Ne vous laissez pas endormir par le calme des marchés

Rédigé le 15 juin 2017 par | Banques Centrales, Bill Bonner Imprimer

Le temps était doux et ensoleillé, lorsque nous avons atterri à Londres hier.

Parfois, le Royaume-Uni ne connaît que quelques semaines d’été. Les gens se précipitent dans les rues pour faire la fête, sachant que c’est peut-être éphémère.

Londres n’est pas Baltimore. C’est une ville étendue, riche et pleine de gens qui parlent différentes langues. Ils dînent dans des restaurants chics. Ils remplissent les bars et les parkings.

Une fois que le système financier mondial a été libéré des contraintes de l’argent réel, en 1971… et que le « Big Bang » de 1986 a libéré le secteur financier de Londres de ses contraintes réglementaires traditionnelles… la richesse a débarqué dans cette ville.

Elle est arrivée dans des jets privés provenant des champs de pétrole saoudiens, par le « Chunnel », en provenance d’Europe continentale. Elle est arrivée par la poste, d’Afrique et d’Asie… ou à la vitesse de la lumière, via des virements bancaires venant du monde entier.

Quelle que soit sa provenance, cette richesse était la bienvenue à Londres. Les banques privées et les gestionnaires de fortune l’acceptaient, heureux de l’héberger dans leurs bureaux luxueux, moyennant des frais.

Et le marché immobilier de Londres a accueilli ses nouveaux propriétaires. Les riches venaient du monde entier et achetaient des appartements dans d’élégants nouveaux immeubles, le long du fleuve… ou dans les anciens immeubles de Chelsea ou de Soho.

Oui, Londres est devenu le Grand Hôtel de l’argent du monde entier. Et comme il y avait tant d’argent tout neuf en quête d’un endroit ou demeurer, la ville est devenue riche.

Cela n’a pas toujours été ainsi.

Nous nous rappelons nos séjours à Londres dans les années 1960… 1970… et 1980. Les hôtels étaient délabrés. Il fallait introduire une pièce de monnaie dans un radiateur pour se réchauffer les pieds. Le quartier de South Bank… qui déborde désormais de touristes et de traders… était presque un bidonville.

A présent, à peine une génération plus tard, la ligne d’horizon de la ville a totalement changé d’apparence.

De la terrasse du restaurant où nous nous trouvons, à South Bank, par exemple, nous ne pouvons même pas voir ce gratte-ciel emblématique de la ville, le « Gherkin » (cornichon), inauguré en 2004, et symbole de la nouvelle croissance et puissance financière de la ville. Il est occulté par les immenses gratte-ciels qui l’entourent, plus récents.

A une époque, nous avons travaillé à la Sea Containers House, de l’autre côté de la City, qui arbore d’énormes boules dorées sur son toit.

La Sea Containers House, à Londres

La Sea Containers House, à Londres

L’inventeur du container maritime, Malcolm McLean, possédait un bureau au dernier étage.

McLean est né en Caroline du Nord. Dès sa sortie du lycée, il a acheté un camion d’occasion et créé une entreprise de transport. Plus tard, il a développé le transport en containers, qui a permis l’existence d’un commerce mondialisé bon marché.

Les containers étaient remplis à l’usine, puis envoyés en train ou en camion au port où ils étaient rapidement empilés sur les bateaux. Lorsque McLean est mort en 2001, des milliers de navires, partout dans le monde, ont fait retentir leurs sirènes le jour de ses funérailles.

Le calme plat de la Grande Modération

Mais attendez… Nous étions censés garder l’oeil sur l’argent.

Que se passe-t-il, dans l’univers de l’argent ?

Eh bien… le plus étonnant, c’est qu’il ne se passe rien.

Apparemment, peu importe tout ce qui se passe. Les dysfonctionnements à Washington. L’effondrement des valeurs technologiques. Peu importe que la mer soit agitée, les marchés poursuivent leur route… en remarquant à peine les remous.

Vous souvenez-vous de la « Grande Modération » ?

C’est le titre d’un discours prononcé en 2004 par Ben Bernanke, alors président de la Fed. Grâce aux orientations avisées prodiguées par la Fed, sous-entendait-il, le système financier mondial était calme, stable et sûr :

« L’une des caractéristiques les plus frappantes du paysage économique des 20 dernières années environ, a été le déclin substantiel de la volatilité macroéconomique…

A ce sujet, plusieurs auteurs ont qualifié de ‘Grande Modération’ ce déclin remarquable de la variabilité tant de la production que de l’inflation. Au même moment, la volatilité de la production et de l’inflation a baissé de façon semblable dans d’autres principaux pays industrialisés, à l’exception, récemment, du Japon, pays qui a fait face à un ensemble de problèmes économiques spécifiques au cours de ces 10 dernières années.

Une volatilité macroéconomique réduite a de nombreux avantages. »

Eh oui : Bernanke parlait de l’économie. Mais les investisseurs ont bien compris. Le président de la Fed ne se contentait pas de décrire la « modération ». Il la promettait.

Et donc, au cours des trois années suivantes, le marché actions n’a cessé de grimper.

Ensuite, il a chuté.

La Grande Modération a exposé les investisseurs à la crise de 2008.

Lorsque la volatilité du marché – c’est-à-dire la fluctuation des cours – semble disparaitre, les gens ne ressentent pas le besoin de se protéger.

Ils achètent sans se renseigner. Ou s’ils sont traders, ils vendent « sur les volumes », convaincus que quels que soient les moments de frousse vécus sur les marchés dans le passé, ils n’ont rien à craindre actuellement.

Inutile de se couvrir. Inutile de détenir des liquidités, juste au cas où. Et inutile d’être sur ses gardes. La Fed veille à votre place ! [NDLR : Recevez un e-mail tous les jours à midi. Ouvrez-le, suivez les instructions et enchaînez les gains sur les marchés. Sceptique ? Essayez gratuitement ce service durant 14 jours en cliquant ici.]

Le courage de la vandalisation

La Grande Modération s’est poursuivie… jusqu’à ce qu’elle appartienne au passé.

En 2008, le cours des actions a été divisé par deux… et l’intégralité du monde financier a frôlé l’effondrement total.

Cette correction, qui aurait déjà dû se produire avant, a été étouffée par la Fed, sous la houlette de M. Modération en personne, Ben Bernanke, qui a mis en place le sauvetage le plus arrogant jamais tenté.

La Fed a multiplié par huit la taille de son bilan. Le monde – embobiné par des taux d’emprunts bas — a émis 80 000 Mds$ de nouvelles dettes.

M. Bernanke, avec une suffisance frôlant la démence, se glorifie de cet acte inepte de vandalisme dans son livre, en l’intitulant Le Courage d’Agir.

A présent, grâce au courage téméraire de la Banque centrale européenne et de la Banque du Japon – qui continuent d’injecter davantage de liquidités dans le système – nous savourons une nouvelle période de « modération ».

La volatilité a retrouvé un niveau de mort cérébrale. Les nouvelles n’offrent aucun scoop. Selon Bloomberg :

« Les valeurs américaines ont dégringolé pendant deux jours avant de battre de nouveaux records à la clôture alors que les valeurs technologiques rebondissaient après avoir enregistré la pire baisse de l’année… Les bons du Trésor sont restés stables tandis que la réunion du comité de politique monétaire de la Fed débutait. »

Rien ne choque ce marché. Rien ne le secoue. Rien ne l’atteint.

Rien… jusqu’à nouvel ordre.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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