportera pas… du moins pas comme prévu.

Nous avons vu que les « informations » publiées dans la presse grand public étaient essentiellement fausses.

On ne peut pas dire qu’elles soient volontairement fausses, ou que les faits soient forcément faux. Elles sont fausses dans le sens où elles font semblant de posséder un sens qui n’existe pas. Elles sont souvent insignifiantes, trompeuses, voire totalement inexactes.

Tout le bruit suscité par les « écoutes » de l’équipe de Trump, pendant la campagne, constitue un bon exemple.

Sur Twitter, M. Trump a agi comme s’il était surpris… comme s’il n’avait pas conscience que les barbouzes nous surveillent tous.

Les barbouzes ont joué leur rôle, eux aussi, en faisant semblant de s’indigner… comme si jamais au grand jamais ils ne feraient une chose pareille.

Puis les médias ont sauté sur Trump, en prétendant que cette idée d’écoutes furtives massives – révélées par le lanceur d’alerte de la NSA, Edward Snowden – n’était rien d’autre qu’une paranoïa de la droite.

Lors du dernier épisode de ce feuilleton, le directeur du FBI James Comey nous a déclaré sous serment que les affirmations de Trump, concernant les écoutes dont il aurait été victime, étaient dénuées de toute vérité…

De l’information à valeur négative

Là, même le citoyen le plus débile et le moins informé serait en droit de se poser la question suivante : si le complexe FBI-NSA-CIA – dont les dépenses dépassent le budget militaire russe tout entier – ne surveille pas un candidat à la présidentielle soupçonné de s’entendre un peu trop bien avec un adversaire potentiel possédant l’arme nucléaire, alors que fait-il exactement ?

Dans le meilleur des cas, ces articles de presse ne révèlent rien, voire moins que rien. Le public reçoit « l’information », mais de qualité si médiocre et à l’intégrité si douteuse que sa valeur est négative. Dans le pire des cas (et c’est le plus probable), les informations encouragent les gens à choisir leur camp au sein d’un fantasme où leur gladiateur et héros, Donald J. Trump, fait face à d’agiles rétiaires du Deep State essayant de le prendre dans les mailles de leurs filets.

Selon le dernier sondage Gallup évaluant la cote de popularité de Trump, 37 Américains sur 100 y croient…

Comme au catch, l’histoire est simple — les gentils contre les méchants – mais ce n’est que de la simulation.

Quelle est la vérité ?

Comme la plupart des choses qui se passent dans les médias publics, on ne peut connaître la vérité dans la mesure où elle ne peut jamais être ni testée, ni prouvée.

Mais peut-être est-il plus « véridique » que la Team Trump, le secteur de la sécurité et la presse sont tous dans le même camp, et qu’ils jouent la comédie aux dépens du public.

Tous ont quelque chose à gagner, dans ces jeux du cirque : la presse engrange davantage de recettes, la Team Trump se brosse un portrait de héros de la classe ouvrière américaine, et le Deep State s’en tire les poches pleines.

Partout, l’argent parle. Dans le marigot, c’est pratiquement la seule voix que l’on entend.

Chaque vote a la même valeur mais chaque citoyen n’a pas 100 M$ à dépenser en lobbying

Lors de la dernière élection, par exemple, le secteur financier a investi 2 Mds$ pour s’assurer que les politicards étaient à leur écoute. C’est un rapport émanant du groupe Americans For Financial Reform qui le dit.

L’argent est passé par deux principaux canaux, à peu près à part égale : via les contributions de campagne ou en règlement de frais de lobbying.

Les caisses d’épargne et de crédit, les banques commerciales, les sociétés de courtage, tous chuchotaient en agitant des liasses de billets.

Il ne s’agit là que de l’argent déclaré officiellement. Il se peut que les véritables sommes dépensées pour suborner le « secteur public » représentent deux fois plus.

C’est la National Association of Realtors (NAR) qui détient la palme des beaux parleurs. Elle a dépensé 118 M$ pour tenter de gonfler une nouvelle bulle immobilière.

Derrière la NAR se trouvait un trio de hedge funds : Renaissance Technologies, Paloma Partners, et Elliott Management.

Nous ignorons ce qu’ils cherchaient, mais ce ne serait probablement pas très difficile à découvrir.

L’imposture de la démocratie, c’est que le vote de chaque citoyen a la même valeur. Mais combien d’électeurs disposent-ils de 100 M$ de dessous de table ? Et quel est le fonctionnaire qui refuserait de rallier les initiés si on lui offrait des millions de dollars ?

Mais laissons de côté le vol et les dessous de table pour nous tourner vers l’idiotie.

Au sein de la société, rares sont ceux qui ont le temps de réfléchir aux affaires publiques. La plupart des gens ont des choses plus importantes à faire.

Ceux qui y réfléchissent – probablement pas plus de cinq sur 100 – représentent « l’élite » sur laquelle s’appuie une société.

Le citoyen moyen ne sait pas ce que contient son hotdog, ni comment fonctionne le système de santé du pays. Même les poids et mesures demeurent un mystère. Combien y-a-t-il de pouces dans un gallon, se demande-t-il ?

Et comme nous l’avons vu, il est incapable de situer l’Ukraine sur une carte géographique… il croit que la Déclaration d’Indépendance est un document terroriste… et quant aux musulmans, il est sûr qu’ils mijotent un sale coup, même s’il n’en a jamais rencontré un seul.

Il s’appuie sur les élites pour qu’elles règlent ces problèmes… et il compte sur elles pour le traiter avec justice. Lorsqu’elles ne le font pas, il s’empare d’une corde à noeud coulant et se met en quête de quelqu’un qu’il pourrait pendre, mais pas forcément celui qui le mérite.

Le problème, avec l’empire moderne, c’est qu’il corrompt ses élites… les transforme en larbins rémunérés pour les décideurs du Deep State.

Des illusions extravagantes passent pour des vérités

Ensuite, l’élite crétinise encore plus qu’elle ne l’est déjà le reste de la population. Au lieu de remettre en question et de corriger les idées stupides qui animent le peuple, l’élite nourrit des illusions encore plus extravagantes.

Oui… nous devons anéantir Daesh ou bien aucun homme ne se sentira en sécurité dans l’Iowa.

Oui… La Fed renforce notre économie en faussant les taux d’intérêt et en la noyant d’épargne (du crédit) que personne n’a constituée.

Oui… Le département de l’Education peut nous rendre plus intelligents… le département de la Défense peut renforcer notre sécurité… et le département de la parité entre les sexes peut nous rendre meilleurs, en tant qu’êtres humains… si seulement on leur donnait un peu plus de notre argent !

On attend du citoyen moyen qu’il gobe six choses absurdes avant même d’avoir pris son petit-déjeuner, et une demi-douzaine d’autres avant l’heure du déjeuner !

L’information publique, du moins telle que nous la connaissons aujourd’hui – provenant des principaux médias – n’existe que depuis l’invention du papier journal bon marché, au XIXe siècle.

Avant cela, l’homme a vécu environ 200 000 ans sans aucune information publique… et avant encore, il a évolué durant des millions d’années, pour devenir l’Homme moderne, sans même lire le New York Times ou un tweet de Donald J. Trump.

Il ne dispose d’aucun moyen lui permettant de faire facilement la différence entre ces informations publiques et les véritables informations qui sont essentielles à sa survie.

Au XXIe siècle, il entend que les terroristes représentent une menace… et pour lui, c’est comme s’il allait subir l’attaque imminente d’une tribu hostile.

Ses émotions – et non son esprit – sont assaillies. Il voit sa femme ravagée sous ses yeux… et ses enfants emmenés pour être réduits en esclavage.

Il glisse dans l’absurdité… prend les armes contre un ennemi fabriqué de toutes pièces… et il choisit de soutenir le mâle alpha le plus grand, le plus sûr de lui et le plus abruti de toute la tribu.

Ensuite, tout va de plus en plus mal.

Mots clé : -

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Laissez un commentaire