Comment affamer la bête de Washington ?

Rédigé le 5 octobre 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Une condition pour réduire un gouvernement est de baisser les impôts. Cette condition est nécessaire mais toutefois pas suffisante.

Nous l’avons dit plutôt deux fois qu’une : nous n’avons jamais craché sur une baisse d’impôt.

Mais nous ne sommes jamais tombé sur ce que propose aujourd’hui la Team Trump.

Le principe d’une baisse d’impôt est de permettre aux gens de conserver leur argent. Ils le dépensent, ils l’investissent. Contrairement au gouvernement, ils ne le dépensent pas en projets inutiles et ruineux, ni en escroqueries.

Au contraire, ils concluent des accords gagnant-gagnant qui font avancer l’économie. Ils n’obtiennent pas forcément ce qu’ils veulent, mais ils ont ce qu’ils méritent.

En début de carrière, nous avons travaillé dans le domaine de l’intérêt public.

Nous avons fait partie d’un groupe de défense des contribuables, conservateur, appelé le National Taxpayer Union. C’était une toute petite organisation : si petite que nous sommes rapidement devenu directeur général… à l’âge de 26 ans.

Cette expérience a été instructive. C’est de là que nous vient cette méfiance vis-à-vis de Washington et cet irréductible cynisme à l’égard de la politique.

Le gouvernement ne fonctionne pas comme le croit la majorité des gens. Et il ne fonctionne certainement pas comme le décrivent les manuels scolaires.

Comme Vilfredo Pareto, le grand économiste italien, l’a dit au XIXe siècle, peu importe comment se nomme le gouvernement ou ce qui est inscrit dans une constitution, il se passe la chose suivante : des gens malins – Pareto les appelle les « renards » – vont là où se trouve le pouvoir. Ils trouvent un moyen de le contrôler… et de l’utiliser dans leur propre intérêt.

Autrement dit, une poignée de gens trouve le moyen d’exploiter la multitude des autres. Voilà comment fonctionne toujours un gouvernement.

La démocratie au service des impôts

Peu de gens se berçaient d’illusions à cet égard, à l’époque des pharaons et de l’Empire romain… ou à l’époque des rois et des reines.

Les dirigeants avaient le fouet à la main : ils n’hésitaient pas à en faire usage sur le dos de leurs sujets.

Au moins, ces derniers savaient-ils à quoi s’en tenir. Ils comprenaient également qu’ils devaient dissimuler leurs richesses lorsque le percepteur venait frapper à leur porte… et se faire oublier lorsque l’Etat avait besoin de soldats.

Puis, avec l’avènement de la démocratie, il est devenu de plus en plus difficile de cerner ce qui se passait vraiment. La nature du gouvernement s’est voilée sous les mythes et les balivernes.

Selon l’illusion populaire, « nous » élisons nos dirigeants, et ils font ce que « nous » voulons.

Nous avons un « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » a dit le président Lincoln, après avoir tué un demi-million d’individus de ce même peuple.

« Le gouvernement, c’est nous tous « , a déclaré une célèbre idiote.

Comment cela fonctionne-t-il, réellement ?

Les faits s’estompent selon le carré de la distance à la source.

Donc, l’électeur du Montana n’a pas vraiment idée de ce qui se dissimule dans l’Obamacare… ni de ce qu’un jeune de 19 ans peut bien aller faire dans l’Indu Kush… ni des raisons pour lesquels les producteurs de sucre américains doivent être protégés de la concurrence du Brésil.

« Le peuple » n’a aucune idée de la façon dont les lois ou les saucisses qu’il consomme sont faites, de ce qu’il y a dedans.

C’est ce qui permet aux renards de s’en tirer en toute impunité en pratiquant le vol qualifié… voire le meurtre. Ils se contentent d’embobiner les masses à grand renfort de slogans patriotiques, de balivernes économiques, et de solutions trompeuses à des problèmes et difficultés qu’ils ont souvent créés eux-mêmes.

Le New Deal [politique interventionniste menée par Franklin D. Roosevelt, dans les années 1930], la Grande Société [programme social de Lyndon Johnson, dans les années 1960], l’Espoir et le Changement [slogans de Barack Obama, en 2008], « Restituer sa Grandeur à l’Amérique » [slogan de Donald Trump] : c’est la bonne vieille arnaque.

Affamer la bête

Mais revenons à Washington et au National Taxpayers Union des années 1970, où nous avons identifié et relié les données entre elles.

L’Amérique avait l’économie la plus vaste, la plus libre et la plus dynamique du monde. Mais désormais, les renards commençaient à y élire domicile.

L’Etat devenait de plus en plus autoritaire. Plus de services. Plus de réglementation. Plus de lois et plus de taxes.

A l’époque, l’inflation des prix à la consommation était en hausse… à mesure que l’Etat finançait de plus en plus ses programmes en émettant de l’argent. Comment pouvait-on arrêter cela ?

L’idée, c’était « d’affamer la bête ».

Si l’on pouvait réduire les impôts… et les maîtriser… le gouvernement fédéral serait privé de ressources. L’Etat pourrait être maîtrisé.

C’était là notre mission, au National Taxpayer Union. Nous informions le public de quelle façon l’argent était gaspillé. Nous demandions des réductions d’impôt pour limiter le gaspillage… et maîtriser le développement du gouvernement.

Et nous avancions bien…

L’indexation des barèmes d’imposition sur l’inflation, par exemple, a sauvé les gens de l’effet multiplicateur de l’inflation, qui augmentait automatiquement leurs impôts. [NDLR : en France, la taxe foncière est un impôt qui permet à l’Etat de profiter de l’inflation immobilière. La taxe foncière est un impôt compliqué et truffé d’erreurs. Cliquez ici pour découvrir comment les vérifier, les sept leviers à votre disposition pour réduire la valeur locative de vos biens et quatre façons d’obtenir jusqu’à 50% de réduction, abattements et remboursements.]

Parallèlement, les conservateurs apprenaient comment utiliser le plafond de la dette pour ralentir la progression des emprunts de l’Etat.

La révolution Reagan et la diète de la bête

Et puis… Ronald Reagan est arrivé. C’était notre Jean Sobieski, notre Spartacus. Il a débarqué de Californie sur son destrier, entouré d’une armée de chevaliers, tous arborant de rutilantes armures.

Non seulement il a promis de réduire les impôts… mais également de réduire le gouvernement lui-même.

Après l’élection de Reagan, nous avons pensé – brièvement – que nous avions gagné la bataille. Une baisse d’impôt majeure a été passée. La bête n’avait pas été domptée mais elle était tenue en laisse… et à la diète.

Puis quelque chose a mal tourné. Les impôts ont baissé. Mais la bête n’a pas été affamée. Au contraire, elle a engraissé, plus culottée et agressive que jamais.

Que s’est-il passé ?

En quelques mots : nous avons été trahis. L’équipe de Reagan a découvert que les « déficits importaient peu ».

Politiquement, ils importaient peu. Economiquement, ils semblaient importer peu également. L’Etat pouvait s’endetter autant qu’il le voulait.

Le président Reagan a davantage emprunté que tous les présidents depuis Franklin D. Roosevelt.

Le dollar a-t-il chuté ?

Non.

L’inflation a-t-elle crevé le plafond ?

Non.

Le marché actions s’est-il effondré ?

Toujours non. C’est tout le contraire : les actions ont flambé. L’inflation a baissé. Le dollar était plus fort que jamais.

Comment est-ce possible ?

Mots clé : -

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Comment affamer la bête de Washington ?”

  1.  » Comment est-ce possible ?  » Les baisses d’impôt ont fonctionné.

     » En quelques mots : nous avons été trahis. L’équipe de Reagan a découvert que les « déficits importaient peu ».  »

    La première année, Reagan a proposait un budget qui réduisait les dépenses fédérales de 10%, ce qui est considérable sur une seule année. Mais le sénat, contrôlait par les démocrates sauf erreur de ma part, a voté contre. Reagan n’avait pas tous les pouvoirs et on ne peut donc pas dire qu’il soit responsable de cette dérive.

Laissez un commentaire