La vérité qui se dissimule sous la marque Trump

Rédigé le 21 septembre 2017 par | Bill Bonner, Desinformation Imprimer

Trump roule pour lui-même et assure sa propre promotion. Il n’a que faire d’idéologie et encore moins d’une théorie économique cohérente.

Aujourd’hui, nous escaladons une colline pour aller explorer.

Tout en bas se cache l’une des criques de l’Île d’Yeu :

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La crique cachée, sur l’Île d’Yeu

Mais passons aux choses sérieuses…

A notre gauche, sous des nuages sombres, il y a la situation politique.

Au fil des 16 premières années passées à rédiger nos commentaires, nous n’avons presque jamais pris la peine de nous y intéresser.

Il n’y a pas eu beaucoup de changements sous les gouvernements Clinton, Bush et Obama.

Puis Donald J. Trump a apporté une bouffée d’air pur… ou un vent mauvais… selon la façon de voir les choses.

Nous avons deviné (mais nous n’en étions pas sûr) que cette nouvelle brise serait légèrement différente par rapport aux vents dominants ayant soufflé au cours des 20 précédentes années.

Il aura fallu quelques mois pour que ce soit visible, mais à présent, nous le savons : nous avions raison. Au lieu d’assainir le marigot comme promis, la Team Trump va y ajouter un certain volume de fange.

1 215 pages et 700 Mds$ de plus

Par exemple, les généraux de la junte – Mattis, McMaster et Kelly – ainsi que leurs compères, ont touché le pactole, cette semaine. 700 milliards de dollars sont partis dans le marigot. Selon le New York Times :

« Le Sénat a largement approuvé un vaste texte de loi relatif à la politique de la défense, visant à injecter 700 Mds$ dans l’armée, et grâce auquel les forces militaires des Etats-Unis pourraient bénéficier du budget le plus élevé jamais attribué depuis les quelque 10 ans de guerre en Irak et en Afghanistan. […]

Cette mesure comptant 1 215 pages défie un certain nombre d’objections de la Maison Blanche, mais le président Donald Trump n’a pas menacé d’y opposer son veto. Le texte l’aide à tenir sa promesse de reconstruction de l’armée américaine qui, selon ses déclarations, s’est appauvrie au cours du mandat de l’ex-président, Barack Obama. »

C’est juste : 1 215 pages de gaspillage, élaborées et rédigées par les lobbystes du secteur.

Mattis, le secrétaire à la Défense, voulait économiser la misérable somme de 10 Mds$ en fermant les bases inutiles.

Pas question !

Chaque flaque du marigot sera traitée comme si c’était l’habitat d’une espèce menacée : elle sera préservée, protégée et soutenue.

Le génie de M. Trump est de s’être rendu compte – peut-être instinctivement – que les partis politiques, les idéologies et les mesures concrètes importent peu.

Il est incapable de faire la différence entre le Donbass et l’Hindu Kush… tout comme la plupart des électeurs, d’ailleurs.

La bonne gestion de la marque Trump n’a que faire de l’idéologie

Ce qui compte, c’est la marque Trump… et qu’il ait pu utiliser dans sa course à la Maison Blanche les mêmes techniques que celles dont il s’est servi pour bâtir son empire commercial.

Une marque, ce n’est pas la même chose qu’un produit, comme l’a décrit Naomi Klein, auteur de gauche, dans un livre célèbre : No Logo, La Tyrannie des Marques.

Marlboro, par exemple, a vendu ses cigarettes sans promettre qu’elles auraient meilleur goût, mais en colportant un mythe : que ceux qui fumaient sa marque de cigarettes pourraient ressembler au cow-boy de Marlboro.

Ce n’est pas pour la qualité du produit que les touristes chinois font la queue devant la boutique Louis Vuitton, à Paris, pour s’acheter un sac à 500 $ : ils l’achètent parce que cela leur donne l’impression d’appartenir aux « 1% les plus riches ».

Souvent, les consommateurs achètent des produits de marque parce qu’ils en ont entendu parler. Mais le véritable branding [NDR : gestion de l’image d’une marque] va plus loin. Il construit une aura mythique, très indépendante du produit.

Le cow-boy des publicités Marlboro, par exemple, n’a rien à voir avec la cigarette. Le produit – qu’on ne peut distinguer de ceux des concurrents, souvent – est quasiment hors sujet.

C’est ainsi que M. Trump s’est positionné comme une marque, et non comme porteur d’une politique ou d’une idéologie.

Sa marque était plutôt rustre. Assurément rentre-dedans. Inévitablement facétieuse. Et cela a séduit un grand nombre d’électeurs qui en avaient assez des bonimenteurs conventionnels.

Depuis, le président a démontré un autre phénomène propre au marketing moderne : la loyauté vis-à-vis de la marque.

De récents sondages ont indiqué que ses fans continuent de le soutenir. Ils aiment cette marque : le produit (les idées et les mesures) importe peu.

Les partisans de M. Trump semblent même inventer des raisons leur permettant d’approuver qu’il ait récemment fait cause commune avec les démocrates. « Cela permet de faire avancer les choses », disent-ils.

Avec cette nouvelle situation politique à l’horizon, à notre gauche, jetons un coup d’oeil à droite, en direction du monde financier.

Là aussi, les nuages noirs s’amoncellent.

Comme nous l’avons vu hier, les indicateurs clés de l’économie américaine ne bougent pas. Le chiffre d’affaires et les bénéfices des entreprises… ainsi que les salaires – une fois corrigés de l’inflation – ont à peine évolué au cours de ces 17 dernières années.

Quelle est la raison ?

Il suffit tourner à nouveau son regard vers la gauche, et la politique, pour voir pourquoi : tant de ressources sont aspirées par le marigot.

Les mythes et le marketing

Une société ne peut s’enrichir qu’en épargnant de l’argent et en l’investissant.

Si les investissements sont concluants, la production augmente. C’est cette production supplémentaire qui nous enrichit.

Mais cela fonctionne uniquement :

  1. si l’épargne est réelle, dans le sens où elle représente des ressources réelles et non des billets falsifiés ou le crédit bidon de la Fed ;
  2. et si les investissements sont de type gagnant-gagnant. C’est-à-dire qu’ils doivent être réalisés par de véritables investisseurs qui « jouent leur peau ».

Lorsque l’Etat dit qu’il « investit » sur notre avenir… ou qu’il « investit » sur une société plus juste… ou qu’il « investit » pour stimuler l’économie, ce ne sont que des balivernes.

Il ne joue pas sa peau… n’a pas d’argent réel à investir… et aucune raison de se soucier que l’investissement soit rentable ou non. [NDLR : mettez votre épargne au service de vrais investissements rentables et enrichissez-vous ! Découvrez ici cet investissement encore confidentiel mais 100% gagnant-gagnant.]

Souvent, comme nous l’avons expliqué hier, l’Etat préfère que ces investissements échouent car cela l’encourage à en réaliser encore plus.

Au bout du compte, ce que fait l’Etat revient à détourner des ressources réelles de l’économie productive pour les diriger vers une économie parasitaire de type gagnant-perdant… où l’on consomme et gaspille de la richesse au lieu d’en produire.

L’attrait de M. Trump, en l’espèce, c’était qu’il semblait assez « couillu » pour « assainir le marigot », et faire revenir les ressources là où elles doivent aller : dans l’économie du quotidien, qui est productive.

Sa marque devait défier le Deep State, les initiés, le Congrès, l’Establishment et les pouvoirs en place.

Mais ce n’était que mythe et marketing. Derrière la promotion de sa marque, M. Trump assure sa propre promotion, et ce n’est pas un révolutionnaire.

Il a de l’instinct – parfois bon, parfois mauvais – concernant la façon dont une économie fonctionne, mais aucune théorie cohérente.

Et sans boussole pour le guider, il ressemble à un paquebot perdu dans un ouragan… que les vents et les vagues poussent… tout droit dans le marigot.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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